Celle-ci a réuni 13 pays: les seuls qui avaient accepté de relever le défi. Si l'enthousiasme était de mise sur le continent américain (l'Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Chili, les Etats-Unis, le Mexique, le Paraguay et le Pérou avaient répondu à l'appel du pays organisateur, l'Uruguay), on ne se bousculait pas au portillon du côté européen. Difficile, pour des joueurs encore amateurs, d'obtenir deux mois de congé de leur employeur. Et la perspective de ce long périple en effrayait plus d'un. Aujourd'hui, Montevideo est atteinte en une douzaine d'heures de vol, le plus souvent avec une escale à Buenos Aires. Mais, à l'époque, Charles Lindbergh venait à peine de vaincre l'Atlantique. Le seul moyen de rejoindre l'Uruguay était donc la voie maritime. La Belgique -dont la délégation comprenait l'arbitre John Langenus, qui siffla la première finale- fit donc partie des pionniers.
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Celle-ci a réuni 13 pays: les seuls qui avaient accepté de relever le défi. Si l'enthousiasme était de mise sur le continent américain (l'Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Chili, les Etats-Unis, le Mexique, le Paraguay et le Pérou avaient répondu à l'appel du pays organisateur, l'Uruguay), on ne se bousculait pas au portillon du côté européen. Difficile, pour des joueurs encore amateurs, d'obtenir deux mois de congé de leur employeur. Et la perspective de ce long périple en effrayait plus d'un. Aujourd'hui, Montevideo est atteinte en une douzaine d'heures de vol, le plus souvent avec une escale à Buenos Aires. Mais, à l'époque, Charles Lindbergh venait à peine de vaincre l'Atlantique. Le seul moyen de rejoindre l'Uruguay était donc la voie maritime. La Belgique -dont la délégation comprenait l'arbitre John Langenus, qui siffla la première finale- fit donc partie des pionniers. Si l'Uruguay s'était proposé d'organiser la première Coupe du Monde, c'est parce que le pays fêtait cette année-là le centenaire de son indépendance. Un tout nouveau stade fut construit pour l'occasion, logiquement baptisé Estadio Centenario, qui pouvait alors accueillir 100.000 spectateurs. L'Uruguay remporta la première Coupe Jules Rimet: 4-2 en finale contre le voisin argentin, dans la liesse que l'on devine. C'était une équipe mythique, déjà championne olympique en 1924 et 1928. L'Uruguay s'adjugea une deuxième Coupe du Monde en 1950, en triomphant du grand Brésil sur ses terres. Le passé comme référenceCe petit pays de trois millions d'habitants -de son nom complet: la République Orientale de l'Uruguay, parce qu'elle se situe à l'est du fleuve Uruguay, un mot qui, en dialecte guarani, signifie le fleuve ( guay) des oiseaux ( uru)- a donc un passé en matière footballistique. Mais a-t-il un présent et un avenir? "Oui", assure Heber Americo Gonzalez, directeur du service Presse et Relations Publiques de l'Association Uruguayenne de Football. "Notre objectif est de faire en sorte que les jeunes ne croulent pas sous le poids du passé mais considèrent au contraire celui-ci comme une source de motivation. Ils doivent se persuader qu'eux aussi, à force de travail, peuvent y arriver. La plus grande erreur que nous puissions commettre serait de nous endormir sur nos lauriers d'autrefois. Ce n'est pas le cas. Au contraire, nous sommes très actifs en matière de formation. Nous sommes très fiers de figurer parmi les sept pays ayant inscrit leur nom au palmarès d'une Coupe du Monde, mais nos regards doivent se porter vers l'avenir". Quelques heures plus tard, Heber Americo Gonzalez rejoindra d'ailleurs la sélection -17 en partance pour le Brésil où elle disputera la Coupe Joao Havelange, un grand tournoi international dont l'Uruguay est tenant du titre. "Cette année, nous avons entamé sous la direction de l'entraîneur Jorge Da Silva le processus de formation d'une nouvelle génération de jeunes joueurs", poursuit notre interlocuteur. "Elle est composée majoritairement de joueurs de 15 ou 16 ans, car nous voulons leur faire acquérir de l'expérience en vue du Championnat d'Amérique du Sud des -17 qui se déroulera en Uruguay en 2003. La génération précédente était dirigée par Victor Pua, l'actuel coach national, et le processus de formation entamé en 1995 a débouché sur la qualification pour la Coupe du Monde 2002. L'effectif, qui se rendra au Japon et en Corée du Sud, est en effet composé à 90% de joueurs issus de cette génération rassemblée depuis sept ans et qui a grandi ensemble sous la direction d'un même coach, qui les a suivi jusqu'en Seniors". Victor Pua connaît donc tous ses joueurs sur le bout des doigts. Ceux-ci, réciproquement, savent ce que leur coach attend d'eux. La continuité est une politique rare en Amérique du Sud où l'on a l'habitude de virer un entraîneur à la moindre défaite. Qui est ce technicien que l'on connaît mal en Europe? "Il fut un brillant footballeur, en Uruguay et dans les pays avoisinnants, avant d'entamer sa carrière d'entraîneur au Club Atletico River Plate (celui de Montevideo, pas de Buenos Aires). Il fut vice-champion d'Uruguay, puis entra à la fédération en tant qu'entraîneur de jeunes. Il a d'emblée apposé sa griffe sur les équipes qu'il a dirigées. Celles-ci ont toujours développé un football de grande qualité. Il a obtenu d'excellents résultats, dont une place de finaliste et une autre de demi-finaliste à la Copa America, mais le plus grand succès fut incontestablement le