Le 24 juillet 2008, Roger Vanden Stock conclut la conférence de presse annuelle du RSC Anderlecht, au cours de laquelle les dirigeants ont exposé leurs ambitions de la saison, par la formule classique : " Y a-t-il d'autres questions ?" Outre le président, le manager Herman Van Holsbeeck et l'entraîneur Ariel Jacobs ont pris la parole. A la même table, un seul homme n'a pas bronché : Philippe Collin. Fidèle à ses bonnes habitudes, le secrétaire général n'a pas desserré les lèvres.
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Le 24 juillet 2008, Roger Vanden Stock conclut la conférence de presse annuelle du RSC Anderlecht, au cours de laquelle les dirigeants ont exposé leurs ambitions de la saison, par la formule classique : " Y a-t-il d'autres questions ?" Outre le président, le manager Herman Van Holsbeeck et l'entraîneur Ariel Jacobs ont pris la parole. A la même table, un seul homme n'a pas bronché : Philippe Collin. Fidèle à ses bonnes habitudes, le secrétaire général n'a pas desserré les lèvres. " Y a-t-il d'autres questions ?", conclut donc le président, mais avant que quiconque ait eu l'occasion d'ouvrir la bouche, il ajoute que des questions n'ont pas été posées les années précédentes et qu'il n'en ira sans doute pas autrement cette fois. L'assistance en rit, puis applaudit poliment avant de passer à table. " Il en va de même aux conseils d'administration ", confie un proche. " Le président préside, il prend les décisions et on ne pose pas de questions. "Qui les poserait, au demeurant ? Depuis près de 40 ans, le conseil d'administration d'Anderlecht est contrôlé par la famille Vanden Stock. Tout débute en 1969, quand Constant Vanden Stock revient au club dont il a jadis été arrière gauche et prospecteur des jeunes. En l'espace de deux ans, le richissime brasseur s'empare de la présidence. Sous sa direction, le club tombe aux mains de parents, de fidèles amis et d'anciens employés de Belle-Vue, la brasserie familiale, devenue un des leaders du marché belge grâce à son homme fort. Vanden Stock règne d'une poigne de fer. En 1996, lorsqu'il démissionne après un quart de siècle à la tête du club, la présidence passe aux mains de son fils, Roger. En muant le Sporting en société anonyme (SA), Roger Vanden Stock sortirait définitivement de l'ombre de son père. En 13 ans de présidence, il n'a pas réussi à faire d'Anderlecht le leader absolu du marché belge, malgré la situation centrale du club et un budget supérieur à celui de tous ses concurrents. La mise en place de la nouvelle structure constituerait son premier acte significatif de gestion. Vanden Stock Jr souffre du syndrome de la troisième génération. Son grand-père Philemon a fondé un café ainsi qu'une brasserie, son père Constant l'a transformée en un mini-empire de la bière, mais Roger n'avait ni le talent commercial ni la motivation requise pour renforcer l'entreprise. Constant l'avait bien compris : en 1989, il a vendu une participation minoritaire de Belle-Vue à Interbrew. Deux ans plus tard, le géant louvaniste était majoritaire et en 1994, il rachetait la totalité de l'entreprise et remerciait les deux derniers Vanden Stock, Roger et Philippe Collin. Constant a également propulsé Anderlecht, dont le maillot était à l'origine frappé du logo de Belle-Vue, parmi l'élite européenne. Le Sporting dispute trois finales européennes d'affilée de 1976 à 1978 et en joue encore deux durant la décennie suivante. Cet héritage pèse comme du plomb sur les épaules du fils. " Avoir un père comme le mien n'est pas facile ", reconnaît-il lors d'une interview accordée peu avant qu'il ne reprenne la présidence. En novembre 1998, Anderlecht limoge Paul Courant, le responsable du scouting. Le dernier Vanden Stock sort alors de l'ombre. Philippe Collin est très différent de son cousin. C'est un battant, et non un homme de compromis. Malin, énergique, imprévisible. Un sphinx. Un homme de peu de mots mais très présent en coulisses. En outre, il possède un passé sportif : il a participé aux Jeux Olympiques de Munich 1972 avec l'équipe belge de hockey. Après la retraite de Constant Vanden Stock, Anderlecht continue à être géré comme une PME familiale. Ces entreprises sombrent