C'est l'histoire d'un retour très surprenant, sur lequel les avis divergent. Ainsi, Dietmar Hamann, ex-international devenu analyste pour une chaîne payante, qualifie la décision de Mario Götze de " voie la plus facile ". Pour les observateurs, ce retour à Dortmund après trois ans au Bayern constitue un pas en arrière. Il passe du meilleur club allemand au deuxième meilleur. Götze a échoué à Munich, pour diverses raisons, et pas toutes de sa faute.
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C'est l'histoire d'un retour très surprenant, sur lequel les avis divergent. Ainsi, Dietmar Hamann, ex-international devenu analyste pour une chaîne payante, qualifie la décision de Mario Götze de " voie la plus facile ". Pour les observateurs, ce retour à Dortmund après trois ans au Bayern constitue un pas en arrière. Il passe du meilleur club allemand au deuxième meilleur. Götze a échoué à Munich, pour diverses raisons, et pas toutes de sa faute. L'histoire de Götze ne s'écrit pas en noir et blanc, pas plus qu'elle n'est achevée. Il a twitté : " Reset. " Retour aux sources. Un nouveau départ. C'est ce qu'il espère. " Il doit retrouver le plaisir de jouer et la confiance ", a déclaré Franck Ribéry, l'international français du Bayern. S'il peut y parvenir, c'est bien au Borussia Dortmund. Pour ce faire, il doit d'abord retrouver sa place dans une équipe renouvelée car Dortmund n'est plus le même que quand il l'a quitté, au printemps 2013. Il en est conscient, puisqu'il en a parlé sur la page Facebook du Borussia. Son transfert au Bayern aura constitué un recul. Pas étonnant quand on saura qu'il n'était que le 2e choix de l'entraîneur, Pep Guardiola. De New York, où il observait une année sabbatique avant de s'atteler à la tâche chez les Bavarois, le Catalan avait transmis à son futur employeur une liste de ses joueurs favoris. En tête de liste figurait le nom de Neymar. Le Brésilien n'était toutefois pas la tasse de thé des dirigeants bavarois et ceux-ci avaient convaincu Guardiola de miser sur Götze. Ce qu'il fit, quelque peu contraint et forcé. Au moment de signer pour le Bayern, le clan Götze n'était pas au courant des préférences du Pep. Se serait-il ravisé pour autant, la question reste en suspens. Car, à l'époque, Mario était considéré comme un des footballeurs les plus convoités du monde. Jürgen Klopp lui avait fait découvrir la Bundesliga à 17 ans, cinq mois et 18 jours. Les débuts de Götze n'avaient duré que deux minutes mais ils annonçaient une ascension fulgurante. Un an plus tard, il enfilait le maillot de l'équipe nationale allemande. Nike prolongeait son contrat de dix ans, offrant au joueur 15 millions d'euros, soit une somme similaire à celle que perçoivent des stars comme Wayne Rooney. Le public raffolait du joueur, habile des deux pieds, explosif et débordant d'assurance sur le terrain. La presse ne tarissait pas d'éloges : le Brésilien blanc, le prodige, le talent du millénaire. Dortmund avait tout mis en oeuvre pour protéger sa perle et avait interdit les interviews. De son côté, sa famille veillait au grain. Le père Götze est professeur d'université en informatique, il est rationnel. Il a veillé à préserver son fils de la folie ambiante. Les exemples de grands talents qui ne parviennent pas à répondre aux attentes suscitées faute d'avoir gardé les pieds sur terre ne manquent pas. De ce point de vue, ça s'annonçait bien chez les Götze : un milieu d'enseignants de la classe moyenne, des gens pour lesquels le luxe ne constitue pas le but suprême. A Dortmund, Mario allait au self-service italien du coin alors qu'il était déjà millionnaire et qu'il aurait pu se permettre un établissement étoilé. Comme le contrat de Götze à Dortmund comportait une clause de départ, il ne se passait pas une semaine, durant sa troisième saison, sans qu'on le cite dans l'un ou l'autre grand club. Mais le père était là pour l'empêcher de se prendre la tête. " Pour Mario, l'essentiel est de pouvoir jouer ", déclarait Jürgen Götze. " Celui qui rejoint un grand club est confronté à une certaine hiérarchie et ne peut savoir ce qui va arriver. " Puis le Bayern s'est manifesté, le Bayern qui venait d'enrôler le meilleur entraîneur du monde pour la saison suivante. La famille Götze a pesé et soupesé les avantages et les inconvénients d'un transfert. La hiérarchie du Bayern ne semblait pas manquer de transparence. Mario ne demandait qu'à jouer pour Pep Guardiola et ainsi faire avancer sa carrière. Peut-être était-il trop jeune. A cet âge, il n'est pas rare que des débuts rapides soient suivis d'un coup d'arrêt. Il préférait malgré tout quitter Dortmund, où il était moins sous les feux de la rampe. Peu avant la demi-finale de Ligue des Champions du Borussia contre le Real, on annonçait que Götze allait quitter Dortmund pour Munich. Du coup, le joueur a été confronté sur-le-champ à la haine la plus pure, sur internet comme dans le stade. On l'a traité de traître, on l'a hué et même menacé. La police a dû l'escorter à l'entraînement et il a engagé une firme privée pour surveiller sa maison. Sur le plan émotionnel, ses dernières semaines à Dortmund ont été un enfer. Un footballeur de vingt ans n'a pas les reins assez solides pour pareil traitement. D'un côté, il était content de découvrir le Bayern en juin, de l'autre, ses débuts n'allaient pas se dérouler sous une bonne étoile. " J'étais un nouveau, blessé, dans