C'était une autre époque. En 1972, lorsque la phase finale du championnat d'Europe se disputait encore avec seulement quatre équipes, on attendait de connaître les participants avant de désigner le pays organisateur. Il fallait donc aller très vite. Les demi-finalistes étaient l'Allemagne de l'Ouest, la Belgique, l'Union soviétique et la Hongrie. L'UEFA espérait que la République fédérale d'Allemagne organise l'événement, mais comme les Jeux Olympiques de Munich avaient lieu cette année-là, le pays déclina l'offre. Il n'était évidemment pas question de franchir le Rideau de Fer et il ne restait donc plus qu'une possibilité: la Belgique. Ce fut donc une solution de fortune.
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C'était une autre époque. En 1972, lorsque la phase finale du championnat d'Europe se disputait encore avec seulement quatre équipes, on attendait de connaître les participants avant de désigner le pays organisateur. Il fallait donc aller très vite. Les demi-finalistes étaient l'Allemagne de l'Ouest, la Belgique, l'Union soviétique et la Hongrie. L'UEFA espérait que la République fédérale d'Allemagne organise l'événement, mais comme les Jeux Olympiques de Munich avaient lieu cette année-là, le pays déclina l'offre. Il n'était évidemment pas question de franchir le Rideau de Fer et il ne restait donc plus qu'une possibilité: la Belgique. Ce fut donc une solution de fortune. Pour se qualifier, notre équipe nationale avait réalisé un beau parcours. En éliminatoires, elle a battu le Portugal et sa star, Eusébio. Le sélectionneur de l'époque était Raymond Goethals. Pour le match face aux Lusitaniens, il a surpris tout le monde en convoquant André Stassart, le stoppeur du Racing White. Ce joueur, limité techniquement mais infranchissable, devait mettre le grand buteur José Torres (1,91 m) sous l'éteignoir. Il y mit toute son ardeur. C'est ainsi que la Belgique a remporté son groupe (devant le Portugal, l'Écosse et le Danemark) et s'est qualifiée pour les quarts de finale. Au départ, elle semblait n'avoir aucune chance puisque son adversaire était l'Italie, championne d'Europe en titre. Une équipe bâtie autour de l'illustre Sandro Mazzola. Au match aller, Goethals a opté pour une approche très défensive. Comme souvent, il a aligné cinq défenseurs et le score est resté vierge. Au retour, les Diables l'ont emporté 2-1 au terme d'un match animé. Ils ont cependant perdu leur meilleur joueur, Wilfried Van Moer, auteur du premier but avant de se faire casser la jambe par Mario Bertini à sept minutes du repos. Van Moer est encore resté sur le terrain jusqu'à la mi-temps, mais il n'a pas réapparu à la reprise. Les Diables sont néanmoins parvenus à forcer les portes de l'EURO. Deux ans plus tôt, ils avaient été éliminés sans gloire de la Coupe du monde au Mexique, notamment parce que plusieurs joueurs avaient le mal du pays et voulaient rentrer chez eux. Ça leur avait valu bien des critiques. Surtout lorsque plus tard, il est apparu que certains avaient préféré sortir que jouer au football. De plus, ils étaient très mécontents de la prime qu'on leur avait proposée pour un séjour de cinq semaines au Mexique: 50.000 francs (1.250 euros) brut. Après impôt, il ne leur en restait que la moitié. L'EURO en Belgique n'est pas un grand succès. Pour la demi-finale entre la Hongrie et l'Union soviétique, au stade d'Anderlecht, un mercredi, il n'y a que 1.459 spectateurs. Jamais un match de phase finale de l'EURO n'a eu lieu devant aussi peu de monde. Ça n'a pas fait rire l'UEFA qui a reproché à la Belgique de n'avoir rien fait pour vendre des tickets. Plus tard, sur Wikipédia, on a ajouté un zéro à ce nombre, pour atteindre 14.590. Un peu exagéré. Le même jour, la Belgique affronte l'Allemagne de l'Ouest au Bosuil. En voyant ce vieux stade, les Allemands ouvrent de grands yeux. Raymond Goethals n'est pas content non plus: comme il a surtout sélectionné des joueurs d'Anderlecht et du Standard, il aurait voulu jouer à Bruxelles ou à Liège. Mais, contrairement à ce qu'il s'est passé pour l'autre demi-finale, le stade est plein: 59.000 spectateurs. Les Allemands ont acheté 20.000 tickets en prévente et Anvers semble envahi. D'autant que 10.000 autres Teutons achetent encore leur place au guichet le jour du match. Ils font énormément de bruit et certains se montrent même très agressifs. Sur le terrain, les Diables blancs ne sont pas assez forts pour résister à l'Allemagne de l'Ouest. Ils se battent avec courage, mais s'inclinent 2-1. Deux buts du légendaire Gerd Müller tandis que Lon Polleunis sauve l'honneur à sept minutes de la fin, à un moment où les Allemands font preuve d'un certain dédain. Cette défaite n'a rien de scandaleux car l'Allemagne est très talentueuse. Elle aligne notamment Paul Breitner, un arrière gauche rebelle qui ne cesse de parler sur le terrain, et l'attaquant Jupp Heynckes qui, plus tard, va entraîner le Bayern Munich. Les buts sont défendus par Sepp Maier (Bayern) tandis qu' Uli Hoeness (vingt ans) joue dans l'entrejeu. Deux ans plus