Roland Louf: Nous n'aborderons pas la saison prochaine avec un budget ridicule et une équipe fantomatique. Ce club va simplement redescendre sur terre. Toutes les équipes belges vont devoir appliquer le même raisonnement parce que notre football vit au-dessus de ses moyens. Il est à un tournant de son histoire.
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Roland Louf: Nous n'aborderons pas la saison prochaine avec un budget ridicule et une équipe fantomatique. Ce club va simplement redescendre sur terre. Toutes les équipes belges vont devoir appliquer le même raisonnement parce que notre football vit au-dessus de ses moyens. Il est à un tournant de son histoire. Moins que la majorité des autres clubs, mais cela ne doit pas être une consolation. Nous devons nous identifier aux bons élèves, pas aux cancres. La Louvière a dépensé plus et encaissé moins que la saison dernière. Le 11 septembre peut passer pour une excuse facile, mais il est clair que tous les budgets publicitaires ont été revus à la baisse depuis ces événements. Lors des gros matches, nous avons accueilli près de deux fois moins de spectateurs qu'il y a un an. A cause de la fancard, du manque de confort de notre stade -les supporters visiteurs se sont fait avoir une fois, pas deux...- et de tout un contexte. Il y a quelques années, la fédération a lancé le slogan Le foot, c'est la fête. Mais les gens ne le ressentent pas parce qu'il y a un tas de procédures administratives et des normes de sécurité parfois exagérées. Le premier comité d'accueil, quand vous arrivez aux abords d'un stade, ce sont des chevaux et des autopompes! Il faut relooker l'image de tout le produit foot. "Stop aux contrats alambiqués"Nous sommes mal à l'aise dans le sens où nous sommes conscients que Manu s'est donné à 200% pour aider La Louvière à rester en D1. Mais il ne peut pas nous reprocher de ne pas avoir respecté notre parole. Il avait signé pour une saison, pas pour deux. Vu la conjoncture, nous ne pouvons pas nous permettre de le faire prolonger aux mêmes conditions.Manu dit ce qu'il veut bien. Un tiers, c'était une base de discussion. Nous aurions pu revoir notre offre à la hausse durant les négociations. Mais surtout, Manu ne souligne pas qu'il avait un contrat avec salaire garanti: il touchait un revenu fixe chaque mois, quel que soit le nombre de matches joués et le classement final de l'équipe. Un contrat pareil ne tient pas la route et il est heureusement le seul à en bénéficier. Il ne retrouvera des conditions pareilles nulle part en Belgique. Nous aurons désormais une politique qui met l'accent sur la formation et les possibilités de plus-value à la revente. Avec Manu, cette possibilité n'existait pas. Je préfère que l'argent de son contrat serve à lever éventuellement l'option sur Rogerio qui, lui, pourrait être revendu en cours de contrat avec une plus-value. Je suis contre les contrats alambiqués comme celui de Manu car c'est une porte ouverte vers les problèmes. Il faut que tout soit clair dès le départ. Nous avons par exemple une option sur Rogerio et Kenmogne mais nous avons déjà trouvé un terrain d'entente au cas où ils resteraient chez nous. Quand tout n'est pas prévu dès le début, on lève l'option puis on doit négocier pendant des journées entières avec le joueur pour trouver un accord sur le salaire.Je n'ai rien contre les gros salaires, à condition que les joueurs les justifient. Nous allons nous débarrasser de ceux que nous jugeons globalement insuffisants et de ceux qui ont un rapport coût-rendement trop bas. Mais nous n'allons pas diminuer tout le monde. Je me vois mal, par exemple, réduire le salaire d'un Tilmant. Il restera chez nous et ne sera pas moins bien payé que cette saison. Nous nous attaquerons uniquement à ceux qui ne donnent pas satisfaction.Il a intelligemment anticipé les événements avant que nous ne lui annoncions nos intentions. Il est conscient que son rapport coût-rendement est insuffisant.Il est loué sans option et retournera au Standard en fin de saison. Nous ne nous