Il y avait une armée de journalistes dans la grande buvette de Tubize jeudi passé quand Enzo Scifo et le président Raymond Langendries y firent leur entrée. C'était le moment le plus important de l'histoire de ce club qui grandit de plus en plus dans le paysage du football belge.
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Il y avait une armée de journalistes dans la grande buvette de Tubize jeudi passé quand Enzo Scifo et le président Raymond Langendries y firent leur entrée. C'était le moment le plus important de l'histoire de ce club qui grandit de plus en plus dans le paysage du football belge. Tubize n'est plus synonyme de chancres industriels, de restructurations et de recherches de souffles nouveaux. Cette région s'est requinquée dans la grande banlieue de Bruxelles, accueille de nouveaux citoyens dans ses lotissements, nettoie ses sites sidérurgiques abandonnés, prépare le début des travaux de construction du Centre National de l'Union Belge. Le football est une des premières fleurs de ce bouquet de bonnes nouvelles. A peine débarqué en D2, l'AFC Tubize prend déjà part au tour final sous la houlette de Philippe Saint-Jean. Désormais manager de cette entité, à laquelle il est lié par un contrat à période indéterminée, Enzo Scifo gère toute la politique sportive, des jeunes à l'équipe fanion. " Il donnera forcément une autre dimension à notre club par son passé, son prestige, son charisme et ses relations ", affirme Raymond Langendries. " On ne pouvait rêver meilleur ambassadeur du club. Les tractations ont commencé il y a quelques mois et le désir de nous unir fut rapidement évident. Notre accord porte sur une période indéterminée car ce club a toujours misé sur le long terme. Ainsi, nous n'avons eu que deux entraîneurs en 15 ans. Théo Buelinckx a £uvré durant 12 ans chez nous à la satisfaction générale. Philippe Saint-Jean nous a amené en trois ans aux portes de la D1. Tout le monde souhaitait qu'il reste chez nous à l'issue du tour final. Il était informé de l'avancement des négociations avec Scifo. Nous avions établi les bases d'une bonne collaboration entre les deux mais le brio de notre coach a forcément attiré le regard de clubs qui militent en D1. Cet appel était irrésistible pour lui. Cela étant dit, notre club doit continuer à grandir et l'apport d'Enzo Scifo sera important. Nous avons un budget annuel de 750.000 euros maintenant ". Le nouveau manager sportif de Tubize suit le tour final de D2 à distance. Cette bataille est l'affaire de Saint-Jean et de son groupe. Il n'y aura pas d'interférences. " Et il en sera toujours ainsi ", dit Enzo Scifo. " La gestion sur le terrain sera l'affaire du coach. C'est lui, et personne d'autre, qui aura la responsabilité de la sélection. Pas question de m'asseoir sur le banc. Je vais découvrir un autre métier, repartir à zéro en devenant manager sportif. Je reviens dans ma famille, le football. C'est important pour moi. Ma motivation et mon envie sont énormes car le challenge que m'a proposé Raymond Langendries est passionnant. Je souhaite bonne chance à ce groupe durant le tour final de D2. Il y mérite sa place car, et j'insiste, Philipe a livré un travail remarquable à Tubize. Et si le club ne franchit pas la dernière marche cette saison, je l'aiderai à le faire au plus vite. Pendant que les joueurs se multiplient, je cherche un nouvel entraîneur qui partagera notre vision des choses ". Les candidatures sont nombreuses et Tubize prendra tout son temps avant de lier son sort à celui d'un nouvel entraîneur. Ce sera forcément un patron mais aussi un formateur et un éducateur car Tubize sera soucieux de lancer des jeunes. " Le nouveau coach aura le même profil que Philippe Saint-Jean ", souligne Scifo. " Ma mission commence dès aujourd'hui. " Des noms circulent : Patrick Thairet, Mario Notaro, Stéphane Demol, AlexCzerniatynski, Christophe Dessy, etc. Il y a trois ans, Jacques Urbain avait été cité avant que le choix de Tubize ne se porte sur Saint-Jean. La réussite de celui-ci et celle de l'entraîneur de l'Union Saint-Gilloise, soulignent le profil du coach que Tubize a toujours cherché. Il correspond à celui de Dessy, entre autres... Scifo emprunte désormais les mêmes chemins que d'autres grands joueurs de sa génération. Michel Preud'homme est le directeur sportif du Standard, Marc Degryse gère la politique sportive de Bruges, Marc Wilmots sera le manager à l'anglaise de St-Trond. Ces clubs disposent évidemment de moyens financiers plus importants que ceux de Tubize. St-Trond compte sur le tracteur de Dongelberg afin de nouer des contacts avec Schalke 04. Preud'homme et Degryse ont leurs entrées au Portugal, en Hollande et en Angleterre. " Leur job n'est pas différent du mien ", avance Scifo. " Ils doivent s'affirmer dans leurs fonctions, moi aussi. Je me sens bien à Tubize, c'est ce qui compte, et ce club m'a fait confiance ". Scifo est le plus connu des anciens footballeurs belges à l'étranger. Ce sera une source de relations importantes pour Tubize. " J'en avais déjà fait profiter Charleroi ", affirme le Soulier d'Or 1984. Tout le monde songe à Auxerre qui était le Tubize du football français il y a 30 ans. Scifo s'y était relancé après avoir broyé du noir à l'Inter et à Bordeaux. " Je vais évidemment faire jouer mes relations afin de trouver, si possible, une collaboration avec un club étranger ", dit-il. " Mais je ne songe pas qu'aux clubs où j'ai joué. La formation est un de mes dadas. C'est également le cas des clubs français et de Tubize ". En juin, Tubize entamera les travaux de modernisation de son stade. La piscine sera démolie et cédera progressivement sa place à une tribune de 1.900 places. En 2005-2006, le stade Leburton pourra accueillir 8.000 spectateurs. A partir de la saison prochaine, Tubize jouera le dimanche. En cas de montée en D1, Tubize organiserait ses affiches et autres matches Canal+ à La Louvière. Mais Tubize ne veut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué. Enzo Scifo est revenu sur le devant de la Senne. Il est très à l'aise dans son costume de manager sportif et a oublié ses déboires carolos. Jan Ceulemans, un autre monument, n'a-t-il pas dû s'affirmer à Alost avant de reculer jusqu'en D3, à Ingelmunster, et de rebondir à Westerlo. Le grand Jan s'est toujours senti à l'aise dans de petits clubs. Personne ne lui en a jamais fait le reproche. A Tubize, Enzo Scifo veut apprécier le même climat serein. D'ailleurs, après des années de vaches maigres, Scifo a toujours pris de nouveaux départs. Il a ouvert son nouveau restaurant à Waterloo, le 1815, et retrouve les cuisines du football belge. " Il ne pouvait rien nous arriver de meilleur ", lance Raymond Langendries. " Et si Tubize montait dès maintenant en D1, ce serait une merveilleuse catastrophe ". Pierre Bilic" Si Tubize montait cette année, ce serait UNE MERVEILLEUSE CATASTROPHE " (Raymond Langendries)