Les deux premiers matches sous la coupe de Franky Vercauteren ne s'étaient pas soldés par les résultats escomptés : d'abord une défaite, contre toute attente, devant le KV Ostende au stade Constant Vanden Stock (0-1), suivie dans la foulée par un mièvre nul au Lierse (1-1). Un sur six, il n'y avait pas de quoi jubiler et il fallait bien s'attendre à ce que le nouvel homme fort du RSCA apporte des retouches à sa copie.
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Les deux premiers matches sous la coupe de Franky Vercauteren ne s'étaient pas soldés par les résultats escomptés : d'abord une défaite, contre toute attente, devant le KV Ostende au stade Constant Vanden Stock (0-1), suivie dans la foulée par un mièvre nul au Lierse (1-1). Un sur six, il n'y avait pas de quoi jubiler et il fallait bien s'attendre à ce que le nouvel homme fort du RSCA apporte des retouches à sa copie. Au lieu d'abandonner le 4-3-3, qu'il venait tout juste d'instaurer, pour en revenir au 4-4-2 cher à Hugo Broos, le nouveau coach préféra apporter un correctif au onze appelé à mettre son système en pratique : exit Walter Baseggio, au rayonnement par trop limité, et place à Goran Lovre, authentique marathonien fait footballeur. Un changement judicieux puisque depuis le retour au premier plan du médian serbe, le Sporting n'a plus concédé le moindre revers, consolidant par la même occasion sa deuxième place au classement, avec vue sur les qualifications pour la Ligue des Champions. Pour l'ancien élément du Partizan Belgrade arrivé à Bruxelles en 1998, il s'agissait là d'un véritable come-back, dans un rôle pour le moins inattendu, de surcroît. Car depuis qu'il avait été lancé dans le grand bain de l'élite, en novembre 2002, l'intéressé s'était toujours confiné dans une mission de navetteur sur le flanc droit, où il entrait à la fois en concurrence avec Michal Zewlakow, Mark Hendrikx, ou encore Christian Wilhelmsson en cas d'inclination résolument offensive. Cette fois, dans une ligne médiane à trois composantes, disposées en triangle, Goran Lovre retrouve depuis quelques semaines son poste de prédilection comme médian plus central et plus offensif, au côté de Pär Zetterberg et devant Yves Vanderhaeghe. " Six ans après mon arrivée au club, je touche enfin au but assigné : occuper un poste axial au sein de la charnière médiane ", dit-il. " Je n'avais jamais été utilisé dans une autre attribution durant mes jeunes années en Serbie, tant en formation de club qu'au sein des classes d'âge nationales. Ici, il m'est arrivé par intermittences d'occuper cette place mais, la plupart du temps, j'ai dû me résoudre, à la demande du staff technique, de coulisser sur l'aile. C'est là que j'ai effectué mes débuts, il y a presque trois ans, contre le Lierse. Au départ, il s'agissait là d'une pure mission de dépannage car plusieurs titulaires manquaient à l'appel. Mais en cours de deuxième tour, j'ai bel et bien fait figure de premier choix dans ce secteur au même titre que Martin Kolar, Besnik Hasi et Walter Baseggio. Je pensais, à cette époque, être définitivement lancé mais j'ai dû rapidement déchanter ". Alors qu'il avait signé une prestation autoritaire, agrémentée d'un but, lors du troisième tour préliminaire de la Ligue des Champions, face au Wisla Cracovie (3-1), à la mi-août 2003, les sorcières allaient subitement s'acharner sur Goran sous la forme d'une rupture des ligaments croisés. C'est arrivé lors de la deuxième journée de compétition, sur le terrain de La Gantoise. Un tacle assassin de son ex-coéquipier anderlechtois Hamad Ndikumana avait eu raison de son genou. Une semaine après Nenad Jestrovic, relevé avec une blessure similaire en Coupe d'Europe, le RSCA était privé d'un autre rouage essentiel. " Cette intervention-là était pire encore que celle, récente, de Stephen Laybutt sur l'infortuné Thomas Chatelle ", observe Lovre. " C'était d'autant plus navrant que j'avais joué pendant de nombreux mois avec le défenseur rwandais chez les Espoirs et en Réserve du RSCA. Aujourd'hui encore, je ne comprends toujours pas quelle mouche a bien pu piquer ce garçon pour avoir agi de la sorte. J'attends toujours ses excuses, au demeurant, car il ne s'est pas manifesté depuis. Pour moi, c'était un rêve qui s'écroulait. Je venais de goûter aux qualifications de la LC et je m'apprêtais à défier Lyon, le Celtic et le Bayern. Et voilà que tout s'écroulait. J'en ai pleuré de rage ". Ce n'était pas la première fois, depuis son arrivée au Parc Astrid que le médian serbe était freiné par une blessure. En délicatesse avec sa cheville, il avait déjà été écarté des terrains pendant quatre mois au changement de millénaire et, par la suite, il dut encore ronger son frein durant un laps de temps analogue suite à une vilaine déchirure au quadriceps. Sans le soutien de Jestrovic, son compagnon d'infortune, Lovre ne serait peut-être plus revenu au plus haut niveau. " A un moment donné, j'ai franchement broyé du noir ", se rappelle-t-il. " Je pensais que la poisse m'était collée aux basques à Anderlecht et je me demandais s'il ne valait pas mieux repartir de zéro ailleurs. Jestro, fort heureusement, m'en a dissuadé. Lui-même n'avait pas été épargné par la malchance depuis son arrivée au club en 2001 : fracture de la jambe, car et home-jacking et, pour couronner le tout, la même blessure que moi. A aucun moment, cependant, il ne s'est lamenté sur son sort. Au contraire, il a toujours veillé à ce que je ne cède pas au découragement en prêchant le bon exemple. Je lui dois une fière chandelle. Non seulement, il m'a toujours soutenu moralement mais il a fait en sorte aussi que les meilleurs spécialistes soient aux petits soins pour moi. Pendant l'hiver 2003-2004, nous nous sommes par exemple rendus de concert à Belgrade. Là, dans les rangs de l'OFK local, son ancien club, il nous a confiés tous deux aux mains expertes de son ancien entraîneur physique Bane Novitovic. A notre retour, en janvier, nous étions complètement requinqués (il rit). Comme nous avions encouru nos blessures à une semaine d'intervalle à peine, il avait fait de notre rééducation une compétition en soi : c'était à celui qui se rétablissait au plus vite. Inutile de dire que cette émulation nous a stimulés. Personnellement, c'est avec un bon mois d'avance sur les prévisions les plus optimistes que j'avais finalement repris le collier au Club Bruges, en fin de saison. Mais Jestro m'avait néanmoins devancé de 15 jours en fêtant son retour à la maison, contre Lokeren. Il n'empêche que nous avions quand même brûlé les étapes. C'était l'essentiel ". En fin de campagne, les deux compères serbes retrouvèrent une place de titulaire à part entière dans l'équipe anderlechtoise pour les besoins des derniers matches contre Genk, le Cercle Bruges et La Louvière. L'exercice 2003-2004 n'en était pas terminé pour eux, pour autant, puisque Jestrovic participa à la Kirin Cup avec la Serbie et que son jeune compatriote fut appelé à disputer la finale du Championnat d'Europe des Espoirs en Allemagne. Dans une poule regroupant la Croatie, la Bélarus et l'Italie, les Serbes terminèrent en définitive vice-champions derrière les Azzurri. Une deuxième place qui leur valut un passe-droit pour les Jeux Olympiques. " Je me faisais un monde du rendez-vous athénien ", souligne Lovre. " Après une place de dauphin en Europe, avec les Espoirs, l'occasion était belle, pour moi, de terminer la saison en trombe. Hélas, les conditions n'étaient guère réunies pour briller là-bas. Contrairement à ce qui s'était passé du 27 mai au 8 juin, quand tous les joueurs furent libérés sans restriction par leur club respectif pour l'EURO, beaucoup furent interdits de football olympique sous prétexte que la campagne de préparation pour 2004-2005 battait déjà son plein... Je n'avais obtenu le feu vert de la direction anderlechtoise qu'à la condition