Les Rouches sont montés dans les tours face à Arsenal et sont passés à deux doigts d'un grand exploit après avoir rapidement mené 2-0. Jova a assumé un grand rôle et son retrait sur blessure au genou en deuxième mi-temps a facilité le retour des Anglais qui sont rentrés chez Big Ben avec la victoire (3-2). Bisou espérait mieux mais reste réaliste...
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Les Rouches sont montés dans les tours face à Arsenal et sont passés à deux doigts d'un grand exploit après avoir rapidement mené 2-0. Jova a assumé un grand rôle et son retrait sur blessure au genou en deuxième mi-temps a facilité le retour des Anglais qui sont rentrés chez Big Ben avec la victoire (3-2). Bisou espérait mieux mais reste réaliste... Milan Jovanovic : Le coach avait parfaitement planté le décor. Face à une équipe pratiquant un des plus beaux jeux d'Europe, il importait que chacun offre 120 % de tout ce qu'il a en lui : concentration, volonté, vitesse, respect des directives tactiques, etc. La contre-attaque devait être notre grand atout par rapport à la maîtrise technique anglaise. A 2-0 et un début de rêve, c'était encore plus vrai. Cette mise à feu ne m'a pas étonné car je sais depuis des années que tout peut arriver sur un terrain. Laszlo Bölöni avait désigné trois joueurs pour tirer les penaltys : Dieumerci Mbokani, Axel Witsel et moi. C'était à nous de nous arranger sur le terrain en tenant compte de nos sensations. Moi, je m'étais dit : - Si je force un coup de réparation, je le botte. Même après cela, Arsenal n'a jamais cédé le contrôle du jeu . Quand une équipe monopolise le cuir, son adversaire court et dépense beaucoup d'énergie. A la longue, la moindre erreur se paye cash. C'est ce qui s'est produit, hélas pour nous... Non, jamais. Je souligne tout de suite que ce secteur a bien fait son travail. Eliaquim Mangala a répondu à l'attente et ira loin. Avec Onyewu, les Anglais ne seraient cependant jamais passés via les airs et les coups francs car il balayait tout. Les Londoniens ont fait circuler le ballon alors que nous l'avons porté dans des efforts beaucoup plus individuels. La performance du Standard a été intéressante mais elle l'aurait été encore plus, et je songe même au succès, si nous avions eu un joueur d'expérience capable de garder le ballon, de calmer le jeu, de gagner du temps quand il y a le feu, d'annuler ce contre qui nous fit tant de mal en fin de première mi-temps, etc. Son absence a forcément été ressentie. C'est un très grand travailleur. Son savoir-faire nous manquera durant trois mois. Il ne faut pas oublier non plus que le Standard a perdu des joueurs importants en un an : Marouane Fellaini, Dante, Onyewu. Avec eux, Arsenal ne serait pas revenu. Le Standard a comblé les espaces libérés dans l'effectif mais n'a pas acquis de joueurs qui, comme eux, étaient prêts pour la Ligues des Champions. Je suis impressionné par Eliaquim Mangala (gros engagement, bon boulot défensif, simplicité) et Mehdi Carcela (technicien de haut vol) mais ces jeunes ont besoin de temps pour apprendre tous les secrets de leur métier. Ceux qui sont partis connaissaient déjà tout cela. Cela dit, si Arsenal n'avait pas réduit la marque en fin de première mi-temps, nous aurions gardé un avantage psychologique très important. Après le repos, nous avons été contraints de reculer. Le résultat ne me convient pas mais il n'y a aucune honte a finalement être battu, et de cette façon, face à un tel adversaire : je suis optimiste pour la suite. L'effectif " étudie " la Ligue des Champions et sait déjà qu'il doit encore grandir pour y forger un résultat. Je n'ai pas d'explication précise mais dans une courbe de résultats, il y a forcément des creux. Ces trois dernières années, le Standard a remporté deux titres, deux Supercoupes, disputé une finale de Coupe de Belgique, s'est révélé sur la scène européenne, etc. Il faut parfois retrouver son souffle et une telle moisson motive encore plus nos adversaires. Le début du championnat new look a eu un impact aussi : tout le monde sait que la saison sera longue et, inconsciemment, nous n'avons pas tout de suite accéléré à fond. Je savais bien sûr que le Standard ne pouvait