Quinton Fortune (31 ans) à Tubize, c'est le genre de transfert qui fait dire : -Mais comment est-ce possible ? Des nains de notre D1 qui font signer une ex-étoile, ça arrive, on connaît la (triste) chanson : c'est rarement banco. Nicolas Ouédec à La Louvière ? Flop. Victor Ikpeba à Charleroi ? Flop. Alessandro Pistone à Mons ? Semi-flop.
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Quinton Fortune (31 ans) à Tubize, c'est le genre de transfert qui fait dire : -Mais comment est-ce possible ? Des nains de notre D1 qui font signer une ex-étoile, ça arrive, on connaît la (triste) chanson : c'est rarement banco. Nicolas Ouédec à La Louvière ? Flop. Victor Ikpeba à Charleroi ? Flop. Alessandro Pistone à Mons ? Semi-flop. Et Fortune à Tubize... Champion d'Espagne avec l'Atletico Madrid, trois fois champion d'Angleterre avec Manchester United, près de 30 matches de Ligue des Champions avec l'artillerie lourde d'Old Trafford, deux Coupes du Monde comme titulaire avec l'Afrique du Sud. Il faut nous expliquer... Albert Cartier s'y colle : " Tubize travaille un peu avec Brescia, où Fortune était sous contrat. Nous y sommes déjà allés trois fois, les Italiens sont aussi venus chez nous. En janvier, ils nous ont proposé des jeunes mais nous n'étions pas intéressés. Par contre, quand ils ont parlé de Fortune, je suis directement allé sur place et tout a été vite réglé. Il n'avait pas un bon feeling avec l'entraîneur et a préféré s'en aller. Dans le foot, tu as des faux mecs bien. Lui, c'est un vrai mec bien. Il ne se prend pas au sérieux et a directement pris la parole devant le groupe. Finalement, on a réalisé qu'on parlait exactement de la même façon dans le vestiaire de Manchester United que dans celui de Tubize... "Entretien avec une légende et premier clin d'£il de Fortune : " Votre météo me rappelle méchamment Manchester... "Quinton Fortune : Oui, à 14 ans. Je jouais dans un petit club du Cap et je faisais partie d'une sélection provinciale. Mon coach avait des contacts en Angleterre et m'a proposé d'aller faire un test à Tottenham. Ma mère était d'accord mais mon père plus que sceptique. Mais il a finalement compris que si je restais au Cap, je risquais de tomber dans le même piège qu'un tas de jeunes : les bagarres, le crime et tout le reste. Disons qu'il faut bien choisir ses quartiers. Si tu vas à Bruxelles ou à Charleroi, il y a des rues que tu éviteras si tu ne veux pas te faire dévaliser. Si tu vas à New York, tu ne te promèneras pas dans le Bronx. Au Cap et dans les autres grandes villes d'AfSud, c'est la même chose. Paul Gascoigne, Gary Lineker,... Et le coach, Terry Venables. Dès que je suis arrivé, il m'a permis de m'entraîner à l'occasion avec le noyau A. Oui, à 14 ans. J'étais le seul gamin à avoir ce privilège. Peut-être parce que j'étais très bon, sans doute parce que je venais du bout du monde et qu'il voulait me remercier d'avoir fait un aussi long déplacement... (Il rigole). Un sale souvenir. Osvaldo Ardiles m'offrait un bon contrat, tout se passait bien. Mais au dernier moment, mon agent a réclamé beaucoup d'argent. J'étais jeune, je l'ai bêtement écouté et je n'ai pas signé. Je suis alors parti à Chelsea, je m'y suis entraîné quelques mois avec Glenn Hoddle. Extraordinaire. Il était encore autant joueur qu'entraîneur. Il réussissait encore des trucs fantastiques. Il a voulu me faire signer mais ça a capoté parce qu'on ne m'a pas donné de permis de travail. A Tottenham, il n'y aurait pas eu ce problème, vu que j'y avais été formé. A Chelsea, c'était plus compliqué. Pas directement. J'ai d'abord fait un crochet par l'Afrique du Sud. J'y suis resté quelques mois. Puis, j'ai été contacté par l'Atletico Madrid. C'est là-bas que j'ai signé mon premier contrat pro. Mais j'ai