La trêve internationale a fait du bien au Standard. Elle a permis de commencer à se réconcilier avec ses supporters, d'intégrer les trois nouveaux attaquants et de travailler les automatismes. Samedi, le nouveau Standard a montré de belles choses : une ligne d'attaque qui propose plusieurs solutions, un vrai buteur ( Mémé Tchité) et un ballon qui repasse par l'entrejeu. Seule, finalement, la charnière centrale défensive laisse encore perplexe.
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La trêve internationale a fait du bien au Standard. Elle a permis de commencer à se réconcilier avec ses supporters, d'intégrer les trois nouveaux attaquants et de travailler les automatismes. Samedi, le nouveau Standard a montré de belles choses : une ligne d'attaque qui propose plusieurs solutions, un vrai buteur ( Mémé Tchité) et un ballon qui repasse par l'entrejeu. Seule, finalement, la charnière centrale défensive laisse encore perplexe. L'amélioration a également redonné du moral au capitaine. Le match contre Courtrai lui a servi de déclic, la fin du mercato de libération. C'est donc rassuré et confiant que Steven Defour a décidé de mettre un terme à son mutisme. " Je voulais revenir au calme. Je n'étais pas prêt à parler avec la presse. Je souhaitais retrouver un bon état d'esprit et contre Courtrai, j'ai enfin trouvé que je revenais dans le coup. J'étais présent défensivement. " Si Defour ne s'est pas exprimé plus tôt, c'est aussi parce que les rumeurs de transfert le tracassaient, parce que les résultats de l'équipe ne suivaient pas et que son niveau ne le satisfaisait pas. " A chaque crise, on voulait parler au capitaine. Moi, je n'étais pas prêt à répondre à ces questions sur le jeu, les résultats, les nouveaux. Je voulais me concentrer sur mon sujet. J'ai beaucoup parlé avec Lucien D'Onofrio qui m'a dit de prendre un peu de recul par rapport à la presse et à tout ce qui se disait. " Contre le Cercle, Defour a encore passé un palier, sans véritablement retrouver le niveau de celui qui servait de métronome au jeu liégeois, il y a deux ans. Defour était bien dans son match, jusqu'à la demi-heure de jeu lorsque les vieux démons ont ressurgi. Un coup direct sur sa cheville droite (celle du pied opéré il y a un an !) de Hans Cornélis et la crainte d'une nouvelle blessure qui refait surface. En capitaine valeureux, Defour est resté au jeu jusqu'à ce que le score soit plié. Reste que son sort pose question. En sortant à l'heure de jeu, Defour n'a pas éclipsé tous les doutes. Humblement, il l'a reconnu. " Il y a des hauts et des bas mais je commence tout doucement à revenir. L'année passée, j'ai commis l'erreur de ne pas écouter mon corps. En début de saison, j'ai beaucoup et bien travaillé. La condition est donc bien présente mais les mauvaises sensations au niveau du pied droit sont encore là. J'ai eu une blessure qui nécessite une guérison à 100 % et pour le moment, je ressens toujours des douleurs. Soit avant, soit après l'entraînement. Et je ne veux pas jouer sous infiltration. Cependant, cela ne constitue pas une excuse car si je joue, c'est que j'en suis capable. "Ces douleurs ont des répercussions visibles. Defour évite l'engagement (et le coup de Cornélis va peut-être encore davantage l'inciter à faire attention). Surtout, il sollicite différemment son corps. " Je cours autrement depuis un an car j'ai encore des douleurs au pied. Inconsciemment. Je mets tout le poids du corps sur le pied gauche, ce qui entraîne de nouvelles douleurs dans la jambe gauche. Mais également dans le dos et au tibia. Je le répète, cela ne m'empêche pas de jouer mais je ne suis pas à 100 %. Or, ce n'est qu'en jouant que je serai à 100 %... "A l'issue du match contre le Cercle, Dominique D'Onofrio reconnaissait qu'il avait préféré ménager son capitaine en le sortant. " C'est par prudence que je l'ai remplacé. Maintenant que les muscles se sont refroidis, il a de nouveau mal. Mais ce n'est qu'en jouant et en se faisant plaisir qu'il va oublier tout cela. " " Je pense que si Steven n'a pas su donner la pleine mesure de son talent, c'est parce qu'il n'était pas tout à fait rétabli ", conclut son manager, Paul Stefani. " Il avait perdu la confiance. Après le match contre le Cercle, nous sommes allés manger ensemble et malgré le coup qu'il avait pris sur la cheville, je le sentais rassuré. Notamment par les commentaires positifs des journalistes qui affirmaient que ses prestations s'amélioraient. " Le débat a été lancé par Studio 1 et largement relayé sur les forums de supporters. Ce qui a largement fait réagir le joueur mais également le préparateur physique Guy Namurois. " Le diététicien avait fixé un poids et ce poids, je l'ai atteint ", explique Defour, " A la télévision, on voit que je suis gros mais ce sont des couillonnades. Je pèse 68,8 kg et j'ai un taux de graisse de 9 %. " " Tous les résultats sont positifs ", renchérit Namurois, " Aux tests de vitesse, il est exactement au même point que la saison dernière et il est toujours un des plus rapides du groupe. S'il a peut-être un kilo en plus qu'à son arrivée au Standard, c'est tout simplement parce qu'il a fait beaucoup de musculation. Pendant sa blessure, il a effectué beaucoup de handbike, ce qu'il devait faire suite à son épaule