1. LE NOMBRE D'ÉQUIPES

" Quand je visite des sponsors, ils me rient au nez : - " Combien d'équipes avez-vous encore ? " En décembre 2012, Danny Verhulst, le manager d'Aalstar, avait résumé en une phrase le problème de l'élite du basket belge. Chaque fois, Verhulst, gêné, devait répondre : " Huit. " Depuis la saison 2000-2001, pas moins de six clubs étaient passés à la trappe à cause de problèmes financiers. Cette situation intenable avait toutefois changé en 2013-2014 quand deux clubs de D2, Willebroek et le Brussels, avaient obtenu une licence C pour l'élite. Depuis l'été dernier, la Scooore League compte même onze membres, Limbourg United, le projet limbourgeois annoncé depuis longtemps, ayant enfin vu le jour.
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" Quand je visite des sponsors, ils me rient au nez : - " Combien d'équipes avez-vous encore ? " En décembre 2012, Danny Verhulst, le manager d'Aalstar, avait résumé en une phrase le problème de l'élite du basket belge. Chaque fois, Verhulst, gêné, devait répondre : " Huit. " Depuis la saison 2000-2001, pas moins de six clubs étaient passés à la trappe à cause de problèmes financiers. Cette situation intenable avait toutefois changé en 2013-2014 quand deux clubs de D2, Willebroek et le Brussels, avaient obtenu une licence C pour l'élite. Depuis l'été dernier, la Scooore League compte même onze membres, Limbourg United, le projet limbourgeois annoncé depuis longtemps, ayant enfin vu le jour. " Onze, ce n'est pas un plafond ", souligne Arthur Goethals (70 ans), président du BC Ostende de 2007 à 2015 et élu président de la Pro Basketball League l'été dernier, pour cinq ans. " Depuis le retour du Limbourg sur la carte, il nous reste six zones non meublées : l'axe Courtrai-Ypres, Gand, la Campine, le Brabant wallon, l'axe Namur-Luxembourg et le grand-duché de Luxembourg, qui constitue notre seule possibilité d'extension internationale car les clubs wallons ne sont pas chauds du tout à l'idée de jouer dans une compétition reprenant aussi les Pays-Bas. Pour Courtrai-Ypres et la Campine, l'intérêt et les moyens financiers sont insuffisants pour fonder un club de D1, surtout dans les deux ou trois années à venir. C'est dommage car Courtrai possède de superbes installations. Sur les quatre autres blind spots, l'enthousiasme est réel, à commencer par Gand, qui était volontairement redescendu en D2 en 2012. Sa demande de licence pour la saison prochaine n'a pas été prête à temps - il fallait la rentrer le 1er mars - mais le club espère être en ordre début 2017. La province de Luxembourg a aussi un projet concret pour lancer une équipe de D1 durant la saison 2017-2018, à Libramont. Les Castors Braine, situés dans le Brabant wallon, sont très intéressés par la perspective d'aligner une équipe masculine en sus de la féminine, qui domine le championnat mais attire trop peu de monde. Seule l'infrastructure constitue un problème. A côté de ça, le Grand-Duché a des projets et nous avons déjà étudié comment nous pouvions gommer l'avantage que lui procure son système fiscal, similaire à celui de Monaco en France : le club pourrait verser une indemnité forfaitaire aux autres clubs de sa division. Nous ne sommes pas certains de pouvoir boucler tous ces dossiers mais j'espère entamer la saison 2017-2018 avec au moins douze clubs, peut-être même 14. Ces clubs devront remplir de nouvelles conditions pour l'octroi de leur licence et signer une déclaration d'intention préliminaire, pour que la Ligue puisse anticiper un élargissement du championnat. Les clubs devront présenter un plan commercial élaboré et disposer d'un hall sportif convenable d'au moins 2.500 à 3.000 places. Il ne sera plus possible d'obtenir sa licence sur base de projets d'installations. " En 2012-2013, les huit clubs ont disputé un double tour de 28 journées, réparti sur sept mois, au terme duquel deux équipes seulement ont été écartées des play-offs. Ce n'était ni crédible ni attrayant. La formule à onze clubs a été adaptée : il y a un premier tour complet de vingt matches. Ensuite, le top cinq et les six autres disputent un second tour, les cinq premiers pour bien se placer en vue des play-offs, les autres luttant pour les trois billets restants. Ce tour final à huit, en quarts de finale, se joue selon la formule du best of three, les demi-finales en best of five. " Ce n'est pas simple ", reconnaît Goethals, " mais cette deuxième phase par poules est très attractive pour le top cinq, avec huit matches avant les play-offs. Nous devons conserver