Le système prôné par Trond Sollied lui convenait à merveille mais, avec Jan Ceulemans, il erra comme une âme en peine entre les lignes dans une formation qui se cherchait. L'arrivée d'Emilio Ferrera semble l'avoir ramené à ses certitudes dans l'entrejeu, bien que sur le flanc droit.
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Le système prôné par Trond Sollied lui convenait à merveille mais, avec Jan Ceulemans, il erra comme une âme en peine entre les lignes dans une formation qui se cherchait. L'arrivée d'Emilio Ferrera semble l'avoir ramené à ses certitudes dans l'entrejeu, bien que sur le flanc droit. Gaëtan Englebert : Nous avions également très bien joué contre le PSG en préparation et face à La Gantoise en début de championnat. Pourquoi ? Parce que ces adversaires ont joué au football et ils nous ont laissé de l'espace. Dans ces cas-là, il est toujours plus facile de montrer quelque chose. De plus, face à Leverkusen, le rythme était plus élevé qu'en championnat. Cela rend également les choses plus simples car tout le monde est obligé de jouer plus vite, on n'a pas le temps de contrôler, de réfléchir. Pour un club comme Bruges, c'est un avantage. Parfois, en championnat, des équipes se présentent ici avec la seule intention de défendre. Enfin, physiquement, toutes les formations sont fortes aujourd'hui. Quand un adversaire est bien organisé, il n'y a donc plus de match facile. C'est à cause de cela que, parfois, nous avons obtenu de moins bons résultats. Non mais ce serait plus facile dans un championnat de Belgique où tout le monde jouerait pour la victoire au lieu de ne songer qu'à éviter la défaite. Chacun a évidemment le droit de jouer comme il l'entend, surtout s'il a moins d'atouts, mais cela ne facilite pas les choses. Le problème, c'est qu'on nous critique pour notre façon de jouer alors qu'il faut être deux pour faire un bon match. Anderlecht compte trois points de plus que nous mais il s'est également parfois imposé de toute justesse, non ? La différence avec nous, c'est que le Sporting possède deux ou trois joueurs offensifs capables de faire la différence. Nous ne les avons pas en ce moment. Et c'est la qualité des joueurs qui fait en sorte que, comme souvent ici, nous tentons de résoudre le problème de façon plus collective. Et puis, il y a la confiance, aussi : quand une équipe tourne bien, on se montre toujours un peu plus entreprenant. En marquant juste après le repos face à Leverkusen, nous nous sommes remis à y croire et nous avons mis l'adversaire sous pression. C'est ce que nous devons faire davantage à l'avenir : presser, ne pas trop combiner derrière car cela permet à l'adversaire de se regrouper. Nous devons amener plus rapidement le ballon en zone avant, ne pas perdre trop de temps à la construction car cela nous rend la tâche plus difficile. Tout le monde est capable d'analyser des images vidéo de l'adversaire et le seul moyen de créer des espaces, c'est d'élever le rythme. Mettre la pression sur leur défense et leur entrejeu car nous avions vu qu'en championnat, ils perdaient pas mal de ballons. Nous devions ensuite aller au but le plus rapidement possible. Cela nous a permis de nous forger trois ou quatre occasions, comme prévu. Si nous faisons cela en championnat, les adversaires auront à nouveau peur de nous, ce qui n'était plus le cas ces derniers temps. Mais bon, nous venons de livrer trois matches de championnat sur quatre en déplacement et nous avons pris sept points sur neuf : c'est bien et cela prouve que, petit à petit, les choses rentrent dans l'ordre. Les grands clubs étrangers qui possèdent des individualités capables de faire la différence veillent également avant tout à l'organisation et au résultat. Nous ne devons donc pas nous mettre à rêver de produire chaque semaine un spectacle pareil. C'est facile de dire qu'il n'y a pas de créativité mais tout est surtout question d'efficacité des actions. Face à Leverkusen, nous avons eu sept à huit possibilités : on ne peut donc pas nous reprocher d'avoir manqué de créativité. Milan donne parfois volontairement le ballon à l'adversaire afin de pouvoir, ensuite, profiter de l'espace. Etre créatif, ce n'est pas seulement éliminer un homme et faire une passe. Les mouvements et la vitesse comptent beaucoup. Avant un match, en fonction de l'adversaire, l'entraîneur ne demande pas toujours la même chose aux mêmes joueurs, ce qui nous permet de varier notre jeu. Il nous fait confiance et nous demande d'apporter quelque chose à l'équipe. Dans ces cas-là, on ne peut pas perdre ses qualités. Ce n'était pas le cas l'an dernier. Non car nous savions déjà avant ce qu'il fallait faire. Nous travaillons cela à l'entraînement et cela se passe toujours très bien mais il faut aussi pouvoir le faire en match et c'est là que ça coinçait souvent. Lorsque nous marquons en début de match, comme à Westerlo, la rencontre change de visage et nous pouvons contrôler. Au Brussels, nous avons encaissé après dix minutes, nous avons couru après le résultat et eux se sont encore regroupés davantage. De tout ce qui s'est dit à propos de l'équipe au cours des derniers mois. Les joueurs ne devraient pas y accorder d'attention mais cela joue toujours un rôle. Une équipe doit être au-dessus de tout cela. La confiance vient en alignant une série de bons résultats et nous n'y sommes pas encore arrivés. Il faudrait pouvoir reproduire