titre de vice-champion du monde des -20 ans conquis en 1997".Par la petite porteNos Espoirs ont eu l'occasion de se mesurer à cette génération de joueurs uruguayens lors du Championnat du Monde en Malaisie. Ils avaient été versés dans le même groupe et s'étaient inclinés 3-0. "Former des jeunes est l'unique manière de se maintenir au plus haut niveau, étant donné la taille et la situation économique du pays", estime Heber Americo Gonzalez. "La formation est une préoccupation permanente pour la fédération. L'un des grands mérites de Victor Pua fut d'avoir parcouru le pays en tous sens, à la recherche de jeunes talents, en assistant à des rencontres anonymes dans des endroits très reculés. Peu de joueurs sont passés à travers les mailles du filet. Il a repéré quelques joyaux. Et ceux-ci nous ont permis de retrouver une place en Coupe du Monde après 12 ans d'absence".La dernière participation de l'Uruguay remonte effectivement à 1990, en Italie. Là-bas aussi, la Celeste avait croisé le fer avec les Diables Rouges qui s'étaient imposés 3-1. C'était l'époque d' Enzo Francescoli. La star actuelle, qui brille sous le maillot de l'Inter Milan, s'appelle Alvaro Recoba. Il y a d'autres bons joueurs, comme Nicolas Olivera au FC Séville ou Gianni Guigou à l'AS Rome. La qualification pour la Coupe du Monde 2002 fut obtenue avec beaucoup de difficultés. L'Uruguay n'avait terminé qu'à la cinquième place du groupe éliminatoire sud-américain et n'a arraché son billet pour l'Asie qu'au terme d'un double match de barrage contre l'Australie (défaite 1-0 à Sydney, victoire 3-0 à Montevideo). "Nous ne nous n'attendions pas à dominer tous nos adversaires de la tête et des épaules, et à terminer en tête du tournoi sud-américain avec plusieurs longueurs d'avance", rétorque Heber Americo Gonzalez. "Nous savions que ce serait ardu. Mais il n'y a pas de grande ou de petite porte pour forcer une qualification. Ce double match de barrage était l'une des possibilités que la FIFA nous avait offerte. Nous l'avons saisie. Que ce soit en tant que champion du continent ou en tant que repêché, peu importe: l'objectif a été atteint. Nous serons présents en juin".Avec quelles ambitions? "Nous respectons tout le monde et nous savons pertinemment que le groupe du champion du monde, qui comprend la France, le Sénégal et le Danemark, n'est pas le plus abordable. Mais nous sommes conscients de nos qualités et nous espérons aller le plus loin possible dans la compétition".Victor Pua est un adepte du beau jeu. Voilà qui tranche avec la réputation de l'Uruguay. Ce pays s'est souvent signalé par un jeu dur dans le passé. "Je ne suis pas d'accord", s'offusque notre interlocuteur. "L'Uruguay n'a jamais joué méchamment. Mais certains observateurs nous ont jugé de manière erronée et nous ont collé une étiquette qui ne correspond pas du tout à la réalité. Nos joueurs se sont toujours engagés à fond dans les duels, certes, mais sans jamais avoir l'intention de blesser un adversaire. Seulement, si l'on ne met pas le pied, il est impossible de gagner un match".Tentative de décentralisationContrairement aux autres capitales sud-américaines, Montevideo jouit d'une grande sécurité. C'est une ville agréable. La rambla côtière, longue de 17 kilomètres, est toujours très fréquentée par les promeneurs et joggeurs de tous âges. La plage de Pocitos a un petit air de Copacabana et justifie la vocation touristique du pays. Punta Del Este, à 150 kilomètres à l'est, est une station balnéaire très prisée, en particulier par les touristes argentins. Mais, en cette année 2002, la plupart des hôtels sont restés vides. Le secteur horeca a énormément souffert de la dévaluation du peso argentin. Si le peso uruguayen est plus stable, la situation économique du pays n'est pas rose pour autant. "Tous les clubs connaissent des problèmes économiques", confirme Heber Americo Gonzalez. "Les dirigeants fournissent de louables efforts pour sortir de la crise, mais ce n'est pas facile. Les meilleurs joueurs quittent rapidement le pays. 80% des internationaux évoluent à l'étranger. Les amateurs de football suivent de très près le déroulement du championnat d'Italie ou d'Espagne, c'est la seule manière pour eux de voir en action leurs joueurs préférés".En Uruguay, les exploits du Nacional et du Peñarol sont les plus suivis. Ce sont les deux clubs les plus prestigieux. Ils attirent environ 20.000 spectateurs dans un stade Centenario dont la capacité est aujourd'hui réduite à 60.000 places. 12 des 18 clubs de D1 sont établis dans la capitale. Jusqu'il y a quatre ans, Montevideo abritait même la totalité des équipes de l'élite. "C'était un grand souci du Comité Exécutif de la fédération de créer un véritable championnat national", explique Heber Americo Gonzalez. "Des clubs de province ont donc été intégrés et bénéficient du même traitement que les clubs de Montevideo. Ils sont actuellement au nombre de six, et ont les mêmes droits et les mêmes obligations que dans la capitale". Des clubs qui, pour la plupart, ont été formés artificiellement, à base de fusions, pour tenter d'élargir un peu le champ d'action et de recrutement. Mais les routes font défaut pour relier entre elles les différentes villes du pays. C'était donc un véritable défi. "Mais aussi une nécessité. Le championnat d'Uruguay ne peut plus être un championnat municipal".Daniel Devos, envoyé spécial en Uruguay,Enfin un vrai championnat national et non plus municipal...