souvent à cause de tensions internes, essentiellement en raison du nombre croissant de personnes impliquées. A cet égard, la troisième génération est toujours critique. Vanden Stock jr et Collin ont souvent des opinions divergentes quant à la direction que doit suivre le club, au point même que d'aucuns prédisent une rupture fatale le jour où Constant Vanden Stock décédera. Pourtant, lorsque le pater familias meurt, en avril 2008, les siens serrent les rangs. Les héritiers Vanden Stock ne doivent plus travailler pour gagner leur vie depuis la transaction (de quelque 25 millions d'euros) réalisée avec Interbrew. Outre le golf, Anderlecht constitue leur seule occupation. Après la vente de Belle-Vue, les Vanden Stock n'ont plus été très actifs dans l'industrie traditionnelle. Leur principale activité professionnelle est la SA Viandobor, une entreprise familiale qui vend des hotdogs et des hamburgers. Elle possède des concessions dans les palais du Heysel et dans les gares bruxelloises, elle en a aussi à Anderlecht. Roger Vanden Stock, Philippe Collin et sa s£ur Jeanine ainsi que son époux Jacques Boucquey en sont les administrateurs. Selon les dires de Vanden Stock dans une interview, ses filles peuvent en vivre. Cette entente familiale a été quelque peu gommée par la professionnalisation menée par Michel Verschueren dans les années 80. Sous son impulsion, un stade a vu le jour, avec des loges, des business seats, un restaurant et un centre de congrès. Anderlecht reste une SPRL sportive mais celle-ci est entourée par plusieurs SA. Contrairement à une société à profits et responsabilités limités, une société anonyme peut verser des gains à ses associés. La rénovation du stade donne le coup d'envoi de la séparation des activités rémunératrices : la SA Saint-Guidon gère le catering, la SA Winners le merchandising. Les mêmes noms apparaissent dans les deux structures : Vanden Stock et Collin, leurs enfants et quelques fidèles, parmi lesquels Verschueren. Graeme Rutjes a déjà jeté l'éponge. L'ancien footballeur, licencié en économie, avait été embauché pour diriger le merchandising mais il s'est heurté au conservatisme de la direction. Il a renoncé au bout de six mois. Six ans plus tard, après Courant et Rutjes, Alain Courtois sera le troisième déçu à s'en aller. L'ancien secrétaire général de l'UB avait été embauché pour muer Anderlecht en une société de football moderne. Il allait trop vite aux yeux de Roger Vanden Stock. Pourquoi Anderlecht a-t-il donc décidé de se muer en SA ? Il y a trois motifs. -Un : tous les avoirs d'une SPRL y restent, une fois versés, alors qu'une SA a des parts, ce qui offre une issue financière à ses actionnaires. Si Roger Vanden Stock quitte Anderlecht ou que ses héritiers n'ont pas envie de s'en occuper, ils peuvent vendre leurs parts et récupérer ainsi leur mise. Si Anderlecht conserve son statut actuel, la famille perd tout. " Mes filles n'ont pas envie de diriger un club de football. Il y aura donc un jour un Anderlecht sans la famille Vanden Stock ", a déclaré le président l'année dernière. Vanden Stock a 66 ans, c'était maintenant ou jamais. Dans une première phase, il sera l'actionnaire principal de la SA. -Deux : il est plus facile d'augmenter le capital d'une SA par des fonds extérieurs. La construction d'un stade constitue un motif suffisant pour Anderlecht. Les actionnaires peuvent alors décider d'émettre de nouvelles actions. Vanden Stock peut perdre sa majorité mais il ne doit pas apporter lui-même de l'argent frais. De ce point de vue, on pense surtout à InBev et Alexandre Van Damme, un membre du conseil d'administration depuis longtemps et l'héritier d'une des plus grosses fortunes de Belgique. -Trois : l'image. Une SA fait bien. En plus, depuis 2007, les SPRL sont également obligées de présenter une comptabilité à la Banque Nationale. L'avantage de ne pas devoir publier une comptabilité détaillée a disparu en même temps que la dernière réticence de Vanden Stock. Cependant, le statut de SA n'est pas dénué de risques. Beaucoup de clubs anglais dans le besoin sont tombés aux mains de millionnaires étrangers excentriques en vendant des actions. Anderlecht pourrait subir le même