La pluie n'entame pas le charme de Lierre. Sans rivaliser avec la Venise du Nord, la bourgade campinoise exhale un parfum de prospérité tranquille. Jan Ceulemans a retrouvé avec plaisir sa ville natale. Comme partout, on l'y reconnaît mais on ne le suit pas d'un oeil scrutateur. Il est un enfant du pays, apprécié, admiré et respecté. L'euphorie de la Coupe de Belgique s'est quelque peu estompée. Le Caje a ajouté une ligne de plus à son superbe palmarès, sans s'y attarder outre mesure.
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La pluie n'entame pas le charme de Lierre. Sans rivaliser avec la Venise du Nord, la bourgade campinoise exhale un parfum de prospérité tranquille. Jan Ceulemans a retrouvé avec plaisir sa ville natale. Comme partout, on l'y reconnaît mais on ne le suit pas d'un oeil scrutateur. Il est un enfant du pays, apprécié, admiré et respecté. L'euphorie de la Coupe de Belgique s'est quelque peu estompée. Le Caje a ajouté une ligne de plus à son superbe palmarès, sans s'y attarder outre mesure. Délivré de l'émotion du moment et de la fatigue des quelques jours passés à Ibiza avec ses joueurs, l'entraîneur de Westerlo savoure le moment présent. Ses enfants sont en examens. Il ne peut donc partir à l'étranger. Il s'en accommode. Comme toujours, il préfère appréhender l'aspect positif des choses. Il ne se lamente pas sur le rideau de pluie qui s'abat sur la Belgique: il évoque les journées agréables qui ont précédé le mauvais temps. On l'oublie, car il est un monument du football, mais Jan Ceulemans est encore un jeune entraîneur, à 44 ans. En quelque dix ans, il a récolté quelques succès avec Alost et Ingelmunster, qu'il a notamment promus, mais il vient de clôturer sa plus belle saison. Avant même qu'il ne remporte la Coupe de Belgique, il avait d'ailleurs été élu deuxième au concours de l'Entraîneur de l'Année, malgré la modestie de Westerlo. "Je suis heureux que les joueurs, au moment de voter, aient tenu compte des moyens avec lesquels je travaille. Cette saison-ci est la plus belle de ma carière d'entraîneur, grâce à la Coupe, qui était devenue un objectif majeur au fil des mois. Ce n'est pas mon premier trophée mais c'est le premier qui compte aux yeux du public, bien plus qu'un titre en D3. Le comparer à ceux que j'ai remportés comme joueur? C'est difficile. Disons qu'un entraîneur est davantage dans la mire du public, qu'une erreur apparaît plus cruellement que la méforme d'un joueur, qui se fond dans un groupe. Un footballeur ne doit songer qu'à sa prestation. En devenant entraîneur, il subit une mutation. Au début, on croit que tout va de soi, on ne voit pas la différence. On apprend à jauger les joueurs, surtout leur caractère, car l'amitié compte beaucoup dans notre sport, encore plus dans une équipe comme Westerlo." On a rarement vu Jan Ceulemans aussi nerveux que pendant la finale. Il l'admet bien volontiers. "Je n'étais évidemment pas insensible à l'enjeu. Cette Coupe ouvre des perspectives au club, et moi-même, je la voulais à tout prix. J'étais d'autant plus nerveux que nous étions sous pression face à Lommel, que nous n'exploitions pas suffisamment nos espaces et que je n'avais plus d'alternative. Les joueurs étaient fatigués et ne réfléchissaient pas assez, mais de la touche, j'étais impuissant. C'est un phénomène qu'on mésestime. Dans le feu de l'action, il est difficile de rectifier le tir, de prendre des initiatives, de créer quelque chose. Crier est inutile: les joueurs ne l'entendent pas."Souvent, dans le passé, Jan Ceulemans s'est distingué par la pertinence de ses remplacements, de ses ajustements tactiques. Il ne s'épanche jamais en longues théories mais ses mots portent, comme ses actes. La réussite de Westerlo, en championnat comme en Coupe, est celle de son entraîneur. Privé de Thans, Brogno et Mitrovic, dépourvu