Partira? Partira pas? Entre Jean-Claude Verbist, le manager des Loups, et son président, il y eut de la friture sur la ligne en fin de saison dernière. Verbist est finalement resté, mais il n'a pas reçu tous ses apaisements pour autant.
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Partira? Partira pas? Entre Jean-Claude Verbist, le manager des Loups, et son président, il y eut de la friture sur la ligne en fin de saison dernière. Verbist est finalement resté, mais il n'a pas reçu tous ses apaisements pour autant.Les matches amicaux de cet été n'ont pas confirmé le deuxième tour de la saison dernière. Pourquoi?Jean-Claude Verbist: Il y a plusieurs explications. Quand Daniel Leclercq est arrivé, il a pris le train en marche et n'a pas cherché à éliminer certaines mauvaises habitudes. Il était trop tard pour les corriger. Il estimait par exemple que les joueurs restaient en dessous de leurs possibilités physiques, à l'entraînement. Depuis la reprise, il ne les épargne plus. Et ils étaient extrêmement fatigués en préparation. Ils n'avaient jamais travaillé avec un coach aussi exigeant. Ils ont pour Leclercq le respect qu'ils n'avaient plus pour Grosjean. Avec Leclercq, il faut toujours gagner: à l'entraînement, dans les matches amicaux et en championnat. Notre noyau a aussi été touché par des petites blessures qui n'ont jamais permis d'aligner deux fois de suite le même onze. Et notre campagne des transferts ne s'est terminée que la semaine dernière. Nous avons dû tester plusieurs joueurs qui ne connaissaient pas leurs équipiers et notre système de jeu. Mais j'ai confiance car la seule fois où Daniel Leclercq a aligné son équipe-type, nous avons vraiment bien joué: c'était à Lille (2-2) et nous menions 0-2 à vingt minutes de la fin.La campagne des transferts a été tout à fait différente de celle de l'année dernière. Cette fois, vous avez donné la priorité à l'expérience de la D1.C'est évidemment une des leçons que nous avons tirées de ce qui n'a pas marché l'année passée. Dès la fin du tour final, Jean-Paul Spaute nous avait mis en garde. Il avait tout fait pour que Filippo Gaone reprenne ses parts à Charleroi, et pas Enzo Scifo. Ils se voyaient régulièrement à l'époque. Spaute nous avait dit que trois ou quatre joueurs seulement de notre équipe de D2 tiendraient la route en D1. Mais mon président ne le croyait pas. On a vu le résultat à la fin du premier tour. Aujourd'hui, Suray achève de stabiliser la défense, Karagiannis apporte encore plus de hargne dans l'entrejeu et Ouédec est l'attaquant que nous avons longtemps recherché. Il nous fallait des joueurs qui possédaient l'expérience et le rythme de la D1, mais aussi la faculté de supporter la pression à ce niveau."Avec Leclerq tout le monde a sa chance"Dès le début de cette saison, vous serez attendus au tournant.Cela mettra encore davantage de pression sur nos joueurs. Durant la préparation, cette pression s'est même parfois transformée en nervosité et en peur de mal faire. Mais, d'un autre côté, ils ont enfin pris conscience de leurs capacités et ils devraient donc être encore plus forts qu'il y a quelques mois. Et, surtout, ils savent qu'avec Leclercq, tout le monde aura sa chance. Notre entraîneur n'hésite pas à faire une remarque en public à Thans ou à Karagiannis. La première fois qu'il a fait ça, tous les autres se sont regardés en se demandant s'ils ne rêvaient pas. Leclercq parle sur le même ton à Thans ou au jeune Di Franco. Il est rare qu'un entraîneur n'ait pas un seul chouchou dans le groupe. Leclercq, lui, ne veut pas entendre parler d'un traitement de faveur. Personne ne se sent mis de côté.Sauf ceux que vous avez renvoyés dans le noyau B! Pour un ancien syndicaliste, ce n'est pas très beau d'empêcher des footballeurs de pratiquer leur métier...Je sais. Certains joueurs écartés me l'ont déjà rappelé... Mais Leclercq estimait que ces gars-là n'avaient pas le niveau de la D1. A