Et si, au-delà de ces considérations arbitrales, la finale s'était jouée le vendredi 3 mai, lorsque Tonci Martic s'est blessé à l'entraînement? Le Croate est devenu, au fil du temps, un pion incontournable sur l'échiquier de l'Excel. Il incarne le relais indispensable entre la défense et l'attaque. Si l'on ajoute l'absence de Gordan Vidovic, Mouscron était privé de deux des trois joueurs qui avaient été à la base du spectaculaire redressement du deuxième tour. Et même, en partie, du troisième joueur, car pour compenser l'absence de Tonci Martic, Mbo Mpenza avait dû reculer dans l'entrejeu et était donc moins présent en attaque.
...

Et si, au-delà de ces considérations arbitrales, la finale s'était jouée le vendredi 3 mai, lorsque Tonci Martic s'est blessé à l'entraînement? Le Croate est devenu, au fil du temps, un pion incontournable sur l'échiquier de l'Excel. Il incarne le relais indispensable entre la défense et l'attaque. Si l'on ajoute l'absence de Gordan Vidovic, Mouscron était privé de deux des trois joueurs qui avaient été à la base du spectaculaire redressement du deuxième tour. Et même, en partie, du troisième joueur, car pour compenser l'absence de Tonci Martic, Mbo Mpenza avait dû reculer dans l'entrejeu et était donc moins présent en attaque. "Je me suis blessé tout seul", se souvient le milieu de terrain croate. "J'ai amorti le ballon de la poitrine et j'ai voulu tirer de volée. J'ai ressenti comme un coup de poignard dans le mollet. D'emblée, j'ai compris que je pouvais faire une croix sur la finale de la Coupe. Le premier examen a confirmé la déchirure, mais à mon grand étonnement, elle n'était que bénigne. Le problème, c'est qu'il s'agissait d'une petite déchirure dans un... petit muscle. Le Dr. Martens m'a prévenu qu'il était inutile d'essayer de jouer: au premier pas, je me serais déchiré à nouveau. A l'écoute de ce verdict, ce fut comme si le ciel m'était tombé sur la tête. J'ai tout fait pour essayer d'être sur pied. On m'a administré des infiltrations pour accélérer la guérison. Jusqu'au bout, j'ai continué à croire au miracle. Il ne s'est pas produit. Le plus dur, ce fut le jour du match. Un bus avait été mis à la disposition des joueurs non-retenus et de leurs épouses pour se rendre au Heysel. Nous avons dû nous garer avec les supporters, à un kilomètre du stade. En parcourant le chemin qui nous menait vers les tribunes, au milieu de tous ces gens habillés de rouge, j'ai compris que je ne serais, moi aussi, qu'un spectateur de cette finale à laquelle je tenais tant. Puis, je suis entré. J'ai vu ce beau et grand stade, plein de monde, cette pelouse magnifique. Je n'ai eu que plus de regrets: c'était vraiment un match pour moi. Toutes les conditions étaient réunies pour une belle prestation". "Blondel est encore tendre et Ban était nerveux"Le match aurait-il été différent avec Tonci Martic sur la pelouse? "Si Mouscron l'avait emporté, on aurait dit que l'équipe pouvait parfaitement se passer de moi. Ce ne fut pas le cas et on va reparler de mon absence. Gordan Vidovic n'était pas là, lui non plus. En temps normal, il rassure ses partenaires et les rend meilleurs. L'équipe avait aussi trouvé des automatismes dans une certaine composition. En ayant dû la modifier, on a déréglé le mécanisme".A la place d' Hugo Broos, Tonci Martic aurait-il composé son équipe de la même manière, avec Mbo Mpenza dans l'entrejeu et Zoran Ban en pointe? "Ce genre de choix est toujours sujet à discussion. Mbo Mpenza est moins à l'aise dans l'entrejeu qu'en attaque, c'était visible en première mi-temps. Il a mieux joué après la pause, en position plus avancée. C'est d'ailleurs lui qui a amené le but égalisateur, en amorçant une action dont il a le secret. L'entrée au jeu de Jonathan