Pour enchaîner sur la semaine dernière, rêvons donc. Et admettons que, d'ici dix ans, je sois devenu immensément riche et immensément fou. J'ai alors 60 ans, j'ai gagné maintes fois au Lotto, au Tiercé, dans les casinos et chez Jean-Pierre Foucault. Tant et si bien que je possède en banque ce qu'a épargné DavidBeckham en 10 ans de carrière,... disons seulement 25 millions d'euros par peur d'exagérer : et je souhaite égayer mes vieux jours en claquant ce magot dans un club de foot, plutôt que de le léguer à une descendance qui risquerait d'en faire mauvais usage. Je fais quoi, je fais comment ? Je vois trois options de mécénat, évidemment noble et désintéressé : mais il importe aussi que je me divertisse quelques années, avant la déliquescence et la mort...
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Pour enchaîner sur la semaine dernière, rêvons donc. Et admettons que, d'ici dix ans, je sois devenu immensément riche et immensément fou. J'ai alors 60 ans, j'ai gagné maintes fois au Lotto, au Tiercé, dans les casinos et chez Jean-Pierre Foucault. Tant et si bien que je possède en banque ce qu'a épargné DavidBeckham en 10 ans de carrière,... disons seulement 25 millions d'euros par peur d'exagérer : et je souhaite égayer mes vieux jours en claquant ce magot dans un club de foot, plutôt que de le léguer à une descendance qui risquerait d'en faire mauvais usage. Je fais quoi, je fais comment ? Je vois trois options de mécénat, évidemment noble et désintéressé : mais il importe aussi que je me divertisse quelques années, avant la déliquescence et la mort... Primo, je la joue classique, un peu à la Abbas Bayat. Je débarque dans un club de D1 normal, c'est-à-dire endetté. J'allonge le pognon, je prends le pouvoir. Et je vais forcément être l'Homme Neuf, tout révolutionner avec succès : vu que d'une part j'en connais un bout en foot puisque j'ai déjà parlé avec AlexFerguson à United, vu d'autre part que je suis beaucoup moins con en affaires que la moyenne des présidents de D1. C'est le premier scénario plausible mais je ne suis pas Abbas, j'ai du mal à y adhérer : tant je suis convaincu que le foot est surtout un jeu de hasard, déguisé en jeu tactique pour exciter tout le monde ! Si je choisis l'option Bayat, je vais découvrir des cadavres dans les placards, brûler mon fric en cinq ans plutôt qu'en vingt, avoir cinq chances sur dix de ne pas progresser sportivement d'un iota et quatre chances de régresser, me morfondre jusqu'à décrépir prématurément,... non merci, sans façon ! Vieux rêveur, oui. Vieux maso, non. Secundo, je la joue farfelue, comme un vieux footeux frustré. Je débarque dans un club de D2, et j'allonge pour qu'y débarquent 15 footballeurs ayant largement le niveau de la D1 : mais je n'en mets que dix sur le terrain, et J'EXIGE d'être TOUJOURS le onzième ! Je plante dans le rond central, en demandant juste qu'on me donne deux ou trois ballons faciles que je puisse remiser simplement. Je joue ainsi en D2 sur le tard, moi qui n'ai pas réussi la moindre carrière,.. et je peux même rêvasser de l'accession en D1 ! Chaque semaine, je suis au c£ur de l'action, je ressens le bonheur fou de vivre chaque match parmi mes salariés : salariés que je paie suffisamment cher pour que " nous " prenions régulièrement les trois points, même si je suis le onzième ! C'est la deuxième option, elle me plaît davantage mais je la crains quand même : ce sera forcément un club où il y aura des spectateurs, et ils risquent de me prendre en grippe ! Même les joueurs, je les connais avec leur soif de vaincre, ils feront insidieusement pression sur moi quand ça ne tournera pas, pour que je sollicite mon remplacement ! Sans compter que je pourrais être victime d'un sliding meurtrier, et que j'aurai l'air con en short parmi tous ces jeunes hommes beaux ! De nouveau, non merci. Vieux rêveur, oui. Vieux maso, non. Tertio but not least, je reste en Provinciale dans un club de mon coin avec les joueurs de mon coin, sans transférer un seul caïd : mais j'allonge pour les placer dans un contexte de travail triplement professionnel ! Un, je leur paie à tous, non pas une fortune, mais l'équivalent d'un congé sans solde d'au moins trois ans chez leur employeur respectif : et ils deviennent footballeurs ruraux professionnels s'entraînant tous les jours. Deux, je mets à leur disposition des pelouses comme des billards, un couvert en synthétique, un circuit vidéo interne, un sauna, une salle de muscu, un jacuzzi, un toubib, trois kinés et tutti quanti. Trois, j'enrôle à temps plein le top de l'encadrement avec RobertWaseige, MichelBertinchamps, JackyMunaron et José Hubert, leur prix sera le mien ! Et j'observe durant mes vieux jours, peinard et curieux, jusqu'où peuvent aller des footballeurs provinciaux comme les autres s'ils travaillent plus et mieux que les autres : sans rêves insensés, juste pour tester. Juste pour mieux comprendre une dernière fois ce merveilleux sport débile. Vieux maso. par Bernard Jeunejean" J'ai déjà parlé avec Alex Ferguson et je suis beaucoup moins con en affaires que la moyenne des présidents de D1 "