Rio de Janeiro a la gueule de bois, après les Jeux olympiques. Pire, la ville est plongée dans la pire crise économique, politique et morale des vingt dernières années. Les Jeux n'en sont pas la seule cause mais les milliards dépensés pour leur organisation ont aggravé le problème structurel déjà existant. La ville avait déjà édicté l'état d'urgence avant la cérémonie d'ouverture, suite à sa situation financière. Le gouvernement national était alors intervenu à concurrence de 830 millions d'euros. Une grande partie a été attribuée aux mesures de sécurité, notamment l'envoi de soldats et d'unités spéciales de la police. C'est que les Jeux ne pouvaient pas sombrer dans un chaos de violence. Il fallait que tout passe bien à la télévision. Bien qu'il y ait eu des problèmes d'organisation, les Jeux se sont mieux déroulés qu'on ne le pensait et Rio a fait honneur à sa réputation festive. Mais cette atmosphère euphorique a disparu depuis des mois. L'argent des pouvoirs publics est épuisé et le gouvernement, à sec, ne peut pas libérer de nouveaux budgets. La ville de Rio est quasiment en faillite et l'état du même nom n'est pas en meilleur état. La dette s'...

Rio de Janeiro a la gueule de bois, après les Jeux olympiques. Pire, la ville est plongée dans la pire crise économique, politique et morale des vingt dernières années. Les Jeux n'en sont pas la seule cause mais les milliards dépensés pour leur organisation ont aggravé le problème structurel déjà existant. La ville avait déjà édicté l'état d'urgence avant la cérémonie d'ouverture, suite à sa situation financière. Le gouvernement national était alors intervenu à concurrence de 830 millions d'euros. Une grande partie a été attribuée aux mesures de sécurité, notamment l'envoi de soldats et d'unités spéciales de la police. C'est que les Jeux ne pouvaient pas sombrer dans un chaos de violence. Il fallait que tout passe bien à la télévision. Bien qu'il y ait eu des problèmes d'organisation, les Jeux se sont mieux déroulés qu'on ne le pensait et Rio a fait honneur à sa réputation festive. Mais cette atmosphère euphorique a disparu depuis des mois. L'argent des pouvoirs publics est épuisé et le gouvernement, à sec, ne peut pas libérer de nouveaux budgets. La ville de Rio est quasiment en faillite et l'état du même nom n'est pas en meilleur état. La dette s'élève à trente milliards d'euros et personne ne sait comment la réduire. Policiers, pompiers, enseignants, médecins et juges doivent souvent attendre des mois avant de percevoir leur salaire. Le gouverneur Luiz Fernando Pezão, nommé par le président Michel Temer, vient de recevoir une série de mesures de crises votées par le parlement. En plus d'une réduction drastique des dépenses et d'une augmentation des impôts, il y a une hausse des prix du carburant et de l'électricité. Les pensions des fonctionnaires ont été diminuées de 30 %. Des écoliers furieux ont occupé les établissements scolaires et les hautes écoles, avant les vacances de Noël, pour protester contre ces mesures. Beaucoup d'hôpitaux sont dans un état pitoyable, même si le personnel reste en poste, bien qu'il n'ait pas touché de salaire. Les mesures décidées pour sécuriser les quelque 700 favelas, qui abritent un quart de la population totale de Rio, ont été suspendues. En 2008 déjà, on avait mis sur pied une unité spéciale de la police : en prévision du Mondial de football et des JO, il fallait éliminer les bandes de dealers. La mesure avait été un succès mais coûtait cher et depuis son abolition, la criminalité est repartie à la hausse : 82 % de plus qu'en 2015 en octobre. Pour sauver la façade, le gouvernement national a à nouveau envoyé des soldats à Rio la semaine dernière, pour le carnaval, car il y a trop peu d'agents de police (payés) pour assurer la sécurité. Rio cumule les problèmes. Par exemple, aucun autre des 27 Etats brésiliens ne dépend autant de l'exportation de pétrole. Quand le prix international du baril était encore de 100 dollars, la capitale de l'Etat de Rio dépensait allègrement son argent. Dès que le prix a chuté, les trous du budget sont apparus au grand jour. Petrobras, une société pétrolière, est établie à Rio. Elle est l'épicentre du plus grand scandale de corruption de l'histoire brésilienne. Les deux prédécesseurs du gouverneur Pezão ont été inculpés pour corruption en novembre. Des entrepreneurs ont payé de fortes sommes pour obtenir les travaux publics. Des millions ont été versés à des politiciens locaux corrompus pour la rénovation du stade Maracana pour le Mondial 2014 et les cérémonies d'ouverture et de clôture des Jeux. Plus personne ne croit que l'organisation de l'olympiade a pu compenser les dépenses grâce à l'apport de sponsors privés. Le bourgmestre Eduardo Paes avait toujours juré que les coûteux stades et installations continueraient à être utilisées après les Jeux. Maintenant, les structures inutilisées sont visibles partout dans Rio. Le parcours de golf a coûté 18 millions d'euros. Le prix de son entretien après les Jeux ? 78.000 euros par mois alors qu'il est peu fréquenté, les Brésiliens n'étant pas encore tombés sous le charme de ce sport. D'après Paes, qui a perdu l'écharpe maïorale le 1er janvier, " on a balisé le chemin de l'héritage olympique " mais la ville cherche toujours un partenaire privé pour l'exploitation du parc olympique de Barra da Tijuca, pour 25 ans. Rio ne cesse de reporter la date-butoir de la quête car fin octobre, un seul candidat s'était manifesté. Une firme impliquée dans le scandale de corruption... La rénovation des arènes sportives au parc olympique, dont des parties devaient être envoyées à des écoles des quartiers pauvres, se fait attendre. En attendant, le gouvernement national assume l'entretien du parc. Enfin, pas beaucoup car le site tombe en ruines. Les photos de la piscine olympique où Michael Phelps et Pieter Timmers ont brillé sont hallucinantes : l'eau du bassin d'échauffement a l'air de sortir des égouts. C'est pareil pour le Maracana, où Neymar a plongé le Brésil dans le délire : partout, ce ne sont que sièges cassés. La pelouse est couverte de mauvaises herbes et l'électricité a été coupée, à cause d'une carence de paiement d'un million. Le site Deodoro, qui comporte notamment le stade de hockey, est complètement abandonné. On n'a vendu que 260 des 3.604 appartements du village olympique. Il n'est donc pas question d'héritage olympique. Même pas pour les médaillés brésiliens car beaucoup de sociétés ont revu à la baisse les contrats de sponsoring signés avec les héros nationaux. Ceux-ci ont donc perdu l'illusion de pouvoir monnayer leurs exploits par des contrats de plusieurs années. C'est le lot de beaucoup d'olympiades, même si cette fois, le slogan était : " Un nouveau monde " (Um mundo novo). La vérité, c'est que la Cidade Maravilhosa, la merveilleuse ville de Rio, n'est pas devenue un nouveau monde mais a sombré dans un abîme de corruption et de mauvaise gestion. PAR MATTHIAS RÜB, JONAS CRETEUR ET GEERT FOUTRÉ - PHOTO REUTERS