Pour les enfants, le premier week-end de Toussaint est synonyme de vacances: l'année scolaire est désormais bien entamée, le premier bulletin tombe au fond des cartables et on va enfin pouvoir se reposer après deux longs mois de cours.
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Pour les enfants, le premier week-end de Toussaint est synonyme de vacances: l'année scolaire est désormais bien entamée, le premier bulletin tombe au fond des cartables et on va enfin pouvoir se reposer après deux longs mois de cours.A la rentrée, Didier Ernst avait également pointé cette date dans son journal de classe. Et pour cause: le 2 novembre, La Louvière, sa nouvelle équipe, rend visite au Standard, le club où il a passé plus de dix ans de sa vie. "Mais plus on approche de cette journée, plus je me dis que ce sera finalement un match comme un autre. Il y a des points à prendre à Sclessin comme ailleurs. Si nous venions à gagner là-bas, pourrait-on encore parler de surprise? Après tout, c'est nous qui sommes devant, non? La Louvière, qui luttait pour son maintien, a battu deux fois le Standard la saison dernière. Et maintenant, nous sommes huitièmes. J'aurais évidemment préféré disputer ce match il a y un mois, lorsque mon ancien club était en pleine déconfiture. Mais est-il réellement guéri? J'en doute".Didier Ernst a beau se présenter au rendez-vous dans la Toyota aux couleurs des Loups et vêtu d'un training vert et blanc, on continue à lui parler davantage du Standard que de La Louvière. Normal, puisqu'il fut longtemps le capitaine d'un bateau qui semble toujours souffrir de son départ. Sur le terrain, le Standard n'a toujours personne pour occuper le flanc droit. Et dans le vestiaire, même si Ernst n'avait rien d'un leader, aucun joueur rouche ne semble avoir plus de personnalité que lui, comme on a encore pu s'en apercevoir à l'occasion du black out décrété par un trio de joueurs contre l'avis de la majorité du groupe."En ce qui me concerne, j'ai tourné la page Standard", avance Ernst. "Et plus facilement que je ne le pensais, d'autant que La Louvière m'a tendu une belle perche quand je n'avais rien. Ma décision de quitter Sclessin pouvait sembler radicale mais il n'y avait plus rien à faire, ni d'un côté, ni de l'autre. Je savais que le Standard ne reviendrait pas en arrière. Et après tout le cinéma qu'on avait fait autour de ma fin de contrat, il n'était pas question que je fasse un effort tout seul non plus. Je me suis découvert plus de personnalité que je ne pensais, plus de maturité aussi. Dans la vie, il faut savoir avancer. En cinq mois, le Standard m'avait bien fait comprendre que les neuf ans que j'avais passés là-bas en équipe Première ne comptaient pas. Moi, je n'ai pas oublié que c'est ce club qui m'a tout donné: ma maison, la joie de fonder une famille NDLA- Valérie donnera le jour à notre troisième enfant fin janvier. Mais après tout ce qui s'est passé, je n'ai même plus la force de retourner voir un match là-bas . Jean-François Lecomte est allé voir Standard-GBA et il m'a dit que le public de Sclessin était toujours aussi formidable. C'est peut-être la seule chose que je regrette vraiment mais nous avons aussi des supporters très chauds: à ce niveau-là, La Louvière, c'est le Standard en plus petit". Des joueurs qu'il a côtoyés, il a encore des contacts téléphoniques avec Michael Goossens et le kiné Jean Bourguigont. C'est à peu près tout. " Ali Lukunku m'a téléphoné quelques fois au début, quand je n'avais pas de club mais loin des yeux, loin du coeur. Je le savais d'avance: ce n'est pas dans le football qu'on se fait des amis. Chacun son assiette, chacun pour soi. Et tout compte fait, ce n'est peut-être pas plus mal comme ça: au moins, on n'a de problèmes avec personne". Lorsqu'on apprit que Didier Ernst avait finalement signé à La Louvière au lieu du contrat lucratif qu'il espérait parapher à Bielefeld, on ne put s'empêcher de penser que, hormis les Loups, tout le monde y perdait finalement dans cette histoire: le Standard, le joueur mais aussi son manager, Didier Frenay, qui a abandonné une partie de son crédit. "Je ne suis pas un loser""Pour ma part, je ne me considère pas comme un perdant", prétend Ernst. "Mon premier objectif était de rester au Standard et j'ai été très déçu par ce qu'on me proposait: 300.000 euros bruts par an. C'est bien? Oui mais certains gagnaient le double pour jouer dix matches par saison alors que j'en disputais 30 tous les ans. D'ailleurs, je ne gagne pas beaucoup moins à La Louvière, où j'ai un contrat d'un an et une option de trois ans. Alors, si La Louvière a pu faire un effort, pourquoi le Standard n'aurait-il pas pu? Et j'ai toujours gardé confiance en Didier Frenay, même si mon inquiétude grandissait au fil des jours. Je savais qu'il travaillait pour moi, même lorsqu'il était à l'étranger. Une petite équipe, La Louvière? Bien sûr, je l'ai pensé aussi. Mais j'ai vite découvert que je m'étais trompé: le noyau est bien plus fort