E dwin van der Sar est parti comme il a joué, sur la pointe des pieds. Le discret omniprésent est resté froid et digne jusque dans ses adieux. Faut dire, l'évènement était fait pour célébrer un collectif. On le sait, ce ne fut pas le sien. Ce 18 mai sur le coup de 23 h, un temple salue un monument. Wembley offre un dernier tour de piste au clown triste qu'il semblait être. Une dernière finale pour un match de plus.
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E dwin van der Sar est parti comme il a joué, sur la pointe des pieds. Le discret omniprésent est resté froid et digne jusque dans ses adieux. Faut dire, l'évènement était fait pour célébrer un collectif. On le sait, ce ne fut pas le sien. Ce 18 mai sur le coup de 23 h, un temple salue un monument. Wembley offre un dernier tour de piste au clown triste qu'il semblait être. Une dernière finale pour un match de plus. A 40 ans et 211 jours, il est le plus vieux joueur à avoir disputé une apothéose de Champions League. Et il la perd exactement 16 ans après avoir gagné sa première. La folie qu'il n'avait pas dans le jeu, il l'a dans ses chiffres. 16 ans entre deux finales de la plus grande compétition de clubs au monde. 7.334 jours entre ses débuts en 1991 avec l'Ajax et ce fameux 18 mai. 20 ans de carrière, 820 matches, 1 but, 130 sélections néerlandaises. Il est avec Mark van Bommel le joueur hollandais avec le plus de titres de champion. Pas vraiment le même style ces deux-là mais la même efficacité. L'un casse les adversaires, l'autre brise leurs rêves de victoires. Huit couronnes donc, quatre avec l'Ajax, quatre avec Man U. Quatre finales de Ligues des Champions pour deux victoires. Celle de 2008 avec Man U porte sa signature à l'encre d'or. Goldfinger dans la nuit moscovite. Au bout du suspense, il faut la froideur du justicier ganté pour sortir le geste juste. Toute sa carrière résumée par ce qui est l'apothéose de son crépuscule. Van der Sar incarnait l'efficacité. Aucun geste inutile, superflu. On est là pour être bon et basta. On est là pour plonger les adversaires en dépression. Pour analyser le danger avant qu'il ne devienne dangereux. Il était l'intelligence tactique qui savait mettre des gants. Pas toujours très élégant Edwin, mais toujours ganté de blanc. Des gants blancs pour nettoyer la surface. Un vrai technicien de surface capable de prendre les poussières au ras du poteau comme en pleine lucarne. Voire sur les crânes qui se poussaient du col sur son territoire. Et ce à la hollandaise jusqu'au bout des doigts. Jamais une dépense de trop. Tout dans le placement. A long terme, très long terme. Voilà pour le joueur. L'homme est une énigme en forme de mante religieuse. Celui dont se servait mon pote Igor pour faire peur à son fils : " Némo, si tu ne manges pas tes légumes, tu vas devenir comme van der Sar ". Ce qui gênait mon pote c'était pas le physique fricadelle du géant hollandais mais bien la fadeur et la tristesse de son faciès. Pour lui, van der Sar était l'expression de la négation du plaisir que l'on devait avoir d'être footballeur pro. Et c'est vrai qu'on avait l'impression qu'en montant sur la pelouse, Edwin rentrait en enfer. Le paradis c'est l'enfer, parfois. Mais l'essentiel c'est que Némo mangeait ses légumes et que moi, 20 ans plus tard, j'ai pu dire à mon pote Igor qu'on s'était trompé tous les deux. Qu'on avait confondu constipation d'expression et concentration, placidité et efficacité. Tout ça grâce à une rencontre dans un ancien vélodrome où chantent les cigales. Drôle d'endroit pour une rencontre. Belle surprise pour une mise au point. Soir de février. Man U vient de partager à Marseille. 0-0 parfait avant le retour. Van der Sar accepte l'interview. Comme ça, sans raison, je commence en français : " Edwin, il parait que vous parlez très bien le français ! " Je n'en savais strictement rien et lui de me répondre gentiment... en français : " Non, je parle seulement un tout petit peu le français ". Réponse ponctuée par un rictus aussi sympathique qu'interrogatif quand à la santé mentale du mec qui lui tend le micro. Le rictus devient un sourire quand je lui demande alors s'il préfère l'anglais, l'italien ou le néerlandais. Finalement, on l'a faite en anglais mais peu importe, l'homme m'avait touché par sa simplicité et son humour. Van der Sar est super sympa et super cool. Je suis super content d'avoir découvert l'homme après avoir admiré le joueur. Longue vie à toi Papy Edwin. PAR FRÉDÉRIC WASEIGE" Footballeur professionnel, c'est ce que je fais. Pas ce que je suis. " Pat Nevin (ex-international écossais) Van der Sar est une énigme en forme de mante religieuse.