d'attaquant à une semaine du début du championnat, il a réussi à reformer une équipe plus collective, au jeu plus varié. "Une semaine avant le début du championnat, je n'avais pas d'attaquant. J'ai eu peur quand même mais ça s'est arrangé. Nous avons développé un meilleur football, surtout en déplacement. A Westerlo, nous n'avons pas assez de technique pour désarçonner la défense adverse. Nous n'avons gagné que six fois chez nous, contre neuf fois à l'extérieur. J'aimerais offrir un meilleur spectacle à nos supporters la saison prochaine. Voilà mes objectifs: soigner notre public et terminer dans la première partie du tableau. Sans plus de précisions car le football est trop aléatoire. J'aviserai en prenant la mesure de mon noyau." Jan Ceulemans répugne à accepter les louanges. La qualité de ses intervention en cours de jeu? "C'est simple. Tous les joueurs partent sur un pied d'égalité. Je n'alignerai pas un élément en méforme, quel qu'il soit, jeune ou ancien, connu ou pas. En cours de match, si un joueur est faible ou qu'un changement tactique s'impose, je réfléchis aux possibilités que m'offre mon banc. Lequel de ces deux ou trois joueurs m'offre-t-il la meilleure solution? C'est tout... Même si je suis tendu, en mon for intérieur, je ne m'épanche pas. J'interviens quand c'est nécessaire, pas pour le plaisir."Regi van Acker, au moment de signer au Lierse, a déclaré que Jan Ceulemans ne s'intéressait de toute façon pas assez aux jeunes pour entraîner le Lierse. Pourtant, en une saison, cinq jeunes ont éclos à Westerlo: Deelkens, Zelenka, Willemsen, Bourdon et Vandenbergh. "C'est vrai, je ne suis pas les équipes d'âge. Le coordinateur n'est-il pas un agent de liaison? L'essentiel est de savoir quels Espoirs sont prêts à être lancés dans la bagarre. Il ne faut pas non plus aligner trop de jeunes en même temps. On ne leur rend pas service. Pas plus qu'il ne faut en sortir chaque année. Il n'y aura pas de nouveau jeune cet été. Ils ont droit à l'erreur. Par exemple, il aurait été normal que Bart Deelkens commette des gaffes. Il a été d'une régularité étonnante mais il va devoir confirmer, maintenant. C'est pareil pour les autres." Le Caje a l'élégance naturelle des véritables grands. Il est professionnel depuis l'âge de dix-sept ans. Il connaît trop bien son milieu pour s'attarder outre mesure sur ses victoires comme sur le revers de la médaille. Sa victoire en Coupe lui permet de renouer avec la scène européenne. Il s'agit de sa deuxième campagne comme entraîneur. Cette perspective le captive sans l'arracher à la réalité, mais qu'en sera-t-il de ses joueurs, dont la plupart vont découvrir une autre planète? "Nous restons réalistes. Westerlo réalise une bonne affaire, notamment sur le plan financier. Nous n'avons aucune obligation. Mes joueurs ne planeront pas. J'en suis convaincu. A 200 %. Je les connais trop bien. Tout dépendra aussi du tirage au sort: passer un tour serait chouette mais nous pouvons aussi affronter une formation qui nous surclasse. Mon message sera simple: -Savourez cette expérience, et si nous sommes éliminés, ce n'est pas grave. Notre qualification est un bonus bienvenu, un piment. Un adversaire prestigieux serait excitant, mais même dans ce cas, le groupe n'oubliera pas le championnat." Club empreint de bon sens, paisible tout en étant convivial, Westerlo convient parfaitement à Jan Ceulemans, même si un club de plus grande envergure, comme Bruges, qui conservera toujours une place particulière dans son coeur, lui permettrait de donner la pleine mesure de son talent, si l'occasion se présentait un jour. On peut même s'étonner qu'il n'ait pas préféré le Lierse à Westerlo. "Je n'ai pas de plan de carrière. Mon métier est très aléatoire. Il faut être libre au bon moment. Je me suis bien amusé à Alost et à Ingelmunster aussi. Entraîner