Le 3 septembre dernier, Emile Mpenza décida de bouder Sport-Foot Magazine. Il venait de revenir au Standard après avoir vécu des hauts et des bas à Schalke 04. C'était un grand transfert pour les Rouches et, dans notre souci d'aller au bout de l'information, nous avions décidé d'étudier, et de publier, les statistiques de cette figure marquante du football belge.
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Le 3 septembre dernier, Emile Mpenza décida de bouder Sport-Foot Magazine. Il venait de revenir au Standard après avoir vécu des hauts et des bas à Schalke 04. C'était un grand transfert pour les Rouches et, dans notre souci d'aller au bout de l'information, nous avions décidé d'étudier, et de publier, les statistiques de cette figure marquante du football belge. Les chiffres de notre statisticien Claude Henrot furent très intéressants et révélèrent un peu plus une évidence déjà apparente : Emile ne pouvait être classé dans la catégorie des grands buteurs en ne marquant qu'un but toutes les 221 minutes comme ce fut le cas à Schalke sur les quatre saisons passées là-bas. Un véritable goal-getter n'a besoin que de 100 à 125 minutes par but en moyenne comme le prouvent les moyennes européennes. Mais c'est un rendement qu'Emile était même loin d'approcher lors de ses saisons belges précédentes, de 1996 à 2000, à Mouscron ou au Standard, soit dans un championnat moins exigeant que la Bundesliga. Emile se faisait-il des idées sur ses qualités réelles ? Confondait-il la réalité et ses ambitions ? Les données étaient inattaquables : Emile n'était pas un vrai buteur en arrivant au Standard en septembre dernier. Ni par rapport à sa première carrière belge, ni par rapport à sa période allemande. Depuis lors, il a heureusement répondu sur le terrain et atteint une efficacité sans précédent : un but toutes les 120 minutes jusqu'à présent. Ce faisant, il améliore nettement la valeur d'un but toutes les 140 minutes qu'il avait atteinte au Standard en 98-99. De plus, Emile a aussi retrouvé une santé qui lui permet de jouer 83,56 % des matches du Standard cette saison (exception faite des quatre premières journées pour lesquelles il n'était pas encore à Sclessin). Ici, il frôle les valeurs de ses deux meilleures saisons en la matière : Mouscron en 96-97 avec 88,17 % et Schalke en 99-00 avec 85,1 %. Dorénavant, Emile marque plus souvent et comme il joue beaucoup, son total de buts est appréciable : en championnat, il est deuxième du classement des buteurs avec 15 réalisations (... en tenant toujours compte du fait qu'il n'était pas encore au Standard les quatre premières journées). Cette fois, c'est sûr, Emile est un buteur. Les statistiques le prouvent. En septembre dernier, Dominique D'Onoforio, le coach du Standard, avait bien compris la portée, l'importance et l'exactitude de nos remarques chiffrées. " Un grand attaquant n'est pas nécessairement un finisseur infaillible ", nous avait-il affirmé. " Pour le moment, Emile est avant tout un superbe avant que tout le monde nous envie pour sa vitesse, sa détente, sa frappe. Mais, et ce sera le fruit de notre travail, il peut aussi devenir un grand buteur ". Le résultat vaut le déplacement. Emile se soigne mieux, écoute son corps et, surtout, est parfaitement géré par le staff technique et médical du Standard. A lui de confirmer dans la dernière ligne droite du championnat. Guy Namurois, le préparateur physique, accomplit un travail considérable avec Emile loin des flashes de l'actualité. En Allemagne, il est probable qu'Emile se soit écarté du droit chemin à cause de ses erreurs de jeunesse mais aussi par absence de dialogue ou en raison d'une forme de mépris dans le chef du manager de Schalke. Mesurait-il ce qu'on lui demandait ? Tout le monde n'a pas le mental de Marc Wilmots... Guy Namurois : " Dès qu'Emile est revenu au Standard, nous avons dressé des bilans physiques complets. Je l'avais vu en action, comme tout le monde, mais je ne le connaissais pas personnellement. C'était nécessaire afin de lui proposer des séances de travail individualisées et un suivi médico-sportif performant. Emile est un sprinter, donc un athlète explosif à l'endurance forcément moins performante qu'un marathonien des pelouses. Il convenait de préserver ses atouts, de les améliorer, tout en réduisant ses points faibles. Cela a notamment donné lieu à un petit travail d'endurance. Il faut savoir que le service de physiothérapie sportive du CHU de Liège jouit d'un grand prestige international. Le Docteur Jean-Louis Croisier y a examiné de nombreux athlètes, des internationaux français. Emile Mpenza y avait déjà passé toute une batterie de tests lors de son premier passage au Standard, de 1997 à fin 2000, avant de se retrouver en Allemagne. Le Standard l'a retrouvé trois ans plus tard. Les examens de 2000 et ceux de 2003 sont totalement comparables. Qualités et carences étaient toujours les mêmes. Cela signifie qu'Emile n'a pas travaillé ses manquements en Allemagne. Pourquoi ? Manque de temps ? N'était-ce pas utile aux yeux de Schalke 04 ? Emile n'était-il pas dans un climat de confiance mutuelle ? Ce n'est pas à moi de juger. Emile Mpenza a toujours dépensé énormément d'énergie au kilomètre parcouru. Pour utiliser une image, c'est une voiture qui ne roule jamais à l'économie : son compte-tours indique sans cesse 10.000 tours/minute. A ce rythme-là, on prend des risques avec la mécanique. Emile doit pouvoir y aller à fond quand cela s'impose mais il convient aussi de se ménager pour éviter la casse. Cela se fait quand le rythme baisse ou, entre autres, à