La commission des licences de l'Union Belge avait à peine donné son feu vert que Mouscron s'est précipité sur le marché des transferts. Preuve qu'en coulisses, on n'avait pas arrêté de travailler et d'y croire malgré les tuiles qui s'étaient amoncelées sur l'Excel ces derniers temps.
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La commission des licences de l'Union Belge avait à peine donné son feu vert que Mouscron s'est précipité sur le marché des transferts. Preuve qu'en coulisses, on n'avait pas arrêté de travailler et d'y croire malgré les tuiles qui s'étaient amoncelées sur l'Excel ces derniers temps. Et même s'il n'est pas facile de jeter sa canne d'une petite embarcation quand les gros chalutiers ont déjà écumé les fonds marins, la pêche n'a pas été mauvaise. Avec Mathieu Assou-Ekotto, les Hurlus ont pris un poisson de bonne taille, en tout cas bien plus grand que celui qu'ils avaient rejeté à l'eau il y a six ans, à l'époque de HugoBroos. Car on a peut-être oublié qu'avant d'être révélé par La Louvière, d'éclater au Standard et de partir tenter sa chance aux Pays-Bas, le Franco-Camerounais avait déjà porté le maillot de l'Excel. " C'était l'époque de Broos, et je n'ai jamais reçu ma chance. C'est vrai qu'à l'époque, il y avait Steve Dugardein, Yves Vanderhaeghe, Tonci Martic et Stéphane Tanghe dans l'entrejeu mais, même lorsque ce fut l'hécatombe, on ne m'a pas donné l'occasion de me montrer. C'était difficile à vivre et j'ai préféré ne pas prolonger l'expérience. Pourtant cela ne m'a jamais empêché de conserver de bons souvenirs de l'aspect familial de Mouscron. La preuve en est que, l'an dernier déjà, avant de partir à Willem II, j'avais parlé d'un retour avec Gil Vandenbroucke. Si c'était plus informel qu'autre chose, le contact était établi. Et cette fois, j'ai pu me libérer alors que Mouscron cherchait quelqu'un pour étoffer son milieu de terrain ". Le choix, il l'avoue, n'a pas été aussi simple. Mons, et surtout le Brussels, étaient également sur les rangs. " Au Brussels, il y avait l'entraîneur qui m'a appris le plus au cours de ma carrière : AlbertCartier. Je dois dire que, pour ce qui est des coaches, j'en ai connu plus de merdiques que de bons. Cartier, lui, a l'art de tirer le maximum de son groupe. J'en veux pour preuve qu'à La Louvière, alors que tout le monde nous donnait descendants, nous avons terminé le premier tour à la quatrième place. Au moment de faire le choix, l'argent n'a joué aucun rôle. C'était une question d'émotions. J'avais le choix entre un homme et un club. J'ai opté pour le club. Parce qu'à Mouscron, je retrouvais non seulement un staff technique et médical inchangé mais aussi quelques figures connues comme Dugardein, Olivier Besengez, Alex Teklak, Geoffrey Toyes et même Kevin Hatchi, que j'avais côtoyé à Grenoble. Je n'ai jamais de problème pour m'adapter et cette fois, cela devrait être encore plus facile ". En six ans, évidemment, les ambitions de Mouscron ont bien changé. On ne parle plus d'Europe, plutôt de maintien. Voire de survie car, au niveau financier, même si le club s'est offert un ballon d'oxygène, les choses ne sont pas réjouissantes. " Je connaissais bien entendu le problème mais c'est donnant-donnant ", avoue Assou-Ekotto. " Ils me donnent leur confiance sur le plan sportif, je la leur rends au niveau financier ". Gil Vandenbroucke a annoncé qu'il comptait sur son nouveau joueur pour apporter plus de profondeur au jeu mais, jusqu'ici, il n'a encore guère été question de consignes tactiques entre les deux hommes. " Les gens qui m'ont fait venir connaissent mon style de jeu, mes qualités et mes défauts ", signale- t-il. " Je pense qu'à 28 ans, outre un peu plus de concurrence au milieu de terrain, je peux apporter une certaine expérience. J'ai constaté au Cercle Bruges qu'il nous manquait trop d'ingrédients pour gagner ce genre de matches. Lorsque nous menions, nous n'avons pas suffisamment fait circuler le ballon. Et puis, cela manquait vraiment trop de combativité. Quand on joue pour le maintien, il faut sortir les crocs ". Cette expérience à laquelle il fait référence, Mathieu Assou-Ekotto l'a forgée au cours d'une carrière qui l'a mené dans huit clubs différents en dix ans (Lens, Créteil, Valenciennes, Grenoble, La Louvière, Standard et Willem II). N'est-il pas difficile, pour celui qui fut tout de même un véritable espoir et a souvent fait preuve de qualités, de véritablement exploser dans ces conditions ? N'a-t-il pas des regrets lorsqu'il voit que des footballeurs comme Manaseh Ishiaku ou Michael Klukowski, qui n'ont sans doute pas plus de talent que lui, évoluent aujourd'hui dans un grand club belge. " Je suis très heureux pour eux, tout comme pour mes copains de Lens qui jouent aujourd'hui en PremierLeague. Je ne vis pas ma vie en fonction des autres ", assure-t-il. " J'ai une famille à nourrir et je suis plutôt quelqu'un d'actif que de passif... Je pense être stable mentalement. Je ne me suis jamais fait de plan de carrière. En quelques années, je suis passé de la D3 ou de la D4 française à un grand club belge. Cela m'a apporté une certaine fierté, de la reconnaissance. Je n'ai jamais douté de mes capacités. J'aurais