déboîtée, pour renforcer le haut du corps et pour garder la condition. Mehdi Carcela a aussi pris du poids et personne n'en parle. Et heureusement qu'il en a pris car il y a un an, on le balançait trop facilement dans les balustrades. " Si la condition physique ne lui fait pas défaut, un travail mental très important et souvent ignoré doit encore être effectué. " Peut-être qu'au niveau mental, ça coince encore un peu ", explique Namurois. " Cela fait deux ans qu'il va de blessure en blessure et qu'il se donne à fond pour revenir dans le parcours. A un moment donné, ça use mentalement. La triple-sauteuse Svetlana Bolchakova a mis deux ans avant de se lâcher de nouveau. Quant au décathlonien Frédéric Xhonneux, il n'a pas fait une bonne saison parce qu'il avait beaucoup donné pour récupérer d'une blessure. " " Quand on m'a dit que j'étais guéri alors que je ressentais encore de fortes douleurs, je me disais que ce n'était pas possible de continuer ma carrière avec ce mal. Je n'arrivais pas à comprendre ", reconnaît Defour. " Defour est quelqu'un d'impatient ", explique Stefani, " Il n'aime pas quand cela traîne. Quand tu travailles beaucoup et que la réussite te fuit, le moral plonge. "Ce moral en berne l'a conduit à considérer les à-côtés du football d'un autre £il. " On a critiqué mon hygiène de vie ", s'est défendu Defour. " Après ma blessure, j'ai connu une période difficile. Sans doute n'avais-je pas digéré l'opération. Je n'étais pas bien dans ma tête et j'ai été attiré par autre chose que le football. " Ce mea culpa est rare dans le monde du football et démontre qu'une prise de conscience est intervenue chez le capitaine des Rouches. Entre vouloir et pouvoir, il y a une marge. Pour le moment, Defour n'a pas retrouvé le niveau qui lui permettrait de postuler une place dans le onze de base d'une des grandes cylindrées évoquées ces dernières années. " Je pense que quand on le cite à Liverpool, il y a une grosse part de marketing derrière tout cela ", nous explique un agent de joueurs proche du marché anglais. " Qui va aller mettre 15 millions d'euros pour quelqu'un qui reste sur une saison blanche et est loin de son meilleur niveau ? Defour a un profil intéressant mais certainement pas au prix demandé par le club liégeois. Aujourd'hui, un garçon comme Kevin De Bruyne est davantage bankable car plus jeune. " " Le niveau et les qualités pour le top, il les a ", affirme Stefani. " Ce qui lui manque, c'est le rythme et une certaine constance. "Mais quand on est cité au Real, à Barcelone, à Manchester et à Liverpool et qu'on reste finalement au Standard, cela peut trotter dans la tête. " Inconsciemment peut-être que ces bruits de transfert m'ont perturbé. Et sans doute que la fin du mercato a soulagé beaucoup de gens. Maintenant, tout le monde se rend compte qu'on va vivre ensemble jusqu'en janvier. Moi-même, je suis content que tout cela soit fini car il y avait beaucoup de rumeurs autour de cette équipe. "Aujourd'hui, Defour est donc confronté à un double objectif : retrouver son rôle de métronome au Standard et assurer une place de titulaire chez les Diables. Deux conditions nécessaires pour pouvoir décrocher un transfert lucratif et sportivement intéressant. " J'ai peut-être perdu un rôle d'incontournable en sélection mais quand je l'étais, j'évoluais au poste de médian droit. Or, j'ai toujours dit que cela n'était pas ma meilleure position. L'entraîneur a fait un choix en ma défaveur, malgré ma bonne rentrée contre la Finlande. Mais je me dis que si je suis sélectionné, c'est que j'ai le niveau ! "Depuis l'arrivée de Dominique D'Onofrio, les ballons ont tendance à passer au-dessus de la tête de l'entrejeu. Contre le Cercle, on a revu les ballons transiter par les médians. Ce qui convient davantage à des joueurs comme Defour ou Axel Witsel qui ont besoin, surtout dans le chef de Defour, de toucher énormément de ballons pour se sentir bien dans la rencontre. Or, cette verticalité l'oblige, pour toucher le cuir, à descendre très bas sur l'échiquier. " Avec Carcela, Réginal Goreux, Witsel et les deux attaquants, on est déjà très offensif. Et si je monte, il y aura un trop grand déséquilibre. Dominique D'Onofrio ne demande pas d'user de longs ballons. Il insiste sur la verticalité mais en jouant au foot. Avec Michel Preud'homme et Laszlo Bölöni, la verticalité était déjà très présente mais il y avait du jeu. Cela allait vite vers l'avant. Aujourd'hui, on voit trop peu ce type de football. Je ne suis pas frustré mais il faut encore parler aux joueurs trop stressés, trop jeunes, impressionnés par le fait de jouer dans un grand stade. Car ces longs ballons, on ne les voit pas à l'entraînement ! " Le profil des attaquants ( Christian Benteke et Luigi Pieroni) incitait les défenseurs à chercher leur tête. " Certes, ils sont grands mais Benteke aimait aussi avoir les ballons dans les pieds. Ce qu'on oubliait. " La profondeur demandée par des joueurs comme Tchité ou Aloys Nong va sans doute permettre au Standard de solliciter davantage l'entrejeu. Tant mieux pour Defour. " Il va redevenir le leader du Standard car tout le monde croit en lui ", conclut sur une note d'optimisme Stefani. Les tests de vitesse montrent qu'il est exactement au même point que la saison dernière. (Guy Namurois)