un club qui venait de réussir le triplé. Je vivais à l'hôtel. L'entraîneur était nouveau. Et, et, et... Ça en faisait sans doute trop d'un coup ", a-t-il commenté deux ans plus tard. Puis il y a eu l'affaire du mauvais maillot. Juste avant la présentation de l'équipe, un collaborateur de son sponsor habillement lui avait mis en mains un maillot orné du logo de Nike, qu'il avait enfilé avant de rencontrer la presse. Sans réfléchir, comme il l'a avoué par la suite. Las, le sponsor maillot du Bayern, Adidas, n'a pas apprécié et le club a infligé une amende à Götze. Quand il a enfin été prêt, la lutte pour une place de titulaire s'est avérée plus ardue que prévu. A Dortmund, Götze bénéficiait de plus d'espaces près du rectangle adverse. Suite à sa domination, le Bayern se heurtait souvent à une défense renforcée et Götze ne trouvait pas de parade. Sa blessure l'avait empêché de se couler dans l'équipe et il trouvait difficilement ses coéquipiers. En plus, le système de Guardiola n'offrait pas directement de place à un numéro dix, son poste de prédilection. Götze devait souvent se déporter sur le flanc. Il n'a jamais émargé au cercle des favoris de Guardiola et ce manque de reconnaissance l'a freiné. Ajoutez-y quelques blessures, plus ou moins graves, qui l'ont chaque fois obligé à se battre pour revenir. D'aucuns affirment qu'ils ne l'a pas fait de tout son coeur, ce que dément Guardiola : " Il vit 24 heures sur 24 pour le football ", a expliqué l'ancien entraîneur du Bayern. " Mais nous avions sept attaquants. Ce n'était pas facile pour moi ni pour Mario. " Un autre aspect a été difficile : les contacts avec le public. La presse ne travaille pas à Munich comme à Dortmund. Götze a été étiqueté arrogant parce qu'il refusait souvent de rester dans la mixed zone après un match. Mais c'est dans son caractère, c'est une manière de se protéger. " J'ai commis pas mal d'erreurs mais j'ai aussi dû supporter des choses qu'on a délibérément mal interprétées. " Il n'a jamais séduit les supporters bavarois. Götze a réalisé que le Bayern attendait beaucoup de lui, vu son transfert à 37 millions, et qu'il attendait plus de lui que ce dont il était capable à ce moment. Une fois, Karl-Heinz Rummenigge a même parlé des chiffres de vente décevants du maillot numéro 19. Puis il y a eu la Coupe du Monde 2014, avec la finale de Rio de Janeiro et le but victorieux de Götze contre l'Argentine, but qui a fait de lui un héros en Allemagne. Du coup, sa deuxième saison au Bayern semblait s'annoncer sous de meilleurs auspices. Il allait être en confiance, après Rio. Du moins tout Munich l'espérait-il. Le début a été bon, avant une nouvelle blessure. Les responsables du Bayern ont pris la défense de leur joueur, du moins vis-à-vis du monde extérieur. En interne, ils étaient en proie au doute, à la fin de cette deuxième saison. Götze allait-il s'imposer au Bayern ? Franz Beckenbauer a déclaré : " On dirait un jeune qui a perdu un duel et reste les bras ballants. " Pour le Kaiser, il était temps " qu'il devienne enfin adulte. " A Munich, Götze n'était qu'une vedette parmi d'autres, un pion interchangeable. Il ne s'en est jamais plaint mais ça a eu un impact sur ses prestations. Entre-temps, Götze s'était établi à Munich. Son amie Ann-Kathrin Brömmel s'y plaisait mieux que dans la Ruhr. Götze occupait une maison chic au centre de Munich, avec ses frères Fabian et Felix, qui évoluent dans l'équipe de Regionalliga du Bayern. Ses parents aussi avaient déménagé dans le sud de l'Allemagne. Lui-même s'entendait bien avec ses coéquipiers mais ses véritables amis vivaient à Dortmund. Comme Marco Reus. Dans l'intervalle, Götze a revu ses relations publiques. Il s'est fait plus ouvert, plus bavard, tout en restant réservé. Il préfère les réseaux sociaux aux contacts directs. Il a plus de dix millions de likes sur Facebook et trois millions de suiveurs sur Twitter. Il poste des selfies et utilise ses comptes comme espaces de promotion. Durant sa troisième saison au Bayern, il a confié que ses deux premières années avaient été un " processus de maturation ". C'est très humain. S'il peut finalement se reprocher quelque chose, c'est de n'avoir pas tenté avec tout son acharnement de montrer au club et à l'entraîneur ce dont il était capable. De leur côté, Guardiola et surtout le Bayern doivent se demander pourquoi ils n'ont pas su offrir à ce footballeur si talentueux la chaleur et le sentiment de sécurité dont il avait tant besoin ni pourquoi ils n'ont pas réussi à le défaire de son flegme. Götze, qui s'est séparé du manager Volker Struth pour confier la défense de ses intérêts à son père, a soigneusement préparé ses adieux au Bayern. Au printemps, un entretien téléphonique avec le nouvel entraîneur, Carlo Ancelotti, l'a fait comprendre qu'il avait tout intérêt à aller voir ailleurs. Pourtant, il a affirmé à un moment donné qu'il préférerait rester au Bayern. Probablement pour pouvoir se concentrer sur l'EURO en tout sérénité et augmenter ses possibilités de transfert par une bonne prestation. Le tournoi a été décevant. Une performance médiocre au premier tour lui a fait perdre sa place. Il était donc temps d'effectuer un reset, de prendre un nouveau départ. Là où tout avait commencé. PAR ELISABETH SCHAMMERL À MÜNCHEN - PHOTOS BELGAIMAGEIl n'a jamais émargé au cercle des favoris de Guardiola et ce manque de reconnaissance l'a freiné.