pu rester plus longtemps à La Louvière mais le président a souhaité récupérer son investissement, ce qui est compréhensible. Et au Standard, j'ai préféré partir qu'attendre le c... sur le banc que mes concurrents tombent malades. Pareil à Willem II, que j'ai finalement quitté pour une question de rapports humains. J'affirme ceci sans amertume, c'est simplement la relation de la façon dont j'ai vécu les choses. Ce sont les événements qui ont fait en sorte que j'ai souvent changé de club ces dernières années au moment du Nouvel An. J'ai pris les choses comme elles venaient, en tentant de remonter la pente. Pour moi, chaque mois de janvier est un peu comme une rentrée des classes : je vais chercher mes nouvelles chaussures, mon nouveau costume... Je ne fais pas partie des meubles, je dois prouver, gagner ma place. Il y a une certaine émulation. Maintenant, je me propose de me fixer quelque part, d'avoir un projet sportif à un peu plus long terme. C'est pour cela que j'ai signé pour deux ans et demi. Il y a déjà des journalistes qui m'ont demandé si, 30 mois, ce n'était pas.... un peu long. Ils ne sont jamais contents. (il rit) ". C'est le moment de l'entretien où on aborde les dernières expériences du joueur. Des aventures qui ont bien commencé mais se sont mal terminées. Encore qu'à Willem II, par exemple, il a disputé 37 matches. Même cette saison, il a pratiquement tout joué alors que Dennis van Wijk hurlait à qui voulait l'entendre qu'il voulait un autre style de médian défensif. " A moi, van Wijk ne m'a jamais tenu ce discours ", dit-il d'emblée. " Mais c'est vrai qu'entre nous, ce n'était pas l'amour vache. Il est le genre de gars dont la langue va plus vite que le cerveau. Le facteur humain est la seule explication à notre séparation. Il n'y a rien de sportif là-dedans, sans quoi je n'aurais pas manqué trois matches seulement. En juillet, d'ailleurs, les dirigeants m'avaient dit qu'on se reverrait en novembre pour parler d'une prolongation de mon contrat. Puis van Wijk est arrivé. Il affirme lui-même qu'il préfère travailler avec des moutons un peu moins forts qu'avec de bons joueurs. Le problème, c'est qu'il n'est jamais arrivé à tirer le meilleur parti du groupe. Parce qu'avec une équipe comme celle-là, il devrait avoir plus de points. Ceux qui ont eu le courage de lui dire les choses en face ont eu des problèmes. Tristan Peersman est dans le même cas que moi alors qu'il a suffisamment de qualités pour être titulaire ". Assou-Ekotto n'est pas au courant de l'incident qui, en début de semaine dernière, opposa notre compatriote Kristof Imschoot au Hollandais Iwan Redan. En plein match, ce dernier décocha un coup de boule à son équipier. Avec, comme conséquence immédiate, une suspension par son club. " Cela ne m'étonne pas vraiment ", avance le transfuge de Mouscron. " Sans que cela soit aussi grave, les petits incidents s'étaient multipliés ces dernières semaines à Tilburg. On sent bien que les joueurs ne sont pas bien dans leur tête. Moi, je ne me voyais pas rester 18 mois de plus avec van Wijk. Parce que, quand je me mouille le maillot, c'est aussi pour le coach ". Assou-Ekotto ne regrette cependant pas d'avoir quitté le Standard, il y a juste un an, pour tenter l'aventure hollandaise. " J'y ai appris des choses différentes, au niveau tactique surtout, car on y joue beaucoup l'individuelle ", explique-t-il. " De toute façon, à Sclessin, mon avenir était manifestement bouché. Si nous perdions, c'était toujours la faute d' Eric Deflandre, Jonathan Walasiak ou moi. Un jour, Dominique D'Onofrio m'a dit qu'il avait besoin de taille pour le combat aérien. Pour moi, le foot se joue aussi avec les pieds mais soit... Puis Siramana Dembele est arrivé. Quand je l'ai regardé, j'ai vu qu'il était encore plus petit que moi. Et je me suis dit que le Standard ne l'avait quand même pas fait venir pour jouer en Réserves. Alors, j'ai préféré partir. D'autant qu'il y avait eu un incident qui m'avait brûlé au niveau de l'équipe nationale du Cameroun. J'ai été présélectionné une fois. Le club a d'abord caché le fax de la fédération et j'ai dû aller demander s'ils avaient reçu quelque chose. Ils m'ont dit que je ne pouvais pas y aller car ils avaient besoin de moi à Liège. J'ai accepté mais j'aurais préféré qu'on joue franc jeu. En vertu des règlements internationaux, je n'ai donc pas pu jouer le week-end. Puis, le lundi, on m'a dit que je pouvais y aller. C'était vraiment jouer avec mes pieds. A cause de cela, ma chance est passée mais je suis déjà fier d'avoir été appelé une fois dans une des plus grandes sélections africaines ". Quand on lui demande si le fait que le Standard n'ait finalement pas été champion le surprend, il ne se prononce pas vraiment. Cela aurait pourtant fait une ligne de plus sur son palmarès. " Ah oui ? C'est vrai mais, pour tout vous dire, je n'avais même pas songé à cela. Je crois d'ailleurs que je ne l'aurais pas ajouté à mon CV car je n'avais joué que le premier tour et un championnat ne se résume pas à cela. De toute façon, malheureusement pour les supporters surtout, cela ne fut pas le cas. Parce que le Standard n'était quand même pas le seul club à avoir une belle équipe ