"Je pouvais y signer, en effet", confirme Van Den Spiegel. "Mais d'un coup, Fortitudo Bologne m'a offert un contrat de trois ans. Or, ce club jouit d'un prestige supérieur à Malaga".
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"Je pouvais y signer, en effet", confirme Van Den Spiegel. "Mais d'un coup, Fortitudo Bologne m'a offert un contrat de trois ans. Or, ce club jouit d'un prestige supérieur à Malaga".Ce fut donc la ville estudiantine d'Italie, Mecque du basket avec deux grandes équipes, Fortitudo et Virtus. Mais trois jours avant le début du championnat, le jeune Belge passe à travers son genou à l'entraînement. Trois mois d'inactivité et adieu au rêve. Au terme d'une revalidation individuelle de quatre mois supplémentaires, le moment de rejouer est là. Bologne a prêté Van Den Spiegel à Telindus Ostende jusqu'à la fin de la saison, le club auquel le joueur avait tourné le dos il y a six mois."Un premier diagnostic avait révélé qu'il s'agissait tout au plus d'une petite déchirure", explique le géant. "Je devais être indisponible trois ou quatre semaines, sans plus. Ensuite, il est apparu que mon tibia avait reçu un choc. Le staff médical italien m'a conseillé de me faire opérer, par prudence. Dans le cas contraire, d'ici quelques années, je m'exposais à des blessures plus graves. Le Docteur Martens partageait ce point de vue. Je me suis donc fait opérer en Italie, un peu contre mon gré. Je ne connaissais pas ces gens, c'était un pas dans l'inconnu mais bon, je venais de débarquer, je n'allais pas commencer à faire le difficile. Une blessure survient toujours au mauvais moment. Le starting center, Emilio Kovacic, venait lui-même de se blesser et j'avais de réelles chances de jouer. Bologne comptait sur moi. J'étais dans une forme olympique. Je réalisais des trucs que je n'aurais jamais cru possibles avant à l'entraînement. J'étais littéralement aspiré à un niveau supérieur. Evidemment, briller à l'entraînement n'implique pas nécessairement des performances en match". Les deux clubs ont traînéComme prendre le temps de se rétablir n'est pas vraiment évident au sein d'un club en tête du championnat italien, toujours en lice pour la coupe nationale et qui a atteint le deuxième tour de l'Euroligue, on s'est dirigé vers une location. Cela prit deux mois! Il en impute la faute aux clubs: "En première instance, Bologne a exercé des pressions pour que je signe à Pau Orthez. Comme les Français ne se sont pas qualifiés pour le deuxième tour de l'Euroligue, le transfert a capoté et j'ai émis le souhait de retourner à Ostende. Ici, au moins, je suis en terrain connu, ce qui facilite tout. Mais tant que les clubs ne s'étaient pas mis d'accord, je ne voyais pas l'utilité de discuter moi-même avec Ostende. Bon, maintenant que je suis ici, j'ai l'impression d'être rentré chez moi. En fait, je veux retourner le plus vite possible en Italie pour y faire mes preuves.Je n'ai pas encore joué une seule minute pour Fortitudo en match officiel et ça me ronge. Je suis sûr que j'en suis capable. Si j'avais déjà disputé quelques minutes, ma déception serait moins amère. Ça joue quand même un rôle dans l'image que j'ai auprès du monde extérieur. Je sais que certains parlent déjà d'échec. Ça ne me touche pas. Simplement parce que je n'ai pas eu l'occasion de rater. Tout comme lors de mon transfert d'Alost à Ostende, quand j'avais 18 ans, tout le monde s'exclama en choeur que c'était prématuré. A Ostende, j'ai passé deux ans sur le banc en m'entraînant d'arrache-pied tous les jours. La troisième saison, j'étais dans le noyau. Ce sera pareil à Bologne. Lutter pendant quelques années pour sa place est indispensable pour l'évolution d'un jeune joueur. Christophe Beghin et Gerrit Major vivent la même situation. C'est une question d'ambition. Il faut