tard, l'Allemagne sera sacrée championne du monde chez elle en battant les Pays-Bas de Johan Cruijff en finale (2-1). La défaite de la Belgique provoque une rapide perte d'intérêt pour le tournoi. Les Diables blancs affrontent la Hongrie à Liège pour la troisième place et s'imposent 2-1, mais il n'y a que 6.000 personnes dans le stade. Raoul Lambert et Paul Van Himst inscrivent les buts belges tandis que Lajos Kü (qui va jouer au Club Bruges plus tard) sauve l'honneur des Hongrois sur penalty. Un autre futur joueur de Bruges est alors sur le terrain: le libéro László Balint. Dans la Venise du Nord, il renverra provisoirement Walter Meeuws au poste d'arrière droit, ce qui provoquera une altercation entre Meeuws et l'entraîneur de l'époque, Johan Grijzenhout. Mais revenons-en à ce Belgique-Hongrie: même la troisième place de la Belgique n'intéresse personne. L'actualité sportive de l'époque est dominée par le Tour d'Italie, où Eddy Merckx décroche sa troisième victoire. Finalement, ce championnat d'Europe prend fin sur le premier titre de l'Allemagne de l'Ouest qui bat l'Union soviétique (3-0) au Heysel, devant 43.000 spectateurs. Cette victoire va changer la culture de la Mannschaft. Jusque-là, le football allemand est synonyme de puissance et de courses, avec de longs ballons et peu de place laissée à l'improvisation. Désormais, ça combine, surtout grâce aux impulsions données par des esthètes comme Franz Beckenbauer et Günter Netzer. Ils sont les symboles d'une équipe nationale très différente. Les centres géniaux de Netzer ont autant d'importance que les prestations du Keizer, Franz Beckenbauer. Avec ses longs cheveux, le meneur de jeu du Borussia Mönchengladbach joue toujours à l'intuition et est le joueur le plus surprenant du football allemand. Il roule en Ferrari et, quelque heures après la finale, on le retrouve dans la discothèque qu'il exploite à Mönchengladbach. Seul, avec un verre de champagne. Netzer est comme ça dans la vie: c'est un rebelle, un égoïste, un individualiste qui aime la liberté. Ça n'a pas porté préjudice à sa carrière. Netzer, actuellement détenteur d'un passeport suisse, a par la suite porté le maillot du Real Madrid pendant trois saisons. Le fait que Netzer n'est pas nécessairement titulaire à sa place en dit long sur la richesse du football allemand. Wolfgang Overath, la légende du FC Cologne, est encore un cran au-dessus. C'est aussi un meneur de jeu spécifique, un stratège qui lit très bien le jeu, dirige la manoeuvre et adresse de longs centres. Son style de jeu est cependant beaucoup plus froid, moins frivole que celui de Netzer. Le sélectionneur, Helmuth Schön, a essayé à plusieurs reprises de les aligner ensemble, mais ça n'a pas marché. Overath loupe l'EURO à cause d'une blessure, mais à la Coupe du monde 1974, c'est lui qui sera titulaire. Au total, il a porté le maillot de l'équipe nationale à 81 reprises. Helmuth Schön joue un rôle très important pour son pays. Sous sa direction, il y a peu de règles strictes. Amateur de football offensif, Schön est très rusé et a beaucoup d'humour. Il n'est pas assez sévère pour entraîner un club de Bundesliga, mais c'est un excellent people manager. Avant la finale contre l'URSS, il dessine comme à l'habitude le schéma tactique au tableau. Mais quelques semaines plus tôt, l'Allemagne avait battu l'Union soviétique 4-1 en match amical. Schön doit s'en souvenir car, soudain, il efface tout, se retourne et dit: "Faites ce que vous voulez." Ses joueurs s'y appliquent et domminent leur adversaire (3-0) avec deux buts de Gerd Müller, meilleur buteur du tournoi avec quatre buts. Et la Belgique? Les Diables ne sont pas en Allemagne de l'Ouest lorsque celle-ci devient championne du monde deux ans plus tard. Ils n'ont pourtant perdu aucun match de qualification, n'ont pas encaissé le moindre but et ont terminé en tête de leur groupe à égalité avec les Pays-Bas, qui présentent une meilleure différence de but. Lors du match face aux Bataves, un but de Jan Verheyen est annulé pour hors-jeu. Injustement, comme les internationaux le constatent le soir en s'arrêtant chez Verheyen à Hoogstraten pour revoir la phase à la télévision. Même les Néerlandais ont bien dû reconnaître que l'arbitre s'était trompé. Raymond Goethals est resté sélectionneur jusqu'en juin 1976. Cette année-là, il n'a pas réussi à qualifier l'équipe pour le championnat d'Europe. Les Belges sont éliminés par les Pays-Bas en quarts de finale après avoir perdu le match aller à Rotterdam 5-0. Quelques heures après la rencontre, Goethals s'attable dans un café et note sur des cartons de bière ce qui n'a pas fonctionné. Il est très critiqué, notamment pour avoir préféré Christian Piot, blessé, à un Jean-Marie Pfaff en plein boum. "Je préfère un demi-Piot à un Pfaff entier", justifie-t-il. Après cet échec, Goethals est parti à Anderlecht, où il a entamé un nouvel épisode de sa carrière d'entraîneur. Il a travaillé dix ans au service de l'équipe nationale et dirigé l'équipe à soixante reprises, avec 18 défaites et neuf nuls à la clé.