que je ne le pensais. Quand je vois la façon dont nous travaillons à l'entraînement, je me dis que nous sommes plus forts que le Standard la saison dernière. Oui, vous avez bien entendu: ici, au moins, on s'applique à l'entraînement, le staff technique est soudé et personne ne passe son temps à tirer dans le dos des autres. A Sclessin, j'en ai vu qui se rendaient avec des pieds de plomb à l'entraînement. Moi même, à la fin, je n'étais plus très motivé. Je n'ai que 31 ans, et, aujourd'hui, j'ai retrouvé une énorme joie de jouer. Je me dis d'ailleurs qu'en continuant comme cela, je peux encore tenir cinq ou six ans. Ceux qui pensaient que j'étais perdu se sont trompés. Enfin, le Standard semble avoir trouvé mon remplaçant en la personne de Söderström. Il manquait quelqu'un au milieu, c'était flagrant. Je ne l'ai encore vu qu'à la télévision Le Suédois semble être celui qui se rapproche le plus de mon style. Il joue plus bas mais j'ai déjà évolué à cette place. Un type qui vient de Porto doit avoir automatiquement plus de talent qu'un joueur belge. C'est une bonne acquisition". A Sclessin, Ernst saluera tous ceux qui se présenteront à lui. "Je ne vais baisser les yeux devant personne car je n'ai absolument rien à me reprocher. Et comme je ne suis pas rancunier non plus, je ne vois pas pourquoi j'éviterais quelqu'un".Même pas Michel Preud'homme, avec qui le courant ne passait plus du tout en fin de saison. Au point que, dans un Bobard de Sport-Foot Mag où on lui promettait une plus belle voiture s'il présentait ses excuses à son ancien entraîneur, Ernst ne voulut pas s'abaisser à cela: -P our quelqu'un qui n'en valait pas la peine."Avec Preud'homme, le contact fut très bon au départ et nous avons réalisé de grandes choses: qualification pour la Coupe d'Europe, leadership du championnat. Puis, du jour au lendemain, il a voulu serrer la vis. Un joueur était sorti la veille du match au RWDM. Je dis bien un, pas trois: Wuillot et moi n'avions rien à voir là-dedans. Le lendemain, nous avons perdu. Preud'homme m'a reproché mon mauvais match mais qui avait bien joué ce jour-là? Moi, j'avais même centré pour amener notre but. Contre St-Trond, toute l'équipe n'a pas bien joué non plus et c'est moi qui ai perdu ma place sous prétexte que je levais le pied parce que j'étais en fin de contrat. Si Preud'homme a pensé cela ne fût-ce qu'une seconde, il m'a terriblement déçu. Pour moi, il était téléguidé par Luciano D'Onofrio. Tricher n'est pas facile. Devant 15.000 personnes encore moins. Et puis, c'est Blay qui a joué alors qu'il était aussi en fin de contrat. Le Standard aurait-il terminé plus bas que la cinquième place si j'avais continué à jouer? C'est ce genre d'incohérences qui a dégoûté tout le groupe". "Je ne me fichais pas de Preud'homme"Un groupe où il était souvent en compagnie de Goossens et Wuillot, deux autres joueurs mal vus. Cela l'a-t-il desservi? "Je ne sais pas si Preud'homme est susceptible mais, lorsque nous étions ensemble, il nous regardait toujours de travers. Il croyait qu'on se foutait de sa g... Un jour, en Réserves, Laurent Wuillot et moi avons rigolé pendant la théorie. Daniel Boccar l'a mal pris, il a cru qu'on riait de lui et nous avons été convoqués à la direction. Preud'homme avait assisté au match et n'avait rien à nous reprocher dans notre prestation. Il voulait organiser une confrontation entre Boccar et nous: j'attends toujours". Mais le sort d'Ernst à Sclessin n'était-il pas scellé dès l'affaire Hellers? N'était-il pas, après Bisconti, le suivant sur la liste des indésirables? "Dès le début, des gens m'ont fait comprendre que cela allait se passer de la sorte. J'avais 25 ans, j'étais sûr de moi et je n'y ai pas cru. Aujourd'hui, je me dis que c'est plausible. On m'a reproché de ne pas avoir de personnalité mais on a tout fait pour dégoûter ceux qui en avaient". Malgré toutes ces plaies, le mauvais départ du Standard en championnat n'a pas réjoui Didier Ernst. "Cela m'a fait quelque chose pour les joueurs et, surtout, les supporters qui, depuis 20 ans, payent leur abonnement en se disant que, cette fois, c'est la bonne. Je me mets à la place du gars qui, à l'usine, entend des blagues sur le Standard à longueur de journée. Et puis, on s'étonne qu'un ou deux types pètent les plombs et lancent des pierres sur le car! Qui ne serait pas déstabilisé dans une situation pareille? Les joueurs aussi se posent des questions, cherchent des excuses à gauche et à droite et finissent par faire des conneries, comme leur black out, une fameuse gaminerie. Le Standard doit gagner toutes les semaines. Sinon, c'est la foire. Il se passe toujours quelque chose à Sclessin: quand ce ne sont pas les supporters, ce sont les joueurs. Ou l'entraîneur. Ou la direction. On a viré Waseige. Est-ce que ça va vraiment mieux depuis? Pour moi, c'était une solution de facilité". Patrice Sintzen"Le Standard est-il vraiment guéri?""J'ai l'impression de jouer avec les Loups depuis des années"