Blondel a aussi apporté de la vivacité. C'est un jeune garçon bourré de talent. En début de saison, on l'a peut-être trop encensé. C'est compréhensible: c'est un gamin de la région, et comme le premier tour de l'Excelsior avait été très terne, on allait chercher une lueur d'espoir là où on pensait pouvoir la trouver. Jo a beaucoup de qualités: il lit bien le jeu, a une très bonne passe et une très bonne frappe. Mais il a encore beaucoup à apprendre: défendre, se déplacer en fonction du ballon et de ses partenaires, bien occuper sa position. Il n'hésite pas à mettre le pied, mais il doit encore devenir plus costaud dans les duels. Zoran Ban? Jeudi, il n'a pas livré un grand match. Il avait sans doute trop envie de bien faire. Cela avait déjà été le cas lorsqu'il avait été titularisé pour le déplacement à Genk. Il était tellement nerveux, à l'idée d'effectuer sa rentrée sur la pelouse de son ancien club, qu'il en avait des sueurs froides les jours précédents. Il était déjà fatigué avant le coup d'envoi. Lors du match de championnat à Bruges, quatre jours avant la finale, je l'avais senti plus libéré. Au Heysel, la tension est réapparue. Alors qu'il n'a pratiquement pas joué durant le deuxième tour, on comptait subitement sur lui pour l'un des matches les plus importants de l'histoire du club. Il avait trop à coeur de briller et d'évacuer les frustrations qui l'avaient envahi lorsqu'il a été écarté de l'équipe durant le deuxième tour. Il comprenait les choix d'Hugo Broos. Il se rendait compte que Mbo Mpenza était devenu incontournable, en pointe, aux côtés de Marcin Zewlakow. Mais, lorsqu'on a inscrit dix buts en 15 matches, une mise à l'écart est difficile à accepter. "Jacky Quaranta doit reconnaître son erreur"Nous ne sommes pas bien entrés dans le match, jeudi. Trop crispés, sans doute. Peu de joueurs mouscronnois avaient déjà joué au stade Roi Baudouin, lors d'une rencontre de cette importance. Si Bruges avait mené 2-0 à la mi-temps, personne n'aurait crié au scandale. Andres Mendoza est un beau joueur. Lorsque nous avons été menés, nous n'avions plus rien à perdre et nous nous sommes libérés. Dans l'ensemble, je n'ai pas été déçu par la prestation de mes coéquipiers, au contraire: je suis très fier de ce qu'ils ont réalisé. Nous aurions pu gagner. Hélas, un homme a eu une influence décisive sur la rencontre. J'apprécie Jacky Quaranta. C'est un arbitre avec lequel il y a moyen de dialoguer. Mais il a commis une erreur. Il devrait le reconnaître. Lorsque j'avais été exclu, la saison dernière contre Anderlecht, j'avais fait mon mea culpa. J'avais admis que mon équipe avait perdu à cause de moi. Lorsque je suis allé trouver M. Quaranta après la finale, il m'a expliqué que les entraîneurs apprenaient aux attaquants à tomber dans le rectangle. J'appelle cela rejeter la responsabilité de sa propre faute sur autrui. Si nous étions parvenus à faire 2-1, Bruges ne s'en serait jamais remis, ni physiquement, ni mentalement. Mais lorsque nous sommes rentrés à Mouscron, le soir, la Grand-Place était noire de monde. Nous sommes arrivés sur le toit du bus et nous avons été acclamés. Le bourgmestre a pris la parole, a félicité les joueurs et a remercié les supporters pour leur comportement exemplaire à Bruxelles. Je n'ose imaginer l'ambiance si nous avions gagné. Un échec fait partie de l'apprentissage, mais je suis arrivé à un âge où je ne peux plus éternellement repousser les échéances. J'ai envie de remporter un trophée. Et puis, il y aura toujours ce sentiment d'injustice. Si nous avions été battus par plus fort, à la régulière, nous l'aurions accepté. Ici, nous avons l'impression qu'un homme nous a volé la victoire". Daniel Devos,"On garde l'impression qu'on nous a volé la victoire"