La télé n'est pas le stade, stade où il faut le plus souvent se déclarer supporter d'un des deux camps pour obtenir un ticket et voir un match. Une interdiction de neutralité ahurissante, et qui en dit long sur l'état d'esprit binaire des vendeurs de football : soit tu es le bienvenu parce que tu soutiens notre équipe, soit on te tolère par obligation en tant que soutien visiteur. Et ne viens pas nous emmerder comme spectateur du troisième type, seulement friand de beaux gestes d'où qu'ils viennent, on ne saura pas où te caser !
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La télé n'est pas le stade, stade où il faut le plus souvent se déclarer supporter d'un des deux camps pour obtenir un ticket et voir un match. Une interdiction de neutralité ahurissante, et qui en dit long sur l'état d'esprit binaire des vendeurs de football : soit tu es le bienvenu parce que tu soutiens notre équipe, soit on te tolère par obligation en tant que soutien visiteur. Et ne viens pas nous emmerder comme spectateur du troisième type, seulement friand de beaux gestes d'où qu'ils viennent, on ne saura pas où te caser ! A la télé, c'est différent. Le footeux est autorisé à prendre place dans son fauteuil sans prendre parti, en espérant ingénument de l'émotion plutôt que de la torpeur. Cela ne veut pas forcément dire qu'il restera neutre jusqu'au coup de sifflet final. Parfois, la tournure du match va faire s'estomper sa neutralité : soit que David résiste bien à Goliath, et il se prend à souhaiter que David ne soit pas spotché ; soit que Goliath soit brillant mais crève de malchance en étant abonné aux frappes sur le cadre... et ce serait quand même plus chouette que le meilleur gagne ; soit que l'arbitrage lui paraît tellement favorable à A qu'il en vient à souhaiter la victoire de B ; soit qu'il découvre un beau joueur sur lequel il flashe au point de lui vouloir du bien,... soit l'inverse ! C'est l'inverse qui m'est arrivé lors du récent Milan-Tottenham, que j'avais abordé sans parti-pris aucun. Peu à peu, Gennaro Gattuso m'a couru sur le haricot. J'adore pourtant les sangsues, les empêcheurs de dribbler en rond, les mecs qui crèveraient ventre à terre pour arracher un énième ballon des guibolles adverses. Mais cette fois, c'était au-delà du fighting spirit, Gattuso caricaturait Gattuso : contestant chaque faute sifflée contre lui et il ne se privait pas d'en commettre, s'offusquant de chaque faute commise sur lui bien qu'il y en ait moins, fidèle à Ringhio son surnom en rugissant contre le ref à la moindre occasion. Vu de loin au stade, ça passe peut-être. A la télé, c'est insupportable parce que c'est la haine en gros-plans : Gennaro a les yeux révolver, il a les prunelles qui tuent. Y'a pourtant pas besoin de fusiller continuellement du regard pour être un joueur engagé. Et refiler le brassard de capitaine à pareil allumé, ça n'est pas précisément £uvrer pour un foot qui rapproche les peuples... Donc, Gattuso me shootait sur les nerfs depuis un bon moment quand un Mathieu Flamini infâme pissa la goutte qui fit déborder le vase, en se jetant pieds en avant pour occire Vedran Corluka : too much était too much, ce fut suffisant pour que je mute supporter de Tottenham, et que mon bonheur soit réel quand Peter Crouch donna la victoire aux Londoniens ! L'immédiat après-match gattusien, même si ce fut ce dont on a le plus parlé, ne fut que cerise sur le gâteau pourri. Gennaro s'en prit une première fois à l'adjoint de Harry Redknapp, repoussant la gorge d'un grand quinqua chauve avec des lunettes et surtout des dents, c'est pourquoi je ne l'ai pas reconnu de suite : mazette, c'était l'Ecossais Joe Jordan du Leeds des seventies, alias Shark parce qu'il ouvrait toute grande sa grande bouche édentée chaque fois qu'il butait ! Déchaîné crescendo, Gattuso est ensuite revenu l'insulter une seconde fois, paraîtrait que Jordan l'avait déstabilisé en écossais depuis la touche durant toute une mi-temps (quelle horreur, pauvre petit Gennaro - qui a joué pour les Rangers -, si sensible...). J'ai alors remarqué que Joe avait ôté ses lunettes, j'ai craint qu'il ôte également son dentier et que le sang gicle entre Ringhio et Shark. Mais ouf, Jordan s'est contenté d'encaisser le mini-coup de boule de Gattuso : sans se priver de lui hurler, je suppose, des amabilités. Climat peu recommandable, tout le contraire du lendemain entre Arsenal et Barcelone : du jeu, pas d'animosité malgré l'enjeu, à croire qu'une circulation de balle incessante (des deux côtés) empêche d'avoir du temps pour (ga)gattuser... Ce qui n'empêche pas d'arracher des ballons, Gennaro devrait prendre exemple sur Alexander Song : teigneux, mais bouche cousue ! PAR BERNARD JEUNEJEANRefiler le brassard à un allumé comme Gattuso n'est pas £uvrer pour un foot qui rapproche les gens.