Le revers - David Goffin

Début 2020, Novak Djokovic, numéro 1 à l'ATP, s'amusait à un exercice compliqué. Le but, y créer le joueur parfait. Pour le Serbe, ce joueur devrait avoir le coup droit de Rafael Nadal, le service de Nick Kyrgios, la condition physique de Gaël Monfils, la mobilité de Félix Auger-Aliassime, le talent de Denis Shapovalov et... le revers de David Goffin. Roger Federer appréciera. Le Belge, lui, ne s'en est toujours pas remis. Lui, dont le ratio 2020 reste calé à douze victoires pour onze défaites et qui aura conclu son exercice annuel par quatre éliminations consécutives au premier tour. Rome, Roland-Garros, Anvers, Paris. Un tour d'Europe de la lose qui aboutira début novembre à l'officialisation de la fin de la collaboration avec son entraîneur suédois Thomas Johansson. Celui qui doit désormais ramener Goffin au top s'appelle Germain Gigounon. Ex 185e à l'ATP, proche de longue date du Liégeois, Gigounon aura pour mission de faire résonner les propos de Novak Djokovi...

Début 2020, Novak Djokovic, numéro 1 à l'ATP, s'amusait à un exercice compliqué. Le but, y créer le joueur parfait. Pour le Serbe, ce joueur devrait avoir le coup droit de Rafael Nadal, le service de Nick Kyrgios, la condition physique de Gaël Monfils, la mobilité de Félix Auger-Aliassime, le talent de Denis Shapovalov et... le revers de David Goffin. Roger Federer appréciera. Le Belge, lui, ne s'en est toujours pas remis. Lui, dont le ratio 2020 reste calé à douze victoires pour onze défaites et qui aura conclu son exercice annuel par quatre éliminations consécutives au premier tour. Rome, Roland-Garros, Anvers, Paris. Un tour d'Europe de la lose qui aboutira début novembre à l'officialisation de la fin de la collaboration avec son entraîneur suédois Thomas Johansson. Celui qui doit désormais ramener Goffin au top s'appelle Germain Gigounon. Ex 185e à l'ATP, proche de longue date du Liégeois, Gigounon aura pour mission de faire résonner les propos de Novak Djokovic et de remobiliser celui qui n'a eu que trente ans le 7 décembre dernier. Mais dont les plus belles heures semblent déjà passées. Ah oui, encore ceci: le Covid l'a poussé à reporter son mariage. Quand ça veut pas. Lewis Hamilton a tout écrasé et rendu cette saison de Formule 1 plutôt ennuyeuse. Il a été une nouvelle fois champion du monde en conduisant avec le coude sur la portière. Trop fastoche, et alors, pour s'occuper un peu, il a multiplié les actions et déclarations sur le thème de Black Lives Matter. Le meilleur pilote du monde dans la meilleure voiture du monde, ça ne pouvait que marcher. Quoique... Il a suffi d'un seul Grand Prix, en fin de saison, pour qu'on commence à s'interroger sur sa supériorité présumée. Hamilton forfait pour cause de Covid, George Russell a hérité de sa caisse, l'espace d'un week-end. Russell ne connaissait absolument pas la Merco. Mais il a mené toute la course et ne l'a finalement perdue qu'à cause d'un cafouillage dans les stands. Et si, vraiment, la mécanique était plus importante que l'humain en F1? Le casque de travers semble presque l'entraîner vers le sol. On en vient à se demander si ses jambes ne tournent pas toutes seules, uniquement animées par l'idée d'en finir au plus vite avec ce calvaire. Tournés vers le ciel, les yeux paraissent chercher une ligne d'arrivée qui n'arrive jamais. Au sommet de la Planche des Belles Filles, Tom Dumoulin et Wout van Aert attendent leur leader, sachant déjà que l'accolade qu'ils imaginaient victorieuse devra se transformer en étreinte de consolation. Primoz Roglic pensait avoir fait le plus dur quand il avait semé Tadej Pogacar sur les pentes du col de la Loze, quelques jours avant ce chrono où il fait office de favori. Dès les premiers kilomètres, le maillot jaune semble moins dans le rythme que son compatriote, et le verdict de la montre sera sans appel: sur un parcours taillé pour lui, Primoz Roglic a perdu le Tour de France. Euphorique, Julian Alaphilippe pense avoir décroché son deuxième monument. Alors, il lève les bras et tire la langue, visiblement soulagé. Le temps s'arrête, le Français se crispe, puis comprend. Très vite, il sait qu'il vient de perdre Liège-Bastogne-Liège au profit du Slovène Primoz Roglic. Il ne sait pas encore qu'il sera déclassé à la cinquième place suite à un sprint irrégulier. Le pire, c'est que ce jour-là, le plus fort n'était peut-être ni Français ni Slovène, mais bien Suisse, en la personne de Marc Hirschi, empêché de jouer sa carte par la faute du changement de trajectoire inopportun du coureur de Patrick Lefevere. Un thriller comme on n'en faisait plus depuis longtemps et qui réveille nos mémoires. Erik Zabel en 2004 à Sanremo, Bryan Coquard à Bessèges en 2018. Le sport est fou quand il est incertain jusqu'au bout. Alaphilippe à Liège, c'est le Japon contre les Diables en 2018, c'est le PSG en Ligue des Champions, c'est Anastasia Myskina contre Justine Henin aux JO d'Athènes en 2004. C'est l'histoire qui ne tourne pas rond. C'est 2020. Sans doute parce qu'il est conscient que ses jambes vieillissantes ne feront pas le poids sur les dernières pentes de la journée, le Requin de Messine tente de dévorer ses proies dans la descente piégeuse du Muro di Sormano. En dernière position, Remco Evenepoel s'accroche autant que possible au rythme dicté par les nageoires de Vincenzo Nibali, mais un virage trop large et un pont trop étroit l'emmènent vers une bascule effrayante. Les images d'hélicoptère laissent deviner un précipice sans fin et une chute sans issue heureuse. Longtemps, la dernière trace du prodige belge reste ce vélo, redressé contre la paroi du pont comme si un promeneur s'était arrêté quelques instants pour profiter de la vue. On s'accroche à une radio qui crachote, à un clavier qui tweete, à une caméra qui ose la plongée. Remco est tombé bien moins bas que prévu. Seule sa saison est finie. Et c'est presque une bonne nouvelle. The End.