l'occasion d'un replacement tactique après une perte de balle. Avant, Emile appuyait sur les gaz, même pour glisser vers une autre position sur le terrain, quelques mètres plus loin. Or, on peut être aussi utile, dans ces cas-là, en jouant à du 10 km/h. A la fin, ses multiples petits efforts, parfois inutiles, se payent cash. Emile Mpenza devait apprendre à préserver son capital fraîcheur. Il n'avait jamais rien fait en trottinant. A force de tout vivre sur un terrain à du 200 km/h et de consommer 20 litres au 100 km, il était contre productif. Il était essentiel de travailler sa foulée. Emile a toujours eu un immense compas. C'est un atout mais il faut le dérouler de la façon la plus intéressante. Un coureur cycliste ne pousse pas son grand braquet durant tout le déroulement d'une classique. Il en va de même pour le footballeur qui doit aussi s'appuyer sur de petits pas, ce qu'Emile ne faisait jamais. Ainsi, il sautillait sans cesse au lieu de privilégier la souplesse. En fait, à 25 ans, nous lui avons appris à bien courir, à trottiner et sprinter quand il le fallait. Il y a 10 ans, en 1994, au FC Liège, je m'occupais de la technique de course des jeunes afin qu'ils obtiennent une foulée de qualité. C'est un facteur important dans la réussite d'un footballeur professionnel. Beaucoup de joueurs chutent souvent. C'est plus souvent dû à la mauvaise qualité de leurs appuis qu'à des problèmes de chaussures et de terrains. Une foulée de qualité réclame beaucoup de travail. Nous avons amélioré tout cela avec Emile, via des entraînements individualisés. A l'image de son frère Mbo, Emile se penche fort vers l'avant pour sprinter. Et, comme il l'a d'ailleurs constaté lui-même, notre artilleur s'est souvent blessé aux ischios-jambiers, le gros muscle à l'arrière de la cuisse. Il convenait d'éviter les tensions musculaires avec des exercices d'étirements et un travail sur la musculature du bassin. Enfin, il y avait un problème de déséquilibre évident au niveau des cuisses. Il n'y avait pas d'harmonie entre les ischio-jambiers et les quadriceps, le gros muscle à l'avant de la cuisse. Le problème fut surtout crucial à gauche. En Allemagne, Emile a régulièrement été stoppé, et finalement opéré, suite à ces pépins. Tout sportif de haut niveau est une Formule 1. Un footballeur performant s'expose aux blessures. Le risque zéro n'existe pas. Mais le danger de blessures peut être fortement réduit. Un joueur qui ne cherche pas à corriger ses déséquilibres a 15 % de chance de se blesser, souvent gravement. Ce pourcentage passe à 3 % quand un travail adéquat permet de gommer les déséquilibres. Cette différence est considérable. Tous les footballeurs accusent des déséquilibres. Il faut le savoir et travailler de façon adéquate. Emile Mpenza a bien intégré tout cela, se sent en confiance, respecté, accepté et entendu. Il est désormais à l'écoute de son corps et travaille beaucoup préventivement. Avant Belgique-Allemagne, il a senti une petite pointe de douleur au niveau de la cuisse gauche. C'était un point de contracture et Emile s'est tout de suite méfié à juste titre. Il a relâché la pression, pris un peu de repos, ménagé sa cuisse et évité un pépin plus grave. Notre fer de lance a donc bien géré son potentiel. Notre infirmerie est déserte. Cela s'explique par le travail d'équipe de tout le staff. Quand un entraînement débute à dix heures, nous sommes au stade à 8 h 30. Le coach a son programme technique et il tient compte de chaque cas. C'est indispensable car sans travail bien planifié, on peut casser un sportif aussi fort soit-il. Tout le monde ne s'entraîne pas forcément de la même façon au même moment. En Italie, par exemple, le travail est personnalisé depuis longtemps ". Capitaine du Standard, Ivica Dragutinovic est bien placé afin de suivre et d'apprécier les efforts d'Emile au quotidien : " Je le connais depuis 1996 et ses premiers exploits à Mouscron. Mais on ne peut plus comparer les époques. Emile avait éclaté comme une comète dans le ciel de la D1. L'effet de surprise fut total. Tout le monde a misé sur cette éclosion spontanée. Il a dû justifier toutes les attentes. Pas évident et je trouve que ce joueur méritait plus de confiance et de respect. Il a été haut, a toujours intéressé de grands clubs, a eu des pépins physiques mais est revenu plus mûr, plus fort et plus complet qu'avant. A 25 ans, Emile n'a montré qu'une toute petite partie de son potentiel. Il deviendra de plus en plus fort et de plus en complet. Son style sera de plus en plus varié. Emile s'appuiera sur autre chose que sa vitesse. La maturité le bonifiera énormément. Je le vois bosser tous les jours : il se prépare attentivement avant chaque entraînement. Techniquement et tactiquement, son jeu est de plus en plus complet. Son premier tour avait été plus intense car nous lui fournissions sans cesse de bons ballons. La chute de régime d' Almani Moreira l'a privé de pas mal d'assists. Notre petit médian portugais retrouve petit à petit son rythme de croisière et cela fera du bien à Emile. La seule présence d'Emile bloque les défenses adverses et la deuxième ligne en profite. Même s'il ne parle pas beaucoup, c'est un leader. Cela se voit d'abord dans le regard des autres : ils le craignent sur le terrain. Il n'y a pas deux Emile Mpenza en Belgique. L'équipe nationale belge a des problèmes offensifs sans lui. Mais il faut le reconnaître, lui donner plus d'importance, de responsabilités et de respect. C'est ce que Dominique D'Onofrio lui donne au Standard ". Pierre Bilic" Il devait apprendre à S'éCONOMISER " (Guy Namurois)