sentons pas obligés de le mettre maintenant en vitrine pour faire les choux gras d'un club concurrent. Les locations sans option, c'est un autre exemple de contrat alambiqué.Je n'aime pas ce terme car il est péjoratif. Je préfère parler de reconstruction intelligente du noyau. En début de saison, le groupe était déséquilibré. Il n'y avait pas de back gauche mais cinq stoppeurs et quatre médians défensifs! Plusieurs joueurs prévus pour le même poste avaient exactement les mêmes qualités et les mêmes défauts. Il est possible que la moitié du groupe actuel doive chercher ailleurs. Nous honorerons toutes nos obligations, mais les joueurs toujours sous contrat que nous verserons dans le noyau B auront deux possibilités: accepter de moisir ou faire parler leur ambition et leur fierté, privilégier un plan de carrière."Ouédec a peut-être de la famille en Chine..."Que veulent-ils? Des dirigeants qui laissent voguer la galère et ne pourront plus payer les joueurs dans six mois, ou des patrons qui cherchent à assurer la pérennité du club? La Louvière ne tient pas à devenir un nouvel Alost. Je préfère être impopulaire que suicidaire. Nous allons chasser le gaspi et essayer de nous en tirer avec un budget de 100 ou 110 millions. Cette saison, nous en aurons dépensé 130 ou 140. Mais l'équipe actuelle prouve sa valeur en étant privée de plusieurs titulaires du début de championnat. C'est un des mérites de l'entraîneur.Beaucoup de joueurs tournent actuellement à 200% mais, après tout, ils ne font que ce qu'on attend d'eux. C'est leur métier de tout donner. Que devraient dire les Anglais, alors? Il faudrait leur accorder deux années sabbatiques après chaque championnat?Ces ruptures de contrat nous ont fait économiser entre 15 et 20% de notre budget sportif. Je tiens tout de même à signaler que beaucoup de ces joueurs se sont mis hors-jeu tout seuls.Il a peut-être de la famille en Chine (il rit). Je confirme qu'il est parti à cause de problèmes privés. Il nous a demandé un congé de deux semaines pour aller se ressourcer en Bretagne, mais nous ne voulions pas en entendre parler. Même si nous avions accepté qu'il aille se changer les idées là-bas, qui pouvait nous garantir qu'il reviendrait avec un moral tout neuf? Nicolas était parfaitement conscient que son rendement ne correspondait pas à son salaire. Nous lui avons fait comprendre qu'un professionnel avait des obligations et que sa place était à La Louvière. Le maintien n'était pas encore assuré à l'époque. De commun accord, nous avons alors rompu le contrat en nous serrant la main: nous ne nous devions rien. Nous nous sommes quittés en gentlemen. C'est toujours facile de dire après coup qu'on aurait dû demander une somme de transfert. Mais en faisant cela, nous l'aurions peut-être gardé longtemps sur les bras. Je ne veux pas croire que tout était orchestré, qu'il était dès le départ au courant d'un intérêt de ce club chinois.Cette licence, c'est une excellente chose pour l'avenir du football belge. Je regrette seulement que l'Union Belge n'aille pas plus loin dans ses investigations. Il faut contrôler auprès de tous les clubs si les plans d'apurement sont respectés. Certains transfèrent des renforts en janvier alors qu'ils n'ont pas respecté leurs échéances de fin décembre. La fédération doit leur interdire d'acheter des nouveaux joueurs. Si elle ne le fait pas, elle autorise, dans les faits, une concurrence déloyale.Je n'ai jamais été inquiet car il n'y avait aucune raison de nous refuser le droit de rester en D1. Malgré tous les bruits alarmistes répandus par des gens jaloux et médisants qui avaient choisi de faire de la désinformation et de la déstabilisation. Si nous avions été en campagne électorale au moment de tous ces remous, très peu d'électeurs nous auraient donné leur voix. J'ai lu qu'il y avait des retards de paiement chez nous: allez faire un tour dans le vestiaire et je vous mets au défi de trouver un joueur qui n'a pas touché tout ce qui lui est dû.Pierre Danvoye,"Je préfère être impopulaire que suicidaire"