un club de D2 ou de D3 ne me dérange pas. Une carrière d'entraîneur n'est jamais linéaire. Tout va bien maintenant, mais tout peut basculer en deux ou trois semaines. Donc, ma philosophie, c'est de savourer le moment présent. Je connais le milieu. Ce qui compte, c'est d'être honnête et de rester soi-même, même si ça peut être très difficile, dans un milieu si médiatisé. Mais il n'y a rien de pire que de trahir sa personnalité. Je ne peux pas me plaindre de la façon dont on me traite mais c'est partiellement dû au fait que je ne change pas. Même mon approche serait identique dans un grand club, sinon, je ne serais plus moi-même. Je reste sur deux saisons très positives avec Westerlo, avec une Coupe de Belgique en prime. Je m'y sens bien, j'ai un excellent contact avec les gens. Ainsi, je ne me tracasse pas du tout pour les transferts. Tout a été discuté, convenu et je sais que la direction respectera ses engagements. Entraîner le Lierse aurait été plus facile puisqu'il reste sur une mauvaise saison. Il ne peut que faire mieux alors que Westerlo doit confirmer. Au moment où j'ai discuté avec le Lierse, on ne savait pas qui restait, qui partait. L'incertitude régnait. Peut-être a-t-il un peu plus de perspectives, puisque son stade est aménagé et qu'il a récolté plusieurs succès ces dernières années, mais il est important pour moi de me sentir bien où je travaille. C'est le cas à Westerlo, alors, pourquoi changer? Westerlo progresse, pas à pas. Notre victoire en Coupe va peut-être lui permettre d'obtenir davantage d'aide de la commune."En début de carrière, Jan Ceulemans avait témoigné de beaucoup de compréhension à l'Eendracht Alost, déjà en proie à des difficultés financières. Jamais il ne s'était plaint des départs incessants des meilleurs joueurs. Il avait finalement été victime de sa patience. L'expérience l'a amené à instaurer des limites. "Je ne trace pas une seule ligne stricte car ce serait utopique. Disons qu'il y a une marge de manoeuvre, deux frontières entre lesquelles le club peut naviguer. Je veux achever la saison avec le noyau composé en début d'exercice. Conserver la majorité du noyau était prioritaire. Zelenka reste un an de plus. C'est réglé à 95 %. J'ai encore besoin d'un joueur capable de réaliser une action, en plus de ce qui a déjà été fait. J'accorde ma préférence à des Belges. Uniquement parce que l'ambiance et la cohésion sont les clefs du succès. Il vaut donc mieux que les joueurs aient une mentalité identique et se comprennent. S'ils sont heureux de se retrouver, ils se battront les uns pour les autres."Jan Ceulemans attache énormément d'importance à l'esprit de groupe. Il n'a pas oublié qu'il a toujours fait la force du Club Brugeois. Sa personnalité et son palmarès lui valent le respect naturel des joueurs, même de ceux qui ne l'ont pas vu sur un terrain. Il peut faire la fête avec eux sans entamer ce respect. "Parce que je reste moi-même. Le groupe vient de passer des jours formidables à Ibiza, après la victoire en Coupe. C'est la deuxième fois que je vis cette expérience mais le club en est à ses quatrièmes vacances communes. L'idée recueille mon adhésion car ce séjour permet au groupe de se souder, sur d'autres bases. Nous jouons aux cartes, nous allons boire un verre, nous vivons en groupe mais sans la pression d'un match. Malgré tout, pendant la saison, certains joueurs sont assurés de leur place, d'autres pas, et les liens peuvent se relâcher. Je fais la fête avec eux mais quand nous nous retrouverons, le 2 juillet, je reprendrai naturellement une certaine distance. Mais chaque joueur mérite mon attention, titulaire ou pas. Pendant la saison, le meilleur moyen d'entretenir l'esprit de groupe est de passer la journée ensemble, de dix heures à seize ou dix-sept heures, à peu près. C'est ce que nous faisons." Pascale Piérard