expresse que je ne loupe qu'un seul match : le 14 août contre Saint-Trond. Par rapport au groupe devenu vice-champion d'Europe, il n'y avait pas moins de dix manquants dans nos rangs. Le coach, Vladimir Petrovic, ex-Standardman, était dépité. Quant à la plupart de mes partenaires, ils n'étaient guère motivés suite à la tournure des événements. Pour eux, les Jeux, c'était le Club Med, tout simplement. Dans ces conditions, le rendez-vous athénien a tourné en eau de boudin : une raclée 6-0 contre l'Argentine d'abord, puis un cuisant revers 5-1 face à l'Australie et, pour terminer, une nouvelle déconfiture devant la Tunisie : 3-2. Sans deux de nos meilleurs représentants, Nicola Mihajlovic et Danko Lazovic, renvoyés avant terme au vestiaire. Mais leur présence n'aurait peut-être pas changé grand-chose. Ce qui manquait chez nous, à tous les niveaux, c'était la motivation. Quel contraste, en tout cas, avec l'Argentine, victorieuse de l'épreuve. Là-bas, certains joueurs, qui avaient passé l'âge, s'étaient plu malgré tout à honorer l'épreuve de leur présence. Je songe à Gabriel Heintze, Javier Saviola voire Kily Gonzalez. Nous logions dans le même hôtel qu'eux en Crète et tandis que quelques-uns des nôtres se prélassaient à la piscine, l'Interiste faisait des pompages dans la salle de fitness du complexe. C'est une image que je n'oublierai jamais et qui en disait long sur l'esprit de ce garçon, âgé de 30 ans à ce moment-là. Quelques-uns de mes partenaires auraient dû en prendre de la graine ". De retour au Sporting, Goran Lovre pensait retrouver sa place. Mais au sein d'une formation qui battait le beurre, seul un statut de suppléant lui était réservé. Tout au long du premier tour, il aura dû se contenter de la portion congrue : sept petites montées au jeu à peine, agrémentées d'un but quand même face au Cercle Bruges. Un total un peu maigre pour qui s'éveillait à de nouvelles ambitions. Au point qu'au mercato, l'idée l'effleura d'aller voir ailleurs. " J'ai bel et bien eu des touches en Angleterre et en Allemagne ", raconte-t-il. " Mais au fond de moi-même, je tenais à rester. J'avais fait entrevoir de bonnes choses, autrefois. Mais sans pouvoir réellement confirmer à cause de ce stupide accident au genou. Jestro, encore lui, m'incita à mordre sur ma chique, convaincu que mon tour viendrait, comme il en est finalement allé pour lui. A présent, avec le recul, je me suis déjà souvent fait la réflexion que j'ai été bien inspiré en choisissant de rester. Depuis que Vercauteren a repris les commandes, le football me sourit à nouveau. Une seule fois, je n'ai pas fait partie des plans de bataille : contre le Standard. Mais c'était pour des motifs tactiques puisque le coach désirait se produire avec une défense à cinq. Pour le reste, je n'ai qu'à me féliciter puisque j'ai toujours fait partie du onze de base ". Un bonheur ne venant jamais seul, Goran Lovre a vu son contrat prolongé jusqu'en 2006. Sous peu, une nouvelle entrevue est prévue avec la direction afin d'y prévoir l'une ou l'autre saison supplémentaires. Il est vrai qu'à 23 ans fraîchement sonnés, le médian serbe a tout l'avenir devant lui et qu'il constitue une garantie dans un secteur où Pär Zetterberg et Yves Vanderhaeghe accusent une douzaine d'années de plus que lui. " Les dirigeants ne m'ont pas encore informé de leurs intentions mais je présume qu'ils veulent me garder ", remarque-t-il. " Vercauteren abonde dans ce sens et comme c'est avec lui que se conjuguera le futur du club, je suis confiant. J'ai le sentiment d'être à ma vraie place dans l'équipe aujourd'hui et, si cela ne tient qu'à moi, je veux bien repartir sur ces mêmes bases pendant six autres années. Tout ce que je demande, c'est d'être épargné pour de bon par les blessures. Elles m'ont déjà coûté plus d'un an de carrière. C'est amplement suffisant ". Bruno Govers" Je touche enfin au but : OCCUPER UN POSTE AXIAL au sein de la charnière médiane "