cette formule, même si nous passons à 12 ou 14 clubs. Le public la comprendra mieux au fil du temps. " Goethals croit également en l'avenir du basket à la Noël. Les clubs ont joué le 26 décembre en 2014, pour la première fois, et avec succès : ils ont fait des salles combles. Pourtant, certains clubs ont avancé leurs duels cette saison afin de permettre aux joueurs étrangers de fêter la Noël dans leur pays. " La Wallonie n'est pas enthousiaste, contrairement à la Flandre. J'espère que nous pourrons persévérer la saison prochaine. " Le président souhaite apporter quelques changements à la formule de la Coupe. " Dès les huitièmes de finale, avec les onze clubs de D1 et cinq de D2, par aller-retour. La finale se disputera à la mi-février, dans la semaine réservée à la FIBA, et en un match, le samedi, comme cette année. Ça a été un énorme succès avec 7.000 amateurs de basket à Forest-National, pour Ostende-Antwerp. " Goethals lance une autre idée. " Pourquoi ne pas utiliser les infrastructures de Forest pour organiser un All-Star Game le mercredi ? Cette saison, le Brussels a attiré 5.000 personnes dans cette salle adaptée, pour son match de championnat contre Charleroi, le vendredi suivant la finale. On doit réussir des chiffres similaires avec un match entre les meilleurs joueurs du championnat. "En 2012-2013, Belgacom TV a diffusé les matches de l'Ethias League, honorant un contrat de trois ans qui a rapporté 80.000 euros puis 50.000 par saison, après révision. C'était un progrès financier mais, à long terme, ces diffusions ont entraîné une diminution de l'intérêt public et donc de retour pour les sponsors car la VRT et la RTBF ne diffusaient plus de résumés et l'audimat de Belgacom TV était faible. En plus, les meilleures équipes devaient disputer la moitié de leurs matches le jeudi, le vendredi et le dimanche et non le samedi soir, le jour le plus faste. Cette situation s'est nettement améliorée cette saison. La maison de production DB Video a acheté les droits de retransmission pour trois ans. Pour couvrir les frais des 70 directs (un total d'1,2 million d'euros), la firme a conclu des contrats avec les chaînes payantes Telenet et VOO, avec Sporza (vingt résumés le dimanche après-midi) et la RTBF (des résumés dans un programme spécial du samedi soir). Sept des onze équipes ont aussi conclu, via DB Video, un contrat avec des chaînes régionales qui diffusent l'intégralité des matches moyennant la possibilité de vendre elles-mêmes des espaces publicitaires. Les matches du jeudi ont disparu : on ne joue plus que le vendredi, comme Limburg United à sa demande, le dimanche mais surtout le samedi. On peut aussi voir les résumés sur scoooreleague.be, même si ce n'est pas en livestream - seuls les matches européens du BC Ostende et des Antwerp Giants disposent de ce support. Seul point mineur : les clubs ne perçoivent que la moitié du contrat Belgacom (25 à 30.000 euros par saison). " Mais c'est compensé par la plus grande visibilité de leurs sponsors sur les chaînes nationales et régionales ", nuance Goethals. " Telenet et VOO sont nettement plus présents en Flandre et en Wallonie que Proximus TV. Ils ne nous ont pas fournis de chiffres mais nous savons que le programme du samedi de la RTBF attire en moyenne 130.000 téléspectateurs. La saison prochaine, un bureau va étudier dans quelle mesure cette exposure a crû. Je pense qu'elle a été multipliée par trois ou quatre et nous ferons encore mieux à l'avenir en développant la plate-forme digitale, avec le livestream des matches de championnat. " Il y a quelques années encore, le championnat souffrait d'une pénurie de joueurs belges. Il a atteint le fond en 2011-2012 avec 58 % d'étrangers (49 % d'Américains) et seulement 42 % de compatriotes. 25 des 72 joueurs qui disputaient plus de dix des 40 minutes de jeu étaient belges en 2012-2013, soit seulement 34,7 %. La saison suivante, le nombre de joueurs homegrown, ayant été formés pendant quatre ans en Belgique entre 12 et 21 ans, quelle que soit leur nationalité, est passé de cinq à six. Depuis, le cours s'est inversé : on est passé d'un rapport 47 %(40 %)/53 % d'étrangers (américains)/Belges en 2014-2015 à 41 %(33 %)/59 % en début de saison. Sur les 93 joueurs ayant disputé régulièrement plus de dix minutes, 42 ont grandi ici, leur pourcentage passant de 34,7 % à 45 %. Une nuance : sur les 32 joueurs ayant disputé plus de 25 minutes, seuls cinq possèdent la nationalité belge. Les Américains continuent à monopoliser le temps de jeu. " Beaucoup de clubs ont quand