sort s'il connaissait des problèmes financiers. Chelsea constitue l'exemple le plus connu. Roman Abramovitch a acquis le club londonien pour un montant symbolique mais il en a repris les dettes. Le jour où le Russe sera las de son jouet et le vendra, c'en sera fini de Chelsea, à moins que quelqu'un ne soit disposé à rembourser les dettes de Chelsea à Abramovitch. Les actionnaires d'une SA peuvent également voter une mention de défiance et exiger la démission d'une partie du conseil d'administration, comme l'a montré la saga Fortis. Au sein d'une SA, les dirigeants d'Anderlecht porteront une réelle responsabilité. Ce n'est qu'avec l'arrivée du directeur financier René Trullemans, en 2004, que Van Holsbeeck est parvenu, avec beaucoup de patience et de diplomatie, à convaincre Vanden Stock de la nécessité d'opter pour une structure plus moderne. Collin, qu'on surnomme parfois Tonton Philippe en interne, est contre, par tradition. Ensuite, c'est la commission des règles du ministère des Finances qui a fait des siennes. D'après le dernier décompte annuel, Anderlecht possède des actifs à hauteur de 38 millions d'euros, dont vingt ne sont pas encore imposés. Il faudrait payer des impôts sur ce montant. Anderlecht contre en rappelant que les clubs qui s'organisent en SA après une liquidation ne doivent payer aucun impôt. Pourquoi un club sain y serait-il contraint ? Après des mois de palabres, Anderlecht a annoncé que le dossier se trouvait dans la dernière ligne droite. La répartition des actions fait couler beaucoup d'encre. On a récemment parié sur 51 % pour Roger Vanden Stock, 40 % pour Alexandre Van Damme (InBev) et 9 % pour Wouter Vandenhaute (Woestijnvis), mais Anderlecht affirme que cela n'a aucun sens. Comme l'histoire qui voulait que Vandenhaute et Van Holsbeeck se seraient disputés. " C'est justement moi qui ai réuni Wouter Vandenhaute et Roger Vanden Stock à table ", précise le manager d'Anderlecht. " Il y a effectivement eu un conflit (NDLR - Vandenhaute a fourni son avocat à Frankie Vercauteren quand celui-ci a été limogé d'Anderlecht) mais il est aplani. " Vandenhaute est intéressé, c'est certain, comme le fait qu'Anderlecht vise les grosses fortunes discrètes. Selon les initiés, Collin serait loin d'être écarté d'Anderlecht, même si, ces derniers mois, il s'est surtout fait un nom à l'Union belge dont il est premier vice-président aujourd'hui. Poussé à briguer le fauteuil présidentiel, il l'a refusé entre-temps, préférant jouer le premier violon à la commission technique. Il n'y a aucun doute : l'actuel conseil d'administration d'Anderlecht, sclérosé, va subir un lifting. Le manager adjoint Gérard Witters quitte le département en septembre : il devient manager en Argentine, où il a déjà résidé dans le passé, et continuera à collaborer avec Anderlecht en Amérique du Sud. Sa fixation quasi exclusive sur les transferts argentins du club l'a amené à négliger ses autres tâches. Son départ sera compensé en interne : le club va élaborer une structure plus légère avec des personnes motivées, plus jeunes. Cela laisse une marge financière pour l'embauche de David Steegen, spécialiste de la communication. C'était une nécessité depuis des années aux yeux de Van Holsbeeck mais pas pour Vanden Stock... jusqu'à ce que le président commette un impair par une déclaration irréfléchie au journal Le Soir : " A l'avenir, nous ne voulons plus jouer avec le nom de Fortis sur nos maillots. Ce nom est devenu synonyme de perdant ". La phrase a mis Anderlecht et son sponsor principal sur pied de guerre et il a fallu répandre un rectificatif en toute hâte. Le népotisme est un problème tenace. Proches ou moins proches, toute la famille est concernée. Suite à l'engagement de Steegen, Vanden Stock a cherché et trouvé un nouveau poste à l'attaché de presse actuel, Pierre Desmet, ex-beau-père d'une de ses filles : celui de community manager. Et José Huylebrouck, le médecin du club, controversé depuis longtemps, va obtenir de son côté une place au conseil d'administration, pour services rendus. C'est typique de Vanden Stock, un homme charmant, incapable de trancher dans le vif et qui cherche toujours à contenter tout le monde. par jan hauspie