souffert. Je n'ai joué que trois matches du premier tour, alors j'ai accepté d'être prêté en décembre à Majorque, en D2. L'Atletico est devenu champion et a gagné la Coupe d'Espagne sans moi. Non. Je n'ai pas participé activement à ces succès. J'ai reçu les médailles comme tous les autres joueurs mais elles n'ont pas de signification particulière pour moi. Je n'ai même pas fait la fête. Les honneurs, c'était pour Milinko Pantic, Diego Simeone, José Luis Caminero, Kiko,... Pour la première fois depuis 12 ans, ils avaient réussi un exploit incroyable : ramener le titre ailleurs qu'au Real ou à Barcelone. Pendant que l'équipe gagnait, moi, je ramais en D2 avec Majorque. The worst experience of my career ! Je me suis demandé si j'étais assez bon pour être footballeur professionnel, je me suis posé plein de questions. Et quand je suis retourné à l'Atletico, ça ne s'est pas beaucoup mieux passé. Pendant trois ans, j'ai joué avec l'équipe B, en deuxième division. Je n'étais appelé en A que quand il y avait une cascade de joueurs indisponibles. Il y avait une ambiance à couper au couteau dans tout le club. L'entraîneur était en permanence menacé de sauter. On ne pouvait jamais parier qu'il serait toujours sur le banc la semaine suivante. Au fait, tu connais un peu le président qu'on avait à ce moment-là ? Voilà ! Un malade. Quand il avait quelque chose à te dire, il te le disait en face. Peu importe que ce soit dans le vestiaire avec tous les joueurs autour de lui, ou en présence de caméras de télévision. Tout le contraire de son fils, Miguel Angel Gil, qui faisait aussi partie de la direction. Avec lui, je discutais régulièrement et il était mille fois plus soft et posé que son père. C'étaient deux mondes différents. Par rapport à la majorité des équipes espagnoles de D1, l'Atletico était un grand club. Mais comparé au Real, il n'était qu'un petit frère, le minable de la ville. Même champion. Une victoire sur le terrain du Barça. J'étais monté au jeu. Mon agent m'a emmené à Manchester pour un test, je me suis bien débrouillé et j'ai directement signé pour quatre ans. Great ! Unbelievable ! Je me vois encore arriver à mon premier entraînement : Paul Scholes, Ryan Giggs, Roy Keane, Gary et Phil Neville, David Beckham, Andy Cole, Dwight Yorke, Teddy Sheringham, Jaap Stam,... Tout ça pour un petit gars débarqué d'Afrique du Sud : crazy ! Oui, c'est ce qu'on m'a demandé. Un super challenge, parce que Giggs, c'est Giggs... Je le remplaçais de temps en temps à gauche de l'entrejeu. Puis, on a commencé à me confier d'autres missions : médian défensif, et surtout back gauche. Waouw... (Il réfléchit). That man lives football. On dit parfois de gars passionnés qu'ils mangent, boivent et dorment foot. Lui, c'est encore pire que cela. Le football est toute sa vie. En quelques minutes, il peut dire si un gosse est capable de faire carrière. Un très grand homme, vraiment. Et une faculté de s'exprimer tout à fait unique : très peu de mots mais toujours droit au but. Il n'est pas aussi beau à voir jouer que Cristiano Ronaldo, mais il n'a pas besoin de savoir dribbler : ses passes sont tellement tranchantes et précises qu'on ne doit pas lui demander d'éliminer un homme. Quand il donnait un ballon vers l'avant à Ruud van Nistelrooy ou Yorke, on ne se posait pas de questions : on savait que c'était but ! A côté de cela, un gars hyper simple. C'était la folie dès qu'il mettait un pied dehors, il avait toute la presse derrière lui, mais il ne se prenait pas la tête. Vraiment pas. Dès qu'il arrivait au stade ou au complexe d'entraînement, Beckham était un gars comme les autres, sur le même pied que n'importe quel joueur du noyau. Oh la, la... The General. Peut-être le meilleur joueur de l'histoire de Manchester United. Un footballeur phénoménal, un capitaine légendaire, une personnalité exceptionnelle. Quel mec ! Son plus grand point commun avec Ferguson : il voulait tout gagner, tout le temps. The top of the top. (Il regarde le ciel). Je n'ai qu'un seul mot pour le décrire : unbelievable. L'Angleterre a raté quelque chose avec lui. A Manchester, il jouait toujours à la même place, il était le relais entre l'entrejeu et l'attaque. En équipe nationale, on le faisait continuellement voyager : à gauche, à droite, devant, derrière. Si on lui avait confié le même rôle qu'à Man. Utd, il aurait fait autant de dégâts dans les matches internationaux. Le plus mortel de tous les attaquants de l'histoire de Manchester. Yorke était le plus doué techniquement mais van Nistelrooy était encore plus efficace. Avec lui, l'équation était simple : 1 ballon dans le rectangle = 1 goal. Tous ! Tu joues dans cette équipe, c'est la fête. Si je ne dois en retenir qu'un, c'est un déplacement à Liverpool. Le match que les supporters de Manchester veulent gagner, plus que n'importe quel autre. Le duel sur les terres de l'ennemi juré. Nous avons gagné à Anfield ! Je n'ai pas fini le match : je me suis cassé la jambe. Un tacle de Sami Hyypiä. Mais je m'en foutais... Tout ce qui comptait, c'était de gagner là-bas. C'était ça, la mentalité à United. J'ai été vraiment acteur de deux titres. Pas du troisième car j'ai surtout été à l'infirmerie cette saison-là. Je retiens aussi une finale de la Cup. Manchester en a gagné une sans moi, contre Millwall : j'étais blessé. J'ai joué celle contre Arsenal et nous l'avons perdue aux tirs au but après les avoir enfoncés pendant tout le match. 0-0 : un comble de ne pas avoir su marquer avec des attaquants pareils. Le jour où je l'ai quitté. C'était comme si je perdais une partie de moi. L'autre mauvais souvenir, ce sont mes nombreuses blessures. Oui, ce fut très dur. Mais je me suis quand même bien amusé à Bolton, ça restait la Premier League. Mon mauvais souvenir par rapport à Bolton, ce sont de nouvelles blessures et des opérations au genou et au tendon d'Achille, ça fait une énorme frustration. Interroge n'importe quel suiveur du championnat d'Angleterre, il te dira que j'ai eu une poisse incroyable. Je me suis retrouvé face à un coach qui n'aimait pas mon style de football. J'y ai joué en tout et pour tout une vingtaine de minutes en championnat. Mais j'ai très bien vécu cette période sombre. Dans la tête, on est bien plus fort à 31 ans qu'à 18. Quand tu es jeune, tu veux te montrer, prouver que tu existes. Avec l'expérience, tu te dis qu'il y a des choses plus graves qu'être réserviste. Life goes on. Je n'étais vraiment pas dévasté en Italie. C'est l'impression que j'ai eue en débarquant ici... (Il rigole). Toutes les questions de la presse allaient dans le même sens : -Qu'est-ce que tu viens faire ici ? Faire mon métier, tout simplement. Je suis joueur de foot et je veux jouer. Je suis un gars simple, je ne me prends pas pour un autre, je ne prends pas ce club de haut. J'ai connu l'Espagne, l'Angleterre, l'Italie : travailler en Belgique est une bonne expérience supplémentaire. Cela me change aussi de trouver un coach qui croit en moi : Albert Cartier me l'a bien fait comprendre, alors que ce ne fut jamais le cas à Brescia. Waouw : 1-5, oui, une belle gifle. La première carte jaune était justifiée : l'adversaire partait au but, j'étais mal placé et j'ai fait une faute pour l'arrêter, je ne discute pas. Mais la deuxième, je me suis demandé d'où elle sortait : je trouvais que j'avais fait le tacle parfait. C'est moche d'avoir raté le match au Standard à cause de cette rouge que je ne me méritais pas. On m'avait tellement parlé de ce déplacement. par pierre danvoye - photos: reporters/ gouverneur