pas rester sixième. Non, ça... c'est du folklore. Je ne veux pas perdre d'énergie à parler des autres. Je dois gérer mes responsabilités et mes ambitions, c'est déjà suffisant. Cette saison, je veux le titre, le plus de buts possibles, une bonne campagne européenne et le Soulier d'Or. Je suis ici, je ne suis finalement pas parti alors que j'avais besoin d'un autre défi. Ce n'est pas grave : les supporters savent que je donnerai tout par respect pour eux, le Standard, le football et moi-même. J'ai mes valeurs elles ne m'autorisent pas à tricher. Je joue comme je suis. Personne ne m'obligera jamais à faire ce que je n'ai pas envie de faire sur un terrain. Et je ne serai jamais l'instrument d'une situation. J'aime trop le football pour déroger à mes principes. Hélas, oui. A la place de Jérôme Nzolo, qui était dans une situation très difficile, j'aurais arrêté le match après ce qui s'est passé entre Marcin Wasilewski et Axel Witsel. Il aurait dû le faire et poser un geste inhabituel mais très fort. On ne peut plus continuer comme cela. C'est l'escalade de la folie. En Belgique, on ne protège pas assez les beaux joueurs. Moi, je sanctionnerais sévèrement la moindre faute. J'ai pris part à Serbie-France. Tous les acteurs de ce match étaient rapides, agressifs, forts, techniques, décidés, conscients de l'importance du match : personne n'a blessé un adversaire. Les fautes étaient légères. C'est une autre culture de jeu où on respecte le talent et les footballeurs. Ce n'est plus trop le cas en Belgique et cela peut expliquer la descente aux enfers du football belge. La raréfaction du talent ouvre peut-être la porte à la brutalité. A Anderlecht, ce n'était plus un match de football. J'ai observé les joueurs de deux camps après la carte rouge infligée à Axel : ils voulaient presque tous en découdre. The ultimate fight. Allez, on y va. On va où ? C'était effrayant, encore plus que lors des tests matches qui avaient déjà franchi les bornes. L'atmosphère qui régnait dans les tribunes et sur les bancs n'était pas adéquate. C'était nul et dangereux... Je ne sais pas : le climat général, le système. Je ne lis pas, je n'écoute pas ou je ne regarde pas trop les médias, c'est peut-être ma chance, mais j'ai vu et deviné que cela clochait. Certains sont influencés par cette ambiance globale où la ferveur devient de la haine. Moi, en tout cas, on ne peut que me motiver de façon positive. Il n'était plus question de rivalité normale. C'était la destruction. En sport, il ne suffit pas de respecter ses jambes et sa carrière : il faut aussi estimer son adversaire. La carrière, la vie et l'avenir d'un joueur sont plus importants que trois points ou un titre. Même si mon opposant direct joue brutalement, salement ou crapuleusement, je ne veux pas être celui qui lui rend la monnaie de sa pièce. Je ne m'abaisse pas à cela. J'ai aussi été agressé. Souvent même. Je n'ai jamais cherché une forme de revanche. Je n'ai jamais blessé personne. Les arbitres sont là pour intervenir et juger les situations. Pourquoi ? Si on commençait par protéger les joueurs et à punir sévèrement les agresseurs, ce serait déjà pas mal. Doit-il y avoir de la concurrence entre deux équipes sur un terrain ? Oui. Le football est-il un sport d'hommes ? Oui. Y a-t-il des contacts et parfois des accidents ? Oui. Mais on ne peut pas tolérer un tel climat. Et ce que j'affirme n'est pas une forme de mollesse. Non, il faut même être fort pour le dire. C'était indigne du football. Notre sport est difficile. Il génère du bonheur mais aussi nervosité et frustration. Il faut mettre des frontières et contrôler ces facteurs. Il faut réfléchir et agir pour que le match retour soit une fête. Je ne suis pas naïf : si le football belge ne surmonte pas cette difficulté, je crains vraiment pour son avenir. On ne peut pas progresser sur un tas de ruines. Je ne suis pas un philosophe. Je ne suis que Milan Jovanovic, un joueur. Je ne peux rien changer. Mais je peux donner mon avis. Il y avait moyen de disputer ce match sans en arriver là. Je ne sais pas si Anderlecht est jaloux du Standard et a jeté de l'huile sur le feu avant le Clasico. Cela ne m'intéresse pas parce que rien ne peut altérer ma façon