même opéré un switch ", dit Goethals. " Prenez le BC Ostende, où Boukichou, Gillet, Marnegrave, Salumu et Serron sont devenus des joueurs-clés sous la direction du coach Gjergja, alors que deux jeunes sont prêts à sauter le pas : Tim Lambrecht et SamHemeleers. Les autres équipes (Anvers, Mons, Charleroi, Limbourg United...) accordent aussi de plus en plus de chances aux Belges. " Goethals n'est toutefois pas disposé à durcir encore le règlement, en obligeant les clubs à comporter sept ou huit éléments homegrown ou à en aligner un ou deux sur le parquet. " Ce serait trop compliqué et la première mesure nuirait à la compétitivité de nos clubs sur la scène européenne. Ils doivent pouvoir continuer à engager des étrangers de qualité. La formation des clubs est notre priorité, pour que ces six Belges ne passent pas leur temps sur le banc. L'année prochaine, nous allons commander un audit sur la formation des jeunes car ça reste un fameux challenge. Les clubs doivent investir davantage, engager des entraîneurs mieux formés et pouvoir jouer dans des compétitions adaptées. Je plaide en faveur de championnats accessibles aux jeunes jusqu'à 19 ans, les espoirs rejoignant l'équipe B des clubs de D1, comme KBGO Gistel (BC Ostende) et Antwerp Two en D2, ainsi que Mons et Charleroi en D3. Idéalement, chaque club de l'élite devrait aligner une équipe B, de préférence en D2, où les jeunes pourraient acquérir de l'expérience face à des éléments plus chevronnés. Mais c'est un choix que nous ne pouvons imposer aux clubs. Nous voulons placer toutes les équipes d'âge nationales sous la coupole de la fédération de basket endéans les deux ans, avec une vision claire et la possibilité d'accéder aux Lions et aux Cats. Hommes ou femmes, ils n'entameront jamais de campagne de qualification pour l'EURO avec une levée plus douée que l'actuelle mais nous devons veiller à ce que l'éclosion des talents ne relève pas du hasard. "Autre mal récurrent, les finances. En cinq ans, le budget moyen des clubs de D1, à l'exception des trois nouveaux qui tournent avec un budget d'un bon million d'euros, est passé de 2,56 à 2,33 millions. Même Ostende, champion des quatre dernières saisons, a enregistré une baisse, passant de 3,2 à 3 millions. Fait plus inquiétant encore, sur les huit équipes, dont le bilan annuel est publié par la banque nationale, une seule a réalisé un bénéfice en 2014-2015 : Aalstar, avec un solde de... 13 euros. Charleroi a essuyé une perte de 1,1 million, Pepinster a un déficit de 566.000 euros, Limbourg United a perdu 351.000 euros, les Giants 254.000 et même Ostende, qui avait conclu les trois années précédentes sur un bénéfice, est dans le rouge à raison de 43.000 euros. Pour la deuxième année d'affilée, Charleroi et Pepinster n'ont obtenu leur licence A qu'en appel. Selon qu'ils possèdent la licence A ou la B, ils peuvent évoluer en Coupe d'Europe ou pas. Goethals : " Pepinster a obtenu sa licence sur base de dépenses plafonnées. Chaque euro supplémentaire doit être garanti par des revenus supplémentaires. Pour Charleroi, le problème était plutôt administratif. Financièrement, de fait, il était minuit moins cinq mais, depuis, le club a réalisé une recapitalisation et j'ai toute confiance dans le nouveau management pour combler le déficit, tout en obtenant des succès sportifs. " N'empêche : le basket belge est déficitaire. " Nous devons chercher de nouvelles sources de revenus ", précise Goethals. " Comme l'augmentation de l'assistance, en offrant un meilleur vécu, plus d'hospitalité et d'animations, mais aussi en activant notre large base de supporters. La fédération compte quand même 100.000 membres. On pourrait par exemple fournir leurs données aux entreprises, qui pourraient ainsi mettre sur pied des actions ciblées : mailings, bons de réduction, samples... La saison prochaine, en collaboration avec HighCo, nous allons déjà lancer un projet de ce genre. A long terme, nous devons générer plus d'argent via les contrats médiatiques et les infrastructures, en organisant des événements extra-sportifs, par exemple. La nouvelle Ligue des Champions initiée par la FIBA est déjà un élément positif : notre champion est qualifié automatiquement et le deuxième jouera des qualifications. Ces équipes réaliseront un break-even en Europe et ne subiront déjà plus de pertes puisqu'elles percevront une prime de départ de 100.000 euros. Malgré tout, équilibrer son budget sur l'ensemble de la saison reste un énorme défi pour chaque club belge. " PAR JONAS CRETEUR - PHOTOS BELGAIMAGE