S'il faut reconnaître une qualité à Hugo Broos, c'est qu'il ne se dérobe pas. "Pourquoi faut-il se cacher lorsque tout va mal et se montrer partout lorsque tout va bien?", demande-t-il. "Ce serait trop facile, il faut aussi assumer les aspects moins agréables du métier!"
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S'il faut reconnaître une qualité à Hugo Broos, c'est qu'il ne se dérobe pas. "Pourquoi faut-il se cacher lorsque tout va mal et se montrer partout lorsque tout va bien?", demande-t-il. "Ce serait trop facile, il faut aussi assumer les aspects moins agréables du métier!"Malgré le contexte difficile que traverse son équipe, il a accepté sans hésiter de rencontrer Patrick Thairet, qu'il avait eu sous ses ordres voici treize ans au stade Edmond Machtens, et même de se déplacer à Bruxelles pour la circonstance. Samedi, le débat se poursuivra sur la pelouse du Canonnier. Hugo Broos retrouvera alors Patrick Thairet sur le banc d'à côté. Mouscron-RWDM opposera deux équipes ayant un urgent besoin de points. Ce départ laborieux était attendu ou redouté dans le chef des Molenbeekois, beaucoup moins dans celui des Hurlus.Dans quelle mesure un départ raté influence-t-il la suite du championnat?Thairet: La plupart des observateurs affirmaient que le maintien du RWDM dépendrait en grande partie de son début de saison. Pour une équipe promue, un bon départ est primordial. Rater ses premiers matches est moins grave pour une équipe comme Anderlecht, dont on sait que tôt ou tard, elle se réveillera, et qui est capable d'opérer une remontée spectaculaire en cours de saison grâce à une série de victoires impressionnante. Pour Mouscron, la problématique est un peu similaire. C'est une équipe qui dispose déjà d'une bonne base et personne n'ose penser que les difficultés actuelles se poursuivront éternellement. Broos: Quand on commence un championnat avec zéro point sur douze, on en subit les conséquences jusqu'au Nouvel An. A la trêve hivernale, si on a trouvé son rythme entre-temps, on peut déjà occuper une position plus rassurante. Mais, si la malchance s'en mêle, on peut s'enfoncer de plus en plus et on risque alors de devoir se battre pour éviter les sièges basculants. Retrouver le plaisir de jouerQuelle attitude un entraîneur doit-il adopter lorsque son équipe accumule les contre-performances et que la pression s'intensifie?Broos: La semaine dernière, un observateur attentif avait constaté que les entraînements étaient différents. Il avait raison. Dans la situation actuelle, les joueurs ne sont pas bien dans leur tête. Ils sont plus irascibles. Il est, dès lors, inutile de fustiger la moindre erreur qu'ils commettent. Il faut agencer les entraînements de telle manière qu'ils retrouvent le plaisir de jouer. En incluant, par exemple, beaucoup de petits jeux. Inutile de leur compliquer la tâche en leur donnant trop de directives ou en organisant des entraînements physiques auxquels ils se soumettront à contre-coeur. Thairet: Au RWDM, le problème est différent. J'avais beaucoup travaillé le jeu de position durant la période de préparation. Après trois matches, chacun s'accordait à reconnaître que l'équipe pratiquait un très bon football. Mais à quoi sert-il de bien jouer si cela ne rapporte aucun point? A l'avenir, la manière importera moins. L'essentiel sera d'engranger des unités. J'ai donc beaucoup mis l'accent sur l'agressivité. J'ai aussi continué à travailler la condition physique, car j'ai estimé que dans une équipe qui arrivait de D2, certains joueurs accusaient encore du retard à ce niveau. Pour le RWDM, chaque point devra être arraché dans la douleur. Il faudra jouer chaque match comme un match de coupe. Mais c'est difficile d'être en surrégime durant toute la saison. Et la manière?La manière est-elle malgré tout rassurante?Thairet: Oui et non. Nous n'avons, jusqu'ici, pas encore subi de lourdes défaites comme La Louvière ou Beveren, par exemple. Quelque part, le fait de sentir qu'on n'est pas dominé permet d'éviter que le doute s'installe. Mais je me souviens d'une année où, à l'époque de Johan Vermeersch, le RWDM s'était incliné quatorze fois par un but d'écart et... était descendu. Le point pris contre le GBA a été qualifié de point de la confiance. Mais, avec un point, on n'avance pas beaucoup dans la formule actuelle. Les lacunes sont toujours les mêmes. J'espère qu'elles vont progressivement disparaître. Il n'y a pas que le manque d'attaquants qui nous a été préjudiciable. Le RWDM a pris des buts indignes de la D1. Broos: Mouscron également. Le but encaissé contre Charleroi en est l'illustration. Lorsque cela va mal, le plus important est de remporter des points. En jouant bien ou mal, peu importe. Dans le cas de Mouscron, le fait de se retrouver bredouille après une bonne prestation contre Gand a porté un coup au moral. Le troisième encaissé à la 90e minute à Lommel a encore accentué le désarroi. Si nous avons mal joué contre Charleroi, c'est la conséquence de tous les points perdus précédemment. La confiance s'est évaporée. Ceux qui étaient animés de bonne volonté ont essayé de forcer les événements sur des actions individuelles. Ceux qui étaient en proie