Les premières années

Ce n'est pas un hasard si c'est à Las Vegas qu'est né, voici 36 ans, Andre Kirk Agassi. Son père, Mike, naturalisé arménien après avoir représenté l'Iran en boxe aux Jeux Olympiques de 1952, tentait de nouer les deux bouts en donnant des cours de tennis dans les grands hôtels du temple du jeu. Il entraîna ainsi rapidement son rejeton sur les différents courts des environs. On s'aperçut rapidement que le gamin avait une très bonne coordination £il/main et, lors d'une démonstration de Jimmy Connors, il fut repéré par quelqu'un de la Nick Bolletieri Tennis Academy. Le Kid de Las Vegas devint ainsi la figure de proue de la fameuse école de tennis et, à 16 ans, il effectuait ses débuts à l'US Open. Il signait également un contrat de 25.000 dollars (20.000 euros) avec Nike, qui l'obligea à porter le short en jeans que John McEnroe avait refusé.
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Ce n'est pas un hasard si c'est à Las Vegas qu'est né, voici 36 ans, Andre Kirk Agassi. Son père, Mike, naturalisé arménien après avoir représenté l'Iran en boxe aux Jeux Olympiques de 1952, tentait de nouer les deux bouts en donnant des cours de tennis dans les grands hôtels du temple du jeu. Il entraîna ainsi rapidement son rejeton sur les différents courts des environs. On s'aperçut rapidement que le gamin avait une très bonne coordination £il/main et, lors d'une démonstration de Jimmy Connors, il fut repéré par quelqu'un de la Nick Bolletieri Tennis Academy. Le Kid de Las Vegas devint ainsi la figure de proue de la fameuse école de tennis et, à 16 ans, il effectuait ses débuts à l'US Open. Il signait également un contrat de 25.000 dollars (20.000 euros) avec Nike, qui l'obligea à porter le short en jeans que John McEnroe avait refusé. Le succès fut incroyable ! Ses vêtements et son bandeau fluo ainsi que sa coiffure eurent un impact formidable sur les foules. Le showman jouait parfois au-dessus de son niveau - à ses débuts, Ivan Lendl affirmait qu'il n'avait qu'un coup droit et une coiffure spéciale - mais une étoile était née. Agassi avait un succès fou. Des entreprises payaient des sommes record afin de pouvoir s'associer à l'image du tennisman rebelle. Le slogan lancé par Canon ( Image is Everything) allait ainsi longtemps poursuivre Agassi. Derrière l'équipement flashy et certaines déclarations bien senties se cachait pourtant un joueur très talentueux qui, avec un tennis compact et basé sur un timing parfait, allait ouvrir une nouvelle voie. Jusque-là, Agassi faisait plus parler de lui en dehors des courts - pendant trois ans, il refusa de participer à Wimbledon en raison de règles vestimentaires trop strictes à son goût - que par ses résultats. Curieusement, c'est à Londres que se produisit son éclosion définitive. En 1992, en finale du plus prestigieux des tournois sur herbe, il battait Goran Ivanisevic en finale, remportant son premier tournoi du Grand Chelem. Auparavant, il avait échoué en finale à Roland Garros (deux fois) et à l'US Open. Le monde était désormais à ses pieds. Après avoir encore inscrit l'US Open et l'Open d'Australie à son palmarès alors qu'il avait à peine 20 ans, Agassi n'avait plus ni dieu, ni maître. Au propre comme au figuré. Il se mit à sortir et à fréquenter le monde du showbiz. Ses romances avec Barbara Streisand et Brooke Shields firent la Une des journaux et son tennis en pâtit. Hormis une médaille d'or aux Jeux Olympiques d'Atlanta (1996), sous les yeux de son père, il ne gagna plus grand-chose. Fin 1997, il n'était plus que 122e au classement ATP et se montrait incapable de remporter un petit tournoi Challenger à Las Vegas. " Là, je me suis dit que je devais changer radicalement d'attitude ou arrêter de jouer ", explique-t-il lorsqu'il est interrogé à ce sujet. " Je me suis dit que j'allais me donner une dernière chance et je me suis mis à ne plus jouer que pour moi-même ". Avec l'aide de son préparateur physique, Gil Reyes, et de son nouveau coach, Brad Gilbert, il se mit à la recherche de son passé. Lentement, il se mit à mûrir. Avant, on ne le remarquait qu'au nombre de gardes du corps dont il était entouré ou de boîtes de