partir du moment où on met les formes pour se séparer d'un joueur, cela n'a rien de révoltant.Dimitri Delière a été prévenu à son retour de vacances qu'il pouvait aller voir ailleurs!C'est scandaleux. Mais je n'y suis pour rien. Quand l'entraîneur a remis sa liste de joueurs sur lesquels il ne comptait plus, j'ai proposé de les mettre au courant. On m'a répondu que ce n'était pas mon boulot et que d'autres personnes allaient s'en charger. Résultat: personne n'a eu le culot de dire à Delière et aux autres qu'ils ne convenaient plus. Un jour, on m'a dit qu'ils allaient être prévenus par courrier. Je trouvais ça lâche, surtout vis-à-vis d'un Delière qui est un enfant du club. J'ai alors pris l'initiative de le contacter, mais il était effectivement en vacances et il n'a eu mon message qu'à son retour. Ma méthode, c'est la franchise. Le président, lui, n'a pas osé convoquer Delière pour lui dire qu'il devait partir. Il sait prendre la décision de licencier quelqu'un mais ne sait pas assumer l'étape suivante. Derrière les coups de gueule, il y a un homme faible..."Il n'y a pas que sur le terrain qu'il faut avoir le niveau de la D1"En dehors du terrain, votre club a encore des choses à apprendre pour bien figurer en D1.Si La Louvière veut durer en D1, il reste beaucoup de travail. Au niveau du secrétariat, du marketing, du sponsoring et de la gestion financière, nous ne sommes nulle part! Les joueurs et l'entraîneur s'en rendent compte. Si on veut qu'ils aient l'esprit libéré, il faut leur montrer que ça suit en coulisses. Il n'y a pas que sur la pelouse qu'on gagne sa place en D1. La Louvière est le seul club de D1 qui ne travaille qu'avec des bénévoles. Chez nous, seuls les entraîneurs et les joueurs ont un contrat. Les préposés aux terrains, les gens du secrétariat, les dames qui préparent les repas des joueurs et celles qui lavent les équipements ne sont pas employés par le club. Parfois, cela irrite Daniel Leclercq. A Lens, il avait tout le monde à sa disposition du matin au soir. Il ne comprend pas que la dame qui fait les lessives ne reste pas au stade jusqu'à minuit! Moi-même, je passe des dizaines d'heures par semaine au stade, mais je ne suis pas payé. Mon seul traitement, c'est la voiture qui est mise à ma disposition par le club. J'ai eu la chance d'être prépensionné très tôt et de toujours toucher 80% de mon salaire de permanent syndical. Je suis divorcé, je n'ai pas un grand train de vie et je ne suis pas un homme d'argent: ça facilite les choses. A la Ligue Pro, personne ne veut nous croire quand nous disons que nous avons un budget de 125 millions. Les représentants des autres clubs croient que nous avons un budget parallèle. Si nous devions rémunérer tous les gens qui travaillent gratuitement pour le club, nous aurions le même budget que nos concurrents. Pour progresser, il faut augmenter l'enveloppe. Et pour y parvenir, il n'y a que deux solutions: trouver de nouveaux investisseurs ou mettre en place une cellule de marketing efficace. Avec des gens qui seraient payés, évidemment. Nous avons fait un essai récemment, mais ce fut une catastrophe. En deux mois, les deux personnes du département sponsoring n'ont pas amené un seul sponsor. J'ai déniché moi-même 80% des entreprises qui nous soutiennent, grâce aux contacts que j'ai noués durant ma carrière de permanent syndical."Si on ne trouve pas 150 millions, on se casse la figure"Le président est déjà certain de boucler le budget de cette saison: c'est quand même une bonne nouvelle!Premièrement, ces 125 millions sont largement insuffisants. Deuxièmement, je me demande bien sur quoi Monsieur Gaone se base pour prétendre qu'il les trouvera à coup sûr. Nous aurons besoin d'un minimum de 150 millions pour couvrir nos dépenses cette saison. Sans compter le salaire de Nicolas Ouédec, qui est venu s'ajouter au dernier moment. L'an dernier, le président avait dit que nous pourrions nous en