Francky Dury est affûté à l'approche des play-offs : physiquement (avec quatre à cinq sorties jogging par semaine) et mentalement. Quand il est rentré à Zulte Waregem en décembre 2011, après ses expériences à Gand et à la Fédération (adjoint chez les Diables puis directeur technique et entraîneur des Espoirs), le club était au plus mal, navigant à la quatorzième place du classement. " Un supporter était venu me trouver : -Coach, c'est bien que vous soyez revenu parce que ça ne va plus du tout. Cette saison, quand nous nous sommes retrouvés en deuxième position, je l'ai revu : -On va encore rester longtemps en haut du classement. Il a raison : nous n'avons pas du tout l'intention de redescendre. "
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Francky Dury est affûté à l'approche des play-offs : physiquement (avec quatre à cinq sorties jogging par semaine) et mentalement. Quand il est rentré à Zulte Waregem en décembre 2011, après ses expériences à Gand et à la Fédération (adjoint chez les Diables puis directeur technique et entraîneur des Espoirs), le club était au plus mal, navigant à la quatorzième place du classement. " Un supporter était venu me trouver : -Coach, c'est bien que vous soyez revenu parce que ça ne va plus du tout. Cette saison, quand nous nous sommes retrouvés en deuxième position, je l'ai revu : -On va encore rester longtemps en haut du classement. Il a raison : nous n'avons pas du tout l'intention de redescendre. " Pour illustrer le changement d'état d'esprit au Gaverbeek, le coach raconte une anecdote : " Quand je suis revenu, j'ai ouvert le frigo du bureau des entraîneurs, et tu sais ce que j'y ai trouvé ? Des briques de lait ! Oui, du lait ! (Il rigole). Je l'ai directement fait remplir avec des bouteilles de champagne. C'était comme ça avant que je quitte Waregem. Avec le staff, nous prenons une coupe chaque fois que nous avons gagné un match. Une seule coupe mais il y en a eu beaucoup depuis l'été... " Dix-neuf jusqu'à présent ! Francky Dury : Il n'y a rien qui me fait dire que nous allons perdre des places. Au contraire : nous avons peu de blessés et aucun joueur ne plane. La concentration et la discipline sont maximales depuis le début de la saison. Chez mes joueurs les plus expérimentés, mais aussi chez les jeunes, que nous avions très bien screenés sur ce plan-là. Je suis convaincu que si nous ne ratons pas notre départ dans les play-offs, nous resterons où nous sommes. Notre bilan dans la phase classique contre nos prochains adversaires (14 points sur 30 avec des victoires à Bruges et à Anderlecht) me conforte dans mes prévisions. Nous avons perdu à Genk, et chez nous contre le Club et Anderlecht, mais nous n'avons pas été vraiment dominés dans ces matches. Si nous prenons entre 12 et 15 points, nous perdrons peut-être une place mais ça devrait encore suffire pour une qualification européenne. Et si nous n'y parvenons pas, nous serons déçus. Personnellement, je ne vais pas dire que je considère déjà notre saison comme réussie. Avant notre victoire à Anderlecht, John van den Brom avait signalé que nous n'avions rien à perdre : je ne suis pas d'accord. Je veux gagner tous les matches mais je reste réaliste. Je ne vais pas dire n'importe quoi parce que ça pourrait se retourner contre moi après deux ou trois matches. Après notre victoire à domicile contre Genk en décembre, j'ai dit pour la première fois que nous visions une qualification pour les play-offs 1. Après la trêve, j'ai corrigé mes ambitions, j'ai affirmé que nous allions essayer de garder notre deuxième place le plus longtemps possible. C'est faisable, mais quand même très ambitieux, non ? Non parce qu'il faut comparer notre budget et notre noyau à ceux d'Anderlecht et de Bruges, par exemple. C'est suffisamment révélateur. En plus, parler du titre pendant une longue durée peut produire des effets négatifs. Je l'ai expérimenté lors de notre dernière saison en D2. Nous avions alors gagné le match au sommet à Verbroedering Geel, coaché par Peter Maes, et nous étions