pizzas qui traînaient devant sa chambre d'hôtel. Désormais, il devint un exemple pour ses collègues, abandonnant ses attitudes de stars pour chercher le contact humain, confraternel. Il se mit à réfléchir avant de parler et son aura sur le circuit ne fit que grandir. Grâce à la nouvelle éthique de travail instaurée par Gilbert et Reyes, il se mit également à progresser sur les courts. En 1999, il remporta ainsi pour la première fois Roland Garros. En battant Andrei Medvedev en cinq sets, il devint le cinquième joueur de l'histoire à inscrire les quatre tournois du Grand Chelem à son palmarès. C'est également à cette époque qu'il allait rencontrer sa future épouse, Steffi Graf, une autre icône du sport. L'éternel ado était enfin devenu un homme. Entouré d'un groupe restreint d'amis ( Perry Rogers, son manager, est un copain d'enfance), Agassi vit le nombre de ses fans augmenter de plus en plus. L'Américain combinait parfaitement l'amour du sport, la soif de résultats et le respect envers son public. Il aura ainsi tenu trois décennies et affronté trois générations d'adversaires qui tous l'admiraient et le craignaient. De John McEnroe et Jimmy Connors à Roger Federer et Rafael Nadal en passant par Pete Sampras et Jim Courier. En 2002, il affronta Sampras pour la dernière fois. Pistol Pete fit ses adieux sur une victoire à l'US Open. En 34 confrontations, c'était la 20e fois qu'il battait Agassi. Celui-ci se consola en épousant Steffi Graf en octobre de la même année. La vie en dehors des courts a également marqué la carrière d'Agassi, devenu une icône des £uvres de bienfaisance. En 1993, avec Rogers, il lança l' Andre Agassi Charitable Foundation. Celle-ci organise chaque année le Grandslam for Children qui, jusqu'ici, a rapporté 60 millions de dollars (47 millions d'euros). Avec cet argent, il a construit en 1997 l' Andre Agassi Boys & Girls Club, un centre sportif et social situé dans un des quartiers les plus pauvres de Las Vegas. Quatre ans plus tard, toujours dans sa ville natale, il a inauguré l' Andre Agassi College Preparatory Academy, une école que fréquentent plus de 2.000 enfants défavorisés. Agassi est le sportif le plus généreux de la planète. Evidemment, le couple Agassi-Graf, qui a amassé plus de 40 millions de dollars de prize-money tout au long de sa carrière, n'a aucun souci à se faire pour l'avenir de ses enfants. Mais le fait qu'après 18 ans de collaboration, la figure de proue de Nike ait refusé de prolonger son contrat pour s'engager avec Adidas en dit long. La marque aux trois bandes lui a en effet promis de sponsoriser ses £uvres de bienfaisance. Lorsque Agassi rangera sa raquette, la semaine prochaine, le tennis perdra un monument. Un type plus influent que Pete Sampras, plus apprécié par les supporters et par les collègues que John McEnroe, et plus endurant que la plupart des autres tennismen de haut niveau. Agassi aura disputé 60 tournois du Grand Chelem. Il en a gagné huit. Il a disputé 90 finales, dont 60 gagnées, et a fait partie du Top 10 mondial pendant trois décennies. A 33 ans, il fut le plus vieux numéro 1 mondial de l'ère professionnelle. Sur le papier, c'est déjà impressionnant mais dans les faits, c'est tout bonnement incroyable. Son dos, usé, a précipité la fin de carrière du champion américain. Au cours des deux dernières années, il a souvent dû avoir recours à des piqûres de cortisone. A l'US Open, ses fans espèrent qu'il franchira quelques tours. Personne n'ose rêver d'un happy end comme celui de Sampras. Le vieux guerrier a déjà demandé à la fédération américaine de ne pas prévoir trop de cérémonies d'adieu en son honneur. A 36 ans, il la joue modeste. Il veut consacrer plus de temps à Steffi, à son fils Jaden Gil (4 ans et demi) et à sa fille Jaz Elle (2 ans et demi). Il veut également soutenir davantage encore ses £uvres de bienfaisance et a déjà fait savoir qu'il se voyait bien dans un rôle de conseiller de l'ensemble du tennis mondial (ATP, WTA et ITF). Ce serait la meilleure chose qui puisse arriver au tennis. Pendant 20 ans, Agassi fut successivement vilipendé puis idolâtré mais un seul mot résume sa carrière : respect ! FILIP DEWULF