de voir et de vivre le football. J'assume tout ce que j'ai dit après ce match. Je n'ai accusé personne. Je me suis soucié de l'image du football belge. Quand je suis à l'étranger, je suis un des rares ambassadeurs de la D1. J'apprécie mon vécu et mes succès ici. Je devine qu'on m'estime à Liège et partout en Belgique. Je suis ravi d'avoir aidé le Standard à retrouver son aura. Lors de Serbie-France, à côte de mon nom, il y avait celui de mon club : Standard de Liège. J'en suis fier et je veux qu'il en soit toujours ainsi, mais j'étais gêné quand on m'a parlé d'Anderlecht-Standard. Quand un club belge joue en Coupe d'Europe, je le supporte. Si les représentants de la D1 s'y distinguent, la valeur sportive et financière de tous ses joueurs augmente. J'ai dit à Witsel ce que j'aurais dit à n'importe qui du Standard ou d'un autre club. C'était une scène intolérable. Soyons clairs : il n'a pas voulu briser la jambe de Wasilewski. J'en reviens au décor du match : cette ambiance et toutes les tensions extérieures l'ont empêché de bien se contrôler. Tout le monde peut s'arrêter. Axel a été emporté par cette énergie négative qui s'est hélas répercutée sur les joueurs. Cela aurait même pu arriver à d'autres footballeurs des deux équipes. Je me suis demandé si ce match leur appartenait encore. C'était comme si d'autres intérêts jouaient à leur place. Je songe aux médias, au public, aux coaches, aux présidents, etc. Wasilewski souffre dans sa chair mais cette funeste soirée restera un boulet pour Axel. Même si c'est différent, lui aussi en souffre. Je suis encore très déçu par ce qui est arrivé. Je pense à Wasyl ou à Polak et j'ai de la peine pour Axel. Notre médian aura aussi besoin de temps et de compréhension pour surmonter ce traumatisme. Il est aussi en situation de choc. Je ne pense pas à ses huit matches de suspension en championnat. Cela passe vite. Le reste, l'oubli, la réflexion sur soi : cela prendra 100 fois plus de temps. Je suis sûr qu'il ne veut plus jamais revivre cela. A sa place, mais je ne sais pas si c'est possible, je rendrais au plus vite visite à Wasilewski. C'est le minimum. Si j'avais le temps, j'aimerais le rencontrer aussi. Je ne le connais pas, mais c'est un footballeur comme moi. Même si cela a pu étonner, je suis heureux d'avoir dit, ce soir-là, ce que je pensais. Je ne veux pas mentir : si je l'avais fait, en tournant autour du pot, je me serais trahi. J'aurais pu dorer la pilule ou cacher ce que je pensais. A ma façon, j'ai rendu service à Axel. Je ne sais pas s'il le mesure, mais il s'en rendra compte plus tard. Je suis honteux d'avoir pris part à une telle rencontre. Après Anderlecht-Standard, je suis parti une dizaine de jours en Serbie pour les besoins de l'équipe nationale. C'est ce qui pouvait m'arriver de mieux. La distance et le calme m'ont fait du bien. J'ai pu penser à autre chose. On verra maintenant qui a retenu quelque chose ou pas. Je me suis exprimé sur ma façon de vivre le football. Je le répète : je ne veux plus voir de telles scènes. A chacun de tirer ses conclusions. Je veux être champion pour la troisième fois et cela se fera en beauté. Je ne respecte pas que le Standard, je respecte tout le football belge. Je partirai en beauté à la fin de la saison. Je ne dirai plus pourquoi, tout le monde le sait. A 28 ans, je dois céder la place à des jeunes qui doivent affirmer et confirmer leur talent. J'ai d'autres objectifs : vivre dans un grand club et un top championnat, rentabiliser mon talent, prendre part au prochain Mondial, etc. Mais je reviendrai toujours avec plaisir ici : j'adore ce pays. Salopard ? Jamais entendu ce mot-là, je ne le connais pas. Si les joueurs l'ont lu cela peut en impressionner certains. Mais il faut voir le contexte. Du positif peut être transformé en négatif. Moi, si j'ai bien compris votre définition du mot salopard, je préfère avoir 11 gagneurs sur un terrain. Il faut lutter honnêtement et se dépasser. Salopard, c'est trop cru et je suis sûr que Bölöni avait le mot " fighter " en tête. C'est en tout cas un grand motivateur, un coach moderne, juste, précis dans ses analyses. par Pierre Bilic - Photos: Belga"N'Zolo aurait dû arrêter Anderlecht-Standard... "