sur une voie royale. Mais lors du match décisif contre l'Antwerp, le stress nous avait joué un tour pendable : 0-2. Heureusement, Roulers avait perdu aussi, et notre promotion était du même coup acquise. Ceux qui font une analyse pareille ne suivent pas le championnat de Belgique ! Et ils n'ont sûrement pas vu nos matches à domicile contre Gand (3-1), Waasland - Beveren (2-0) ou surtout Genk (3-2), notre meilleure prestation de la saison. C'est vrai que lors de ma première expérience en D1 avec Zulte Waregem, l'équipe se repliait très fort pour ressortir grâce à Franck Berrier. Mais c'est fini, tout ça. Cette saison, je n'ai jamais demandé à mes joueurs de défendre bas et de viser un point. La reconversion rapide est toujours un élément de notre jeu, mais lors de chaque match, nous essayons de tenir l'adversaire dans son camp et nous commençons pour gagner. La plus belle preuve, c'est le classement des fautes commises. Quand je suis revenu en milieu de saison dernière, Zulte Waregem était en tête. Aujourd'hui, nous sommes à la douzième place. Cela veut dire que le positionnement des joueurs est bon et que nous pratiquons un foot offensif, fait de nombreuses passes. Lors de notre dernier match de la phase classique, à Malines, nous avons trop cherché les duels. A la mi-temps, j'ai dit à mes joueurs de faire circuler le ballon, de jouer leur jeu, pas celui de l'adversaire. Je n'ai pas non plus une super-équipe, capable de gagner tous ses matches avec deux ou trois buts de différence. De toute façon, ça ne m'intéresse pas. Je suis plus préoccupé par une bonne organisation. Où est le mal ? Barcelone pratique un football pétillant mais c'est aussi et surtout basé sur une structure, une discipline. Sans ça, on n'atteint jamais les sommets. Il faudrait que les gens s'en rendent mieux compte en Belgique. Souvenez-vous du match à domicile d'Anderlecht contre l'AC Milan. C'était soi-disant " le Milan le plus faible de l'histoire, une équipe prenable ". On a vu le résultat : 1-3. Un moment de désorganisation chez les Mauves et c'était terminé. Est-ce que c'est différent à Anderlecht ou à Bruges, avec Dieumerci Mbokani ou Carlos Bacca ? Dans n'importe quelle équipe, il y a un joueur qui se dégage par ses statistiques. Nous ne sommes plus aussi dépendants de Berrier que dans le passé, et ça, j'en suis fier. J'entends quand même beaucoup de commentaires positifs sur d'autres joueurs : Sammy Bossut, mes défenseurs, Junior Malanda, Thorgan Hazard, Jonathan Delaplace,... A tous points de vue, c'est le meilleur noyau que j'aie jamais eu. Il y a beaucoup plus de possibilités qu'autrefois. Et cela nous permet de mieux gérer les matches lors desquels Berrier est moins dans le coup. Dire que je n'ai pas supporté la pression quand j'étais à Gand, c'est une mauvaise analyse. A cause de cette affaire de coups de fil avec Bruges, je ne pouvais plus faire un people management efficace. Mais c'est une vieille histoire, j'ai tourné la page. On ne m'a pas traité d'une façon correcte. A cause de ça, j'ai un peu disparu de l'actualité et j'avoue que ça m'a motivé. Mais je ne considère pas notre parcours actuel comme " la grande revanche de Francky Dury ". Même si j'ai peut-être apporté une réponse à certaines personnes. (Il réfléchit). Je ne regarde plus que devant moi. Quand on remue le passé, on n'avance pas. Nous sommes à nouveau présents, c'est tout ce qui compte. Et je constate que Gand vient de terminer à la douzième place. That's it. A Gand, j'ai encore mieux compris comment les gens peuvent être. Je suis devenu plus distant, je fais moins vite confiance. J'ai parlé de mon expérience gantoise à Junior Malanda, qui était dans le trou après les rumeurs de transfert en janvier. Je lui ai dit : -Ce que j'ai connu comme entraîneur, tu l'as vécu à 18 ans, c'est une leçon pour la suite de ta carrière dans un univers sans pitié. Je veux être près de mes joueurs quand ils traversent des périodes difficiles, je leur parle beaucoup plus que dans le passé. Hier, j'ai encore discuté une vingtaine