quelques fois de suite le même match que contre Leverkusen, maintenir le même niveau en championnat car nous avons des joueurs capables de le faire. Une victoire aurait pu nous donner de l'élan, même si ce résultat n'était pas mauvais non plus. Nous n'avons peut-être pas joué 90 minutes à fond mais certainement deux ou trois fois 20 minutes. Les semaines qui s'annoncent vont décider du reste du championnat et de la lutte pour le titre. Nous devons pouvoir mettre l'adversaire sous pression pendant vingt à vingt-cinq minutes. Et si nous marquons, tout sera plus facile au cours des matches suivants. Sur le plan européen, nous avons prouvé face à Leverkusen que nous étions capables de montrer quelque chose offensivement. Tout le monde doit être convaincu que, si l'ambiance est bonne, nous avons des possibilités. Lors de la première saison de Sollied, nous avons aligné 16 victoires d'affilée mais il est vrai que les deux ont leur schéma de travail. Ferrera analyse davantage l'adversaire et les erreurs que nous commettons. Plus en début de championnat que maintenant, évidemment. Les entraînements sont davantage axés sur le match du week-end tandis qu'avec Sollied, on répétait beaucoup de mouvements et on travaillait davantage la finition. Depuis que Ferrera est arrivé, quelque chose a changé à toutes les places. Les défenseurs doivent tous, ou du moins trois des quatre, participer à la reconstruction, les médians défensifs doivent laisser le moins d'espace possible entre eux et la défense mais aussi faire pression sur les médians défensifs adverses. Moi, dès que l'adversaire donne en retrait, je dois aller presser et tout le monde doit me suivre. Nous devons conserver cette organisation dans toutes les lignes. Le plus important pour moi, c'est de jouir d'une liberté offensive et de ne pas rester collé à ma ligne, de pouvoir pénétrer dans les espaces et d'effectuer mon travail défensif. Comme beaucoup d'autres joueurs, je n'aime pas rester à une place et attendre le ballon. Mais à gauche ou à droite, peu importe, même si je suis droitier. Koen Daerden reste plus collé à sa ligne mais il vient d'arriver et il faut lui laisser un temps d'adaptation offensif, d'autant qu'il est resté un mois sans jouer. Evidemment, sur le flanc, il est plus facile de créer le danger si on peut attaquer à deux ou trois. En deuxième mi-temps contre Leverkusen, Brian Priske est monté plus souvent et a été plus dangereux. Cela prouve que nous devons oser jouer plus haut. Remettre le ballon en retrait ne fait que ralentir le jeu. Lorsqu'il y a de l'espace, nous devons chercher davantage la profondeur. Sous-estimé ? En fait, je ne lis pas ce qu'on écrit à mon propos. Le problème, c'est qu'il y a toujours bien un collègue pour venir me le dire (il rit). Le plus important, c'est ce que l'entraîneur et mes équipiers pensent de moi. Tout dépend aussi de comment l'équipe joue et de la place que l'on occupe. Celui qui botte les coups de coin délivre évidemment plus d'assists mais le nombre de buts que j'inscris ou de passes décisives que je donne importe peu. Ce qui compte, c'est l'équipe. Elle a besoin de joueurs qui font leur travail chaque semaine, pas de gars qui sont bons dix semaines et mauvais les 20 autres. Aujourd'hui, on analyse tout et cela permet à chacun de travailler mais ce n'est pas important pour nous. Ce qui est sûr, c'est que les critiques nous ont posé des problèmes, elles nous ont touché. Quand tout est toujours positif, ce n'est pas bon non plus et lorsqu'on ne joue pas bien, on critique. Une grande équipe doit être au-dessus de tout cela mais ce n'est pas toujours facile. Il faut toujours vouloir faire mieux et le match face à Leverkusen va contribuer à calmer les esprits. Cela doit nous donner confiance pour le reste de la saison. Nous sommes en plein championnat et, après une mauvaise saison, nous avons un défi à relever. Je ne pense à rien d'autre pour le moment. Je veux lutter pour le titre et la Coupe mais j'ai aussi des ambitions européennes. Il n'y a que deux ou trois grands clubs en Belgique. Quand on a la chance de jouer dans l'un d'entre eux, il ne faut pas toujours avoir envie de partir. Beaucoup de jeunes joueurs se laissent monter la tête par des promesses et veulent partir trop vite. Ce n'est pas toujours une bonne solution pour leur club non plus... J'ai encore deux ans de contrat et ce n'est pas le moment de penser à cela. Il y a une chose qu'on ne doit jamais oublier en football : c'est sur le terrain qu'il faut se montrer. Il ne sert à rien de réclamer des choses sans avoir presté, comme c'est souvent le cas aujourd'hui. Je sais que les journalistes préfèrent qu'un joueur dise qu'il veut partir mais je ne suis pas comme cela. Je sais ce qui m'attend au cours des prochaines années. Après, on verra. Je regarde certains matches sans que cela soit une obsession. J'ai déjà une vie très médiatisée et je n'éprouve pas le besoin d'être sans cesse mis en évidence. Chacun mène la vie qu'il veut mais je n'ai pas envie de raconter la mienne. (Il sourit) : Deux joueurs de Leverkusen portaient également des chaussures noires. Comme nous avons attendu longtemps dans le tunnel, nous nous sommes mis à regarder les godasses des autres. Je trouve que les noires sont les meilleures. Les sponsors préfèrent celles en couleur parce qu'elles sont plus voyantes. Moi, je n'aime pas tellement. RAOUL DE GROOTE