au doute se sont cachés et n'ont plus osé demander le ballon. C'est le signe d'un manque de sérénité. Il faut marquerQuelle est l'importance d'avoir de bons attaquants?Thairet: Entre deux équipes de niveau équivalent, c'est souvent l'efficacité des attaquants qui fait la différence. Au RWDM, sur le plan offensif, je suis moins bien armé cette saison que la saison dernière en D2. Alexandre Kolotilko s'est souvent retrouvé bien seul. Broos: A Mouscron, nous avons des attaquants en suffisance, mais ils sont en manque de réussite pour l'instant. La présence d'avants performants influence le jeu de l'adversaire. La saison dernière, les équipes que nous rencontrions se méfiaient de Nenad Jestrovic et n'osaient pas prendre le risque de se découvrir. Cette saison, les adversaires sont plus entreprenants. Lorsqu'on sait qu'on affronte une équipe qui a des problèmes de concrétisation, on hésite moins à partir à l'assaut du but adverse. Est-il utile d'acquérir des renforts lorsque la situation devient préoccupante?Thairet: Patrick Smets a récemment passé une semaine en Afrique dans l'espoir de dénicher l'oiseau rare. Précédemment, nous avions déjà invité de nombreux joueurs à passer un test au stade Edmond Machtens. Mais il était temps que ce manège s'arrête. Il m'est arrivé de devoir organiser un entraînement avec quatre ou cinq joueurs à l'essai. C'est néfaste pour la stabilité du groupe. Car, de temps en temps, je dois pouvoir aligner à l'entraînement l'équipe appelée à jouer le week-end suivant. Broos: Pour l'instant, nous ne songeons pas encore à engager des renforts à Mouscron. Mais, si le malaise persistait, il est certain que nous reverrions notre point de vue. Il y a quatre ans, c'est l'arrivée d'Yves Vanderhaeghe qui avait permis à l'Excelsior de redresser le cap. Dans ce cas-là, le renfort était certainement utile. Je me souviens également que, lors de ma troisième saison comme entraîneur du RWDM, nous avions neuf points après le premier tour. Les arrivées de Franky Vercauteren, Willy Wellens et Stan Van den Buys avaient permis de remettre le train sur les rails. Les managers flairent directement les clients potentiels. Depuis notre défaite face à Charleroi, mon téléphone a déjà retenti une dizaine de fois. On avait toujours un excellent joueur à me proposer. La semaine dernière, j'ai eu un agent français en ligne. Il m'a dit: -Je suis attentif aux résultats de Mouscron et cela n'a pas l'air d'aller très bien. J'ai peut-être la solution à vos problèmes!. Il m'a proposé... Florin Raducioiu, qui se trouve sur une voie de garage à Monaco. Soyons sérieux! Ce genre de joueur est impayable pour l'Excelsior. D'autres managers m'ont proposé des joueurs que je ne connaissais ni d'Eve, ni d'Adam. Mais, bien entendu, d'après les managers, c'étaient tous des génies du football. Mouscron reste sainAujourd'hui, avez-vous l'impression de vivre la même situation qu'il y a quatre ans, lorsque l'Excelsior était menacé de relégation à la trêve hivernale?Broos: Oui, à cette différence près qu'à l'époque, tout le monde attendait monts et merveilles de l'Excelsior parce que l'équipe avait terminé à la troisième place la saison précédente. On ne voulait pas admettre qu'après avoir perdu plusieurs joueurs importants pour zéro franc, zéro centime, c'était difficile de rééditer la même performance. Aujourd'hui, on a compris que l'Excelsior a perdu des joueurs de qualité ces dernières années et qu'il fallait être indulgent. On a aussi compris que toutes les réalisations qui ont été accomplies ces dernières années ont coûté de l'argent et qu'on ne peut pas investir à la fois dans les infrastructures et dans les joueurs. L'argent récolté lors de la vente de certains joueurs a fait du bien aux finances du club. Aujourd'hui, Mouscron est un club sain, c'est important aussi. Hormis le fait que l'Excelsior ait raté son départ dans ce championnat, le club se porte bien. Un entraîneur dont l'équipe est mal classée se retrouve-t-il dans ses petits souliers?Thairet: Oui, c'est évident. Mais on sait à quoi on s'expose lorsqu'on pratique ce métier. La mentalité a changé. Autrefois, le RWDM a aussi connu des périodes difficiles, mais on ne remettait pas immédiatement l'entraîneur en question. Aujourd'hui, on pointe directement un doigt accusateur vers le petit banc. La semaine dernière, d'aucuns avaient déjà insinué que, si je n'avais pas pris un point contre le GBA, ma tête aurait pu tomber. Si on n'est pas soutenu par sa direction, dans ces circonstances-là, cela devient difficile. Heureusement, pour l'instant, je suis toujours soutenu. J'en suis reconnaissant à mes dirigeants, car en tant que jeune entraîneur, on constitue généralement une proie facile. Broos: On n'est pas toujours plus tendre avec un entraîneur expérimenté. Si je n'avais pas le soutien de ma direction à Mouscron, ce serait déjà terminé. A ce niveau-là, Mouscron est un cas exceptionnel. Cela doit être unique qu'un président veuille faire resigner un entraîneur qui n'a pas encore gagné.Broos: Oui, mais les négociations avaient été entamées bien avant le début de l'actuel championnat. Et ma décision ne dépendait pas des résultats. Daniel Devos