toujours viser le plus haut possible. C'est pour ça que je pense qu'un jeune basketteur talentueux ne part jamais trop tôt à l'étranger. C'est le problème, en Belgique: dans les catégories d'âge, nous sommes en mesure de rivaliser avec les grandes nations du basketball mais à partir de 18 ans, celles-ci prennent l'avantage car leurs joueurs s'entraînent tous les jours dans de grands championnats". Toujours été contestéVan Den Spiegel a toujours été une figure contestée. Rudolf Vanmoerkerke n'avait pas hésité à clamer qu'il était trop bien payé pour ce qu'il apportait et le courant n'est jamais vraiment passé avec son ancien entraîneur, McCarthy, qui répétait: -Trop peu de présence sous le panier. Le jeune Gantois porte pourtant un regard réaliste sur le monde du basket et d'après son mentor, Frans De Boeck, il est même très coachable. "D'où vient donc cette critique?", s'interroge Van Den Spiegel. "C'est sans doute la mentalité belge. Il y a deux semaines, un journaliste m'a demandé pourquoi mes transferts s'éternisaient toujours. C'est typiquement belge... Savez-vous qu'à Bologne, j'étais la première acquisition de la saison? Le club était stupéfait de la rapidité des négociations. C'est simplement une différence de mentalité. La presse, par exemple, analyse le moindre détail, chaque mot est retranscrit. Les joueurs utilisent les media pour exprimer leur mécontentement, ce qu'on ne fait pas en Belgique. D'un autre côté, le club protège beaucoup mieux ses joueurs du monde extérieur. L'Italie entretient un véritable culte du vedettariat. Dans la rue, on me reconnaissait plus souvent qu'ici, en Belgique, alors que je n'avais pas encore joué un seul match. Les basketteurs italiens peuvent à peine mettre un pied hors de chez eux et ils se meuvent donc dans un circuit fermé: les restaurants et les clubs de la haute société.Dès les premières semaines, j'ai remarqué que j'étais considéré comme un "petit Belge". A part l'entraîneur, je suppose que personne ne savait qui j'étais. Ma nationalité formait un handicap supplémentaire. Nous sommes un petit pays en basket. Notre équipe nationale n'a guère de rayonnement. Les Italiens connaissent Ostende de nom et croient que Charleroi est une formation française. Je pense donc que Doum Lauwers et moi-même constituons de bons produits d'exportation. J'ai 23 ans et je suis sous contrat dans un grand club, Fortitudo Bologne... Et j'y suis en bon chemin, si je peux me permettre de l'affirmer". Quels bosseurs!Bavarder et blaguer à table avec Andrea Meneghin, s'entraîner homme contre homme avec Zoran Savic, jouer un peu avec Anthony Goldwire, c'est quand même autre chose, non? "Revenir en Belgique a été dur, en effet", avoue Van Den Spiegel. "La différence dans l'intensité est énorme. A Bologne, tout se fait en groupe, on vit aussi ensemble en-dehors du terrain. Il ne faut pas y penser un instant en Belgique. J'ai fait de grands yeux en découvrant le sérieux de ces grands noms. Prenez Goldwire: Olympiakos, Barcelone, Bologne, Charlotte Hornets... un palmarès imposant. Pourtant, chaque jour, il s'entraîne dur à l'entraînement, c'est incroyable. Et il passe son jour de congé à la salle de musculation.Et cette ambiance... Vous naissez Fortitudino et ça vous reste jusque dans la tombe. On y fête une victoire dans le derby comme s'il s'agissait du titre. Tout est important et émotionnel. J'aime ça. En fait, j'aime ce club. A l'issue de mon dernier match avec Ostende, je retrouverai le soleil italien en juillet. Mais mon premier souci est de retrouver le rythme des matches et de me défaire du poids de cette blessure. Ici, tout le monde affirme que je suis plus loin qu'on l'espérait. J'ignore évidemment ce qu'on pensait accueillir. (Il sourit) Un patient en chaise roulante, peut-être?". Matthias Stockmans,