sortir avec 80 millions. J'avais prévu entre 100 et 110 millions en dépenses, et il nous en a finalement fallu 113. Et nos rentrées se sont chiffrées à 110 millions. Nous venons de prendre une claque: nous ne pourrons plus compter sur Duferco, notre plus gros sponsor la saison dernière. La direction de cette entreprise avait acheté des abonnements pour ses 1.600 ouvriers, ce qui représentait beaucoup d'argent. Plus que ce que nous touchons de la banque CPH, notre sponsor principal. Vu que la conjoncture dans ce secteur est aujourd'hui moins favorable, le personnel de Duferco n'aura plus droit à venir gratuitement à nos matches. J'ai des solutions pour faire rentrer plus d'argent dans nos caisses, mais il faut alors me suivre dans mes raisonnements.C'est-à-dire?Des investisseurs sont prêts à mettre beaucoup d'argent à La Louvière. Mais ils exigent une place dans le conseil d'administration. C'est logique mais Monsieur Gaone ne veut pas en entendre parler. Il veut continuer à tout diriger seul. Le partage du pouvoir ne l'intéresse pas. J'ai été clair avec lui: -Soit tu mets encore plus d'argent dans le club, soit tu acceptes de céder une partie de ton pouvoir. Il n'y a pas 36 solutions. "J'étais contre Tilmant mais pour la Jaguar"Cette divergence de vues explique-t-elle la bagarre que vous avez eue avec le président en fin de saison dernière? Vous aviez démissionné, puis vous étiez revenu sur votre décision deux jours plus tard...J'étais très énervé. En cours de saison, j'avais dit à Monsieur Gaone que je me concentrerais à fond sur le maintien, mais qu'une fois cet objectif atteint, je voulais une réunion pour aborder le fonctionnement du club dans le futur. Dès le lendemain du match à Gand, je l'ai appelé. Il n'a jamais su me fixer un rendez-vous pour discuter une bonne fois. J'allais dans son entreprise deux fois par jour, mais cette fameuse réunion était sans arrêt reportée. Il n'avait soi-disant pas le temps. Daniel Leclercq s'est rendu compte qu'il y avait un malaise et il a lui-même provoqué une rencontre. La discussion s'est envenimée quand j'ai dit qu'il faudrait 150 millions pour cette saison. J'ai vite compris que je n'étais toujours pas sur la même longueur d'onde que le président et je suis parti. Je suis finalement revenu, à la demande de l'entraîneur et de deux gros sponsors. Mais les problèmes de fond n'ont toujours pas été réglés. Je n'ai pas envie de le cacher. Le patron de mon syndicat n'a jamais réussi à me faire taire alors qu'il me payait; ce n'est pas dans un club où je travaille bénévolement que je vais me sentir obligé de la fermer!On a dit à l'époque que vous n'acceptiez pas la prolongation de contrat offerte à Tilmant.C'est Monsieur Gaone qui a imposé Tilmant. Leclercq n'en voulait plus. Pourquoi le conserver dans ces conditions? Mais le président a dit: -Laissez-moi faire si j'ai envie de me payer un petit bijou. Tilmant, c'est son troisième fils... Mais avec le budget qu'on lui consacre, on aurait pu transférer Boeka-Lisasi. Quand Daniel Leclercq a reçu le feu vert du président pour faire venir ce joueur quand même, il était trop tard: il avait signé à Malines. C'est comme ça qu'on rate de bonnes occasions. En fin de saison, on fera le compte des minutes jouées par Tilmant! J'en ai marre que les supporters me reprochent des transferts ratés. Ils ont raison de le faire si j'ai donné mon accord, mais pas si j'ai tout fait pour empêcher ces arrivées ou ces prolongations de séjours. Vous n'auriez pas supporté que le président offre une Jaguar à l'entraîneur...Si Leclercq roule aujourd'hui en Jaguar, c'est grâce à moi. Je suis moi-même allé négocier un prix dans un garage. Si le président ose prétendre le contraire, je quitte le club sur-le-champ!Daniel Leclercq a-t-il enfin signé son contrat?Non. Il est rédigé, mais en ne le signant pas, il met la pression. Il espère que cela fera évoluer l'organisation du club.Pierre Danvoye