de minutes avec Berrier, nous avons abordé sa famille, ce qu'il allait faire pendant ses quelques jours de congé avant les play-offs,... Avec Habib Habibou et Aleksandr Trajkovski, j'ai aussi passé des heures à parler pour les sortir du trou. Après un match, dans le vestiaire, je ne parle plus jamais de football. Quand nous avons été battus par Bruges après dix-sept matches sans défaite, je suis allé rejoindre mes joueurs sous la douche et je leur ai dit : -Allez, on garde la tête haute, ça devait bien arriver un jour. On ne peut pas faire de la comédie pendant une saison complète. Maintenant, c'est plus facile pour moi d'être chaleureux. Evidemment, les résultats aident aussi. J'imagine que la communication de Van den Brom avec ses joueurs n'est plus la même qu'avant le Nouvel An. (Il réfléchit). Il y a très longtemps. Au lieu de perdre de l'énergie en mettant l'accent uniquement sur ce qui n'a pas marché, je cherche des solutions. Le lendemain de notre défaite 0-5 en Coupe contre Genk, je ne suis même pas revenu sur ce match, j'ai abordé directement le rendez-vous du week-end en championnat. Les joueurs sentent que je suis calme, même détendu. Même le bourgmestre de Waregem, avec qui je suis allé manger récemment pour discuter de la transformation du stade, a été fort surpris. Il m'a dit : -Hé bien, Dury, je ne te reconnais plus... Lors de mon premier très long séjour ici, j'avais tellement ce club dans la peau que je voulais tout contrôler. Par exemple, j'envoyais chaque semaine des mails à l'administration communale pour rappeler que notre terrain devait être nickel. Quand des joueurs avaient abîmé leur voiture, j'allais au garage pour contrôler les dégâts. Je recevais le syndic d'un immeuble à appartements si des voisins se plaignaient qu'un de mes joueurs faisait trop de bruit. Aujourd'hui, je ne me préoccupe plus de tout cela. Parce que la structure de Zulte Waregem est beaucoup plus étoffée que dans le passé. Il y a un team manager, une cellule sociale, un troisième adjoint, etc. Je peux donc déléguer plus facilement et consacrer plus de temps au coaching mental, notamment. Mes expériences à Gand et au poste de directeur technique de l'Union Belge m'ont aussi appris à prendre de la distance. Je peux maintenant m'éloigner beaucoup plus facilement de Zulte Waregem, aussi parce que les dizaines de discussions que j'ai eues avec des gens de clubs belges et étrangers ont élargi ma vision des choses. Je me suis aussi posé cette question : -Est-ce que tous les coaches s'impliquent dans tout comme je le faisais autrefois ?Je ne suis pas demandeur, comme je ne l'étais pas au moment où Gand m'a contacté. Je veux m'engager à fond dans notre projet avec les jeunes, sans quoi je n'aurais pas prolongé mon contrat pour quatre ans. Avec une clause de départ, c'est vrai, mais tous les entraîneurs travaillent comme ça. Ce sera presque impossible de refaire aussi bien que notre deuxième place actuelle, mais essayer de confirmer est intéressant, surtout si nous jouons en Coupe d'Europe la saison prochaine. D'un autre côté, je ne dis plus que je vais rester toute ma vie à Zulte Waregem. Quand on est parti une fois, quand on a vu tout ce qu'il est possible de vivre ailleurs, on se dit que ça peut encore arriver. Les grands clubs belges ne m'attendent sans doute pas, mais je ne suis pas contre l'idée d'une expérience à l'étranger. Même si je vais au bout de mon contrat de quatre saisons. J'aurai 59 ans mais je ne suis entraîneur professionnel que depuis six ans, hein ! J'ai toujours autant envie de passer du temps sur les terrains et je ne suis pas près de prendre du recul. Alex Ferguson a 71 ans, regardez son enthousiasme ! PAR JONAS CRETEUR, PIERRE DANVOYE ET JAN HAUSPIE - PHOTOS: IMAGEGLOBE/KETELS" Mes expériences à Gand et à l'Union Belge m'ont appris à prendre de la distance. Je ne suis plus obnubilé par Zulte Waregem comme jadis. " " J'imagine que la communication de Van den Brom avec les joueurs anderlechtois n'est plus du tout la même qu'avant le Nouvel An. "