Silvio Proto est le plus jeune gardien de D1. Et l'un des plus prometteurs. A 18 ans, il a réalisé des débuts étonnants et les supporters de La Louvière l'ont élu meilleur joueur du premier tour. Il a sorti son plus gros match en décembre, sur le terrain de l'Antwerp. Une prestation ui n'a pas échappé à Wim De Coninck, l'entraîneur des Anversois.
...

Silvio Proto est le plus jeune gardien de D1. Et l'un des plus prometteurs. A 18 ans, il a réalisé des débuts étonnants et les supporters de La Louvière l'ont élu meilleur joueur du premier tour. Il a sorti son plus gros match en décembre, sur le terrain de l'Antwerp. Une prestation ui n'a pas échappé à Wim De Coninck, l'entraîneur des Anversois. "Je l'avais vu plusieurs fois à l'oeuvre avant cette rencontre", signale De Coninck. "En tant qu'ex-gardien, je l'avais évidemment analysé sous toutes ses coutures. Il m'avait chaque fois laissé une très bonne impression. Notamment lors du match de Coupe de Belgique contre Tubize. Je n'ai donc pas été vraiment étonné qu'il arrête tout contre nous". On parle beaucoup de Proto depuis près d'un an. La saison dernière, même sans jouer un seul match en Première, il fut plusieurs fois cité dans les pages sportives pour avoir passé des tests à l'étranger et signé un précontrat à Anderlecht. "C'étaient mes seuls repères", explique Jean-François Lecomte, l'entraîneur des portiers louviérois. "Quand je suis arrivé, l'été dernier, Silvio m'était pour ainsi dire inconnu mais je me disais qu'il avait sûrement de grandes qualités s'il avait été testé notamment à la Fiorentina. Benoît Thans m'avait aussi dit que c'était de la graine de tout grand gardien. Et pourtant, j'ai découvert un garçon qui n'était pas encore très avancé techniquement. Je suis un puriste et j'ai toujours juré par des keepers qui possèdent une prise de balle parfaite. Ce n'était pas le cas de Silvio. Je considérais que, par rapport à la réputation qu'on lui avait déjà faite, il avait un retard énorme sur ce plan-là. Par contre, son explosivité m'a directement épaté. Je me suis mis en tête de greffer de bonnes bases techniques sur cette explosivité. Je ne m'attendais cependant pas à ce qu'il représente une vraie concurrence pour Ola Tidman avant la saison prochaine". Un pantin désarticuléTout s'est accéléré dès le mois de septembre. Tidman avait raté son début de championnat, comme toute l'équipe. Sa blessure à la cuisse, en vue du match à La Gantoise, permit à Proto de sauter dans le bain. Ses débuts en D1 coïncidèrent avec les adieux de Daniel Leclercq aux Loups. "On pourrait croire que ce n'était pas le moment idéal pour entamer une carrière en première division", dit Proto. "Pourtant, je n'ai pas ressenti de pression particulière autour de moi. Il y avait énormément de stress dans le noyau, personne n'était en confiance. Mais moi, je ne me suis pas posé de questions. Je me concentrais sur mon job, sans penser à tous les remous que connaissait le club. Ce jour-là, j'ai commis deux erreurs et Gand en a profité pour marquer ses deux buts. Mais à part cela, j'ai sauvé plusieurs ballons chauds. Après le match, Philippe Vande Walle est venu me féliciter. Son discours m'a rassuré". Lecomte pense que le fait de ne pas jouer en début de saison a rendu service à Silvio Proto : "En n'étant pas titulaire, il n'avait pas de raisons de se sentir concerné par tous les problèmes internes. Il pensait à son keeping et à rien d'autre. J'admirais son détachement par rapport aux secousses qui frappaient le club. Il m'étonnait de semaine en semaine. Aujourd'hui, je ne reconnais plus le gardien que j'avais découvert l'été dernier. Ce qu'un keeper apprend généralement en un an, il l'a assimilé en quatre mois. J'ai rarement vu une progression aussi rapide. En début de saison, je trouvais qu'il n'exploitait pas assez ses atouts physiques pour couvrir son but: sa bonne taille (1m84), ses très grands bras et sa détente de 80 cm. Il a tout compris entre-temps. Au niveau de la prise de balle, je ne le reconnais plus. L'étape suivante, pour lui, consistera à atteindre une meilleure fluidité dans ses gestes. Il est encore trop désarticulé". Ces mouvements parfois inattendus font de Proto un gardien spectaculaire. Une caractéristique qui n'a pas échappé à De Coninck : "Faire le spectacle quand on joue dans le but, c'est à la fois un avantage et un inconvénient: on se met en évidence et on marque les esprits, mais le risque d'erreur est relativement élevé".200 centres, 200 sortiesPoids plume de 72 kg, Silvio Proto est sceptique quand on lui parle d'un programme spécifique de musculation. "Si j'acquiers de la masse musculaire, ma souplesse ne sera plus la même. Il faut choisir. Je suis toutefois conscient que je serais beaucoup plus à l'aise dans mes sorties si j'étais plus musclé". Lecomte estime aussi que son poulain n'est pas un as des sorties, qu'il hésite trop sur les balles aériennes : "C'est un problème général en Belgique. Je l'observe depuis une éternité. Et c'est aussi une des lacunes les plus délicates à corriger pour un entraîneur de gardiens. Avec sa taille et son envergure, Silvio devrait régner dans son petit rectangle et même au-delà. Mais, sortir dans une masse de joueurs, c'est d'abord une question de volonté. A l'entraînement, je peux lui balancer 200 centres et il sortira 200 fois, parce qu'il n'y a pas le danger de buter sur un coéquipier ou un adversaire. Mais il n'a pas ce réflexe en match. Comme s'il n'avait pas confiance en lui. C'est un travail psychologique. Je connaissais moi-même ce problème: je sortais comme un kamikaze quand j'étais en confiance, mais je pouvais rester scotché sur ma ligne la semaine suivante". Proto admire la facilité de Toldo sur les balles hautes, la technique de Barthez, la hargne de Kahn et le parcours de De Wilde. Ses débuts en D1 à 18 ans lui ont déjà valu d'être comparé à Preud'homme. Il ne se prend pas la tête, ne se croit pas arrivé. "Je ne suis pas à l'abri de ce qui est arrivé à Tidman: moi aussi, je peux perdre ma place du jour au lendemain et éprouver les pires difficultés à la récupérer", lance-t-il. Lecomte ne craint rien: "Silvio est à l'écoute du début à la fin des entraînements. Il profite de chaque moment en sachant que tout peut aller très vite, dans les deux sens. Tidman était meilleur que lui pendant la campagne de préparation. Mais il a perdu ses moyens dès les premiers matches officiels, de façon incompréhensible. Il a cherché un club en Angleterre en cours de saison car il était déçu de ne pas jouer. Il n'a pas convaincu là-bas mais a eu le mérite de se reconcentrer parfaitement sur son boulot dès son retour à La Louvière. Il peut obtenir une nouvelle chance du jour au lendemain". Pierre Danvoye