C'est notre troisième visite à Mönchengladbach en un peu plus d'un an. Une fois encore, le trafic et l'agitation qui règnent dans le stade et aux alentours nous frappent. Il est situé en dehors de la ville, coincé entre une base militaire et une autoroute. Précédemment, il faisait un froid de canard, l'équipe ne tournait pas et c'était surprenant. Maintenant, en pleines vacances de Pâques, les terrains d'entraînement du Borussia sont envahis par des meutes de stagiaires. Pourtant, le merchandising ne marche pas comme ailleurs en Allemagne. A moins que ces jeunes footballeurs ne soient pas de vrais supporters : nous n'en voyons qu'un seul arborer le maillot officiel du club. Il porte le numéro 9 de Wesley Sonck. Il jongle avec le ballon en attendant que son camarade ait fini son coca. Quand Kasey Keller, le gardien américain, promène son chien après le lunch, le gamin ne le regarde même pas. Pourtant, l'homme va bientôt disputer son quatrième Mondial d'affilée.
...

C'est notre troisième visite à Mönchengladbach en un peu plus d'un an. Une fois encore, le trafic et l'agitation qui règnent dans le stade et aux alentours nous frappent. Il est situé en dehors de la ville, coincé entre une base militaire et une autoroute. Précédemment, il faisait un froid de canard, l'équipe ne tournait pas et c'était surprenant. Maintenant, en pleines vacances de Pâques, les terrains d'entraînement du Borussia sont envahis par des meutes de stagiaires. Pourtant, le merchandising ne marche pas comme ailleurs en Allemagne. A moins que ces jeunes footballeurs ne soient pas de vrais supporters : nous n'en voyons qu'un seul arborer le maillot officiel du club. Il porte le numéro 9 de Wesley Sonck. Il jongle avec le ballon en attendant que son camarade ait fini son coca. Quand Kasey Keller, le gardien américain, promène son chien après le lunch, le gamin ne le regarde même pas. Pourtant, l'homme va bientôt disputer son quatrième Mondial d'affilée. En nous attendant, Wesley plaisante avec le personnel, interpelle Keller en anglais et fait la conversation en français à Jeff Strasser, le Luxembourgeois. En août, Sonck aura 28 ans. Il a atteint un bon niveau pendant quatre ou cinq matches puis a sombré, contre Mayence et Stuttgart, comme toute l'équipe. Depuis, il a dû se contenter de quelques remplacements. " Ce contrecoup était prévisible car j'ai cravaché pour revenir pendant quatre mois. Mon kiné gantois me l'avait dit : j'allais être en pleine forme puis je calerais ". Une préparation complète lui fera du bien car l'année dernière, une fracture des côtes pendant une joute amicale contre le PSV et la crainte d'une rechute à l'aine l'ont freiné : " Cette blessure m'a longtemps trotté dans la tête. Je ne cessais de me demander si elle n'allait pas revenir. J'espère rester intact jusque fin mai pour avoir mes premières vacances en deux ans puis y aller à fond . Mes problèmes ont commencé à l'Ajax. J'ai été idiot de continuer à jouer. L'inflammation s'est aggravée. Les infiltrations ne font que reporter l'opération. Si je m'étais rendu tout de suite à Louvain, j'aurais été guéri en quatre mois alors que j'ai souffert pendant un an. Trop de joueurs retardent l'échéance à la fin de la saison mais alors, ils ne reviennent qu'en septembre et ratent la préparation. Bernd Thijs a eu raison de se faire opérer du genou en avril. Mieux vaut se faire opérer le plus vite possible ". Les Belges - hormis Thijs, il y a aussi Filip Daems - jouent peu. Sonck soupire : " C'est incompréhensible. Il y a quelques années, je serais devenu dingue... Ce n'est pas marrant. Le club était tout content de nous transférer l'année dernière mais le manager et l'entraîneur ont changé au bout de trois mois. Nous sommes repartis à zéro, même à moins que zéro car nous n'étions pas connus en Allemagne ". N'est-ce pas usuel dans un grand championnat ? Sonck : " Le noyau est étoffé. En théorie, nous devrions être titulaires tous les trois car nous apportons un plus mais l'entraîneur est d'un autre avis. Il a ses propres conceptions. Hélas, l'équipe ne tourne pas aussi bien qu'il le veut. On nous complimente souvent mais ensuite, on nous renvoie sur le banc. Je viens d'encaisser le contrecoup de mes efforts mais je n'évoluais quand même pas en dessous de mon niveau. Pourtant, ce n'était pas suffisant à ses yeux ". Quelles sont les explications de Horst Köppel ? Sonck : " Je n'ai rien entendu depuis quatre semaines. Que dois-je lui demander ? Pourquoi je ne joue pas ? Il trouve que je ne défends pas assez. Je crois que je ne joue pas pour une autre raison que je garderai pour moi, vous comprenez ? " Parce que les deux hommes se sont accrochés dans le match contre Schalke 04 ? " Non, ce n'était pas ça. C'était un malentendu. J'étais fâché de n'avoir pas pu entamer le match après des mois d'efforts. Je suis entré à un quart d'heure de la fin et au coup de sifflet final, j'ai foncé droit dans le vestiaire. Le coach, à dix mètres de là, m'a appelé mais je ne l'ai pas entendu. La presse en a fait tout un foin. A la télé, on voit qu'il est un peu plus loin, sur le terrain. Il m'a dit qu'il n'était pas content mais moi non plus. La presse belge est gentille, en comparaison ! Bild trouve une controverse quotidienne à propos de l'un ou l'autre joueur ". Le Borussia a failli accrocher le peloton européen. N'est-ce pas la raison de la déception du club et son amertume à l'égard de ses attaquants ? " Nous avons été bons défensivement mais nous avons apporté trop peu offensivement, à la construction. Nous ne méritons pas le Top 6, soyons francs ". Oliver Neuville est le meilleur buteur maison avec neuf goals. Sonck : " Il joue tout le temps ! " Logique : il est international allemand, il a un nom, il a largement fait ses preuves... " J'en avais un en Belgique aussi mais quand on ne preste pas, normalement, on vole. A l'Ajax, ZlatanIbrahimovicet Van der Vaart étaient sur le banc. Personne n'est assez important pour être toujours aligné, vice-capitaine ou pas. Ceux qui assistent à nos matches savent ce que je veux dire. Neuville a des qualités mais a des bons et des moins bons moments, comme tout le monde. Peut-être a-t-il fait son temps et est-ce la raison de son départ de Leverkusen. Quand nous avons joué ensemble, ce n'était pas mal mais ce n'était pas comme avec Ibrahimovic ou Moumouni Dagano. Lui n'était pas malin mais costaud et il écoutait. Ibrahimovic était un fou génial. Je courais trois fois sans qu'il me passe le ballon puis je ne bougeais plus et il me le cédait. Conclusion : il fallait donc monter sans cesse, avec ou sans ballon. Neuville est plus petit que moi, ne sait pas jouer de la tête. Les longs ballons sont donc pour moi, ce qui n'est pas mon truc, même si je m'en tire ". Bref, ils ne sont pas complémentaires. Sonck : " C'est vrai, nous sommes tous deux petits alors que le football moderne requiert au moins un attaquant de grande taille. Nous rejouons dans une sorte de 4-3-3 mais n'avons pas d'ailiers aptes à pratiquer ce système. Une tactique de ce genre implique aussi la possession du ballon, qui nous fait défaut. Seules les meilleures équipes du monde, dotées d'un bon bagage technique, peuvent jouer ainsi ". Après un an et demi en Allemagne, Sonck juge : " Je n'ai pas encore vu de vrai foot de haut niveau. C'est toujours se battre, courir. Kampfen, laufen. Sauf Brême et le Bayern qui font circuler le ballon. Nous sommes trop courts partout. On peut compenser ces manquements par l'engagement en première mi-temps puis on est cuits ". Au fond, s'amuse-t-il ? " Ce n'est pas comme l'Ajax ni Genk avec Sef Vergoosen. Là, j'ai vu des matches où la joie de jouer rayonnait sur tous les visages, même ceux des Réserves. Vergoossen était un entraîneur et un homme fantastique ". Le championnat allemand est plus grand, la pression et les enjeux y sont plus élevés. Sonck : " Je sais mais regardez Barcelone. Ils s'amusent tous, entraîneur et joueurs. Pouvoir développer un football pareil doit être chouette, évidemment, mais je pense qu'à tous les niveaux, il faut qu'on travaille en groupe, à l'entraînement, tout en s'amusant. Les résultats sont capitaux mais on peut quand même garder le sourire, non ? " On vient de citer Steven Defour à l'Ajax et l'éventuel retour de Sonck à Genk : " Je ne pense pas entrer en ligne de compte pour ce poste. Je ne peux que donner un conseil à Steven. Tom Soetaers le lui aura déjà dit : l'Ajax est impitoyable. Maintenant, il joue tout le temps. Ce ne sera pas le cas à l'Ajax. Je serais idiot de lui conseiller de rester à Genk pour progresser car il y parviendra encore mieux à Amsterdam, mais ne pas être dans l'équipe vous ronge. La première année, je trouvais tout fantastique car j'ai beaucoup joué, mais la saison suivante, on m'a annoncé que je devais jouer sur le flanc et que je ne resterais pas dans l'équipe si je n'y étais pas assez bon. Franc, mais impitoyable. Steven est bon au niveau belge mais là, il ne jouera pas constamment. Il est encore trop flashy pour ça. Il doit donc se poser deux questions : en a-t-il la volonté et si oui, que s'imagine-t-il ? Comment réagira- t-il s'il ne joue pas ? Il ne peut pas se fixer sur l'aspect financier, surtout à 18 ans. Le championnat néerlandais n'est certainement pas meilleur. L'élite oui mais pas le reste ". Et lui-même ? Sonck : " J'ai encore deux ans de contrat ici mais je suis dans l'incertitude. L'entraîneur reste-t-il ou pas ? Je n'ai pas envie de revenir trop vite en Belgique, car la différence est importante, financièrement et sportivement. En Allemagne, nous ne sommes que 'Gladbach mais en Belgique, nous jouerions le titre ". PETER T'KINT, ENVOYÉ SPÉCIAL À MÖNCHENGLADBACH