Lors de la présentation de l'équipe, en avant-saison, Jean-Pierre Detremmerie avait notamment dit : "Je connais une petite fille, Grazia Ban, qui est née à Mouscron voici deux ans et demi. Après 24 mois dans le Limbourg, elle a dit : -Papa, maintenant cela suffit, je veux rentrer à la maison!"
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Lors de la présentation de l'équipe, en avant-saison, Jean-Pierre Detremmerie avait notamment dit : "Je connais une petite fille, Grazia Ban, qui est née à Mouscron voici deux ans et demi. Après 24 mois dans le Limbourg, elle a dit : -Papa, maintenant cela suffit, je veux rentrer à la maison!" Zoran sourit: "La naissance de ma fille cadette à Mouscron reste évidemment un souvenir inoubliable. Mais cela ne suffit pas à expliquer mon retour. Je suis content d'être revenu parce que j'y avais connu deux années très positives. Je connais tout le monde et je me suis imprégné de cette ambiance familiale. C'est aussi un club très bien organisé. Mais, si l'on évoque mes enfants, c'est surtout pour ma fille aînée, Sara, que le déménagement a posé des problèmes. Elle a 7 ans et a fréquenté une école de Genk, en néerlandais. A Mouscron, elle a été inscrite à l'école européenne, où l'enseignement se donne alternativement en français et en flamand. Au début, elle a eu du mal à s'y habituer. Les premiers jours, je regardais son visage lorsqu'elle rentrait de l'école et je la sentais malheureuse. J'en avais le coeur déchiré. Cela va un peu mieux, aujourd'hui. Mais il est temps qu'elle acquiert un peu de stabilité. Sara est née à Turin. Elle a déjà vécu en Italie, au Portugal, en Wallonie et en Flandre. A la maison, mon épouse et moi lui parlons croate. Quand elle sera adulte, elle tirera peut-être profit de ce multilinguisme. Mais nous ne pouvons plus lui imposer de déménagement supplémentaire". "Comment ai-je pu jouer aussi mal?"Ban a semblé éprouver beaucoup de difficultés à effacer le traumatisme des dernières semaines passées à Genk. A la suite d'une exclusion en demi-finale de la Coupe de Belgique contre Lommel, il avait été relégué dans le noyau B. Sa confiance et sa condition physique en avaient pâti. Ce n'était plus le Zoran Ban qui avait inscrit 16 buts durant la saison 98-99 et qui avait salué son départ par une reprise de volée acrobatique face à Bruges. "C'est vrai que j'étais mauvais en début de saison", avoue Zoran Ban. "Mais j'en ignore les raisons. Je ne peux pas tout mettre sur le compte de mes ennuis à Genk. Je n'avais été relégué dans le noyau B qu'en toute fin de saison. Je n'ai donc pas été très longtemps coupé de l'élite. Mais, lors de mes premières semaines à Mouscron, je ne me sentais pas en forme. Lors du match inaugural à Alost, je n'en ai pas touché une. Mon corps se trouvait sur le terrain, mais moi-même, j'étais ailleurs. Je comprends parfaitement qu' Hugo Broos m'ait placé sur le banc lors des matches suivants. Il valait mieux que je me refasse une santé à l'entraînement. Je m'en étais d'ailleurs entretenu avec lui, car j'étais parfaitement conscient de ne pas répondre à l'attente. Je me demandais comment c'était possible de jouer aussi mal. Je savais que personne ne pouvait m'aider. Je devais sortir de cette crise tout seul. Je me suis efforcé de bien travailler. Je savais que la condition allait revenir. Après quelques semaines, j'ai retrouvé mon statut de titulaire. Lorsque j'ai secouvé les filets du GBA, voici quinze jours, j'ai été soulagé d'un énorme poids. J'avais le sentiment d'être enfin sorti d'un long tunnel. Contre le RWDM, déjà, j'avais senti que cela allait mieux. Mais je n'avais confectionné aucun des quatre buts. A St-Trond, également, j'étais passé tout près d'une réalisation, mais il manquait toujours la cerise sur le gâteau. La délivrance est survenue face aux hommes de Franky Van der Elst. Un but important, car il avait remis l'équipe sur les rails alors que nous étions menés au marquoir. Et je sais que je suis à nouveau capable de réussir mes actions". Contre Westerlo, Ban ne s'est pas posé de question et a frappé le ballon comme il est venu: "J'étais légèrement déporté sur la gauche et j'ai vu une ouverture sur le côté droit. Je n'ai pas hésité". Un but qui porte la griffe de Zoran Ban, comme on le connaissait autrefois: "Cette puissance dans le pied gauche, je l'ai toujours eue. C'est un don de la nature"."La succession de Jestrovic ne m'effraye pas"Ban est optimiste: "Je crois en la continuité. Chaque année, Mouscron ne remplace qu'un ou deux joueurs. La base de l'équipe demeure. C'est comme cela que l'on progresse. A Genk, j'ai connu un bouleversement complet. Ce n'est pas la bonne méthode. Un club qui modifie plus de la moitié de son équipe ne remportera jamais un trophée. En tout cas, pas à court terme. Car il faut du temps pour trouver de nouveaux automatismes. Je n'ai pas compris pourquoi l'Excelsior a connu un début de championnat aussi laborieux. Cela ne découlait d'aucune logique: à l'exception de Nenad Jestrovic, tous les autres joueurs étaient restés. Au même titre que moi j'avais besoin d'un but, l'équipe avait besoin d'une victoire pour provoquer un déclic. Ce début de saison raté était en totale contradiction avec le parcours des saisons antérieures. Précédemment, l'Excelsior avait toujours bien commencé le championnat. Il montait ensuite en puissance, mais cédait sur la fin et passait à côté des récompenses. J'espère que, cette saison, ce sera le contraire". Zoran Ban est bien placé pour parler des occasions ratées. "Si j'avais quitté Mouscron sur le souvenir d'un but sensationnel inscrit face à Bruges en 1999, je n'ai pas oublié que, la semaine précédente, j'avais loupé un penalty à Westerlo. Un raté qui a coûté très cher. Nous étions au coude-à-coude avec Anderlecht pour la troisième place. Le Sporting avait entamé une remontée extraordinaire durant le deuxième tour sous la houlette du tandem Dockx- Vercauteren. Nous restions cependant confiants car la fin de championnat proposait aux Bruxellois des déplacements au Standard et à Genk. Ils se sont imposés 0-6 à Sclessin et 1-5 dans le Limbourg. Le partage concédé à Westerlo, à cause de ce penalty raté, nous a fait glisser à la quatrième place. La Coupe de l'UEFA nous a filé entre les doigts". Ban veut oublier ce mauvais souvenir. Pourtant, il n'a pas choisi la facilité en revenant à Mouscron. La succession de Nenad Jestrovic est lourde à porter. Comment faire oublier un attaquant qui a marqué les imaginations en inscrivant 20 buts alors qu'il n'a disputé que deux-tiers des rencontres? "J'ai l'habitude, vous savez", sourit Zoran Ban. "Lorsque j'étais arrivé la première fois à Mouscron, je devais succéder aux frères Mpenza. Lorsque je suis parti à Genk, j'ai dû succéder à Souleymane Oularé. Dans le monde du football, qui est en perpétuelle mouvance, on succède toujours à quelqu'un. Je dois faire abstraction des comparaisons et me concentrer sur mon jeu". "Je m'entends de mieux en mieux avec Marcin Zewlakow"Davantage que Nenad Jestrovic, qui est capable de se créer des occasions de but tout seul, Zoran Ban est tributaire du jeu de ses partenaires. Durant sa première période mouscronnoise, il évoluait dans une équipe où le ballon était sans cesse en mouvement et où les occasions étaient nombreuses. Cette saison, en revanche, il est tombé dans une formation qui se cherchait et qui abusait de longs ballons. Son rendement s'en est ressenti. "Ce n'est pas facile pour un attaquant, lorsqu'il doit essayer de faire bon usage d'un long ballon alors qu'il est entouré de plusieurs adversaires. Il faut tenter un contrôle orienté, afin de se mettre dans la direction du but le plus rapidement possible. Cela demande beaucoup d'énergie". L'attaquant croate doit également s'habituer au jeu de Marcin Zewlakow, un équipier qu'il n'avait pas connu durant son premier séjour au Canonnier. "Notre entente s'améliore au fil des matches", affirme Zoran Ban. "Pour ma part, je commence déjà à bien le sentir. Je devine de mieux en mieux quand il va s'engager à droite ou à gauche. C'est important: lorsqu'on évolue dans un système à deux attaquants, il faut que l'un des deux reste au centre pendant que l'autre crée une diversion vers les flancs. On ne peut pas se courir dans les pieds. Je commence à comprendre de quelle manière Marcin aime être servi. Est-ce réciproque? C'est à lui qu'il faudait poser la question". Un élément de réponse a déjà été fourni: le joueur polonais semble avoir compris qu'avec Zoran Ban, il était préférable de centrer au ras du sol. Le jeu de tête n'est, effectivement, pas son point fort. Et son pied droit ne lui sert, comme on dit communément, qu'à monter dans le bus. Mais, comme tous les vrais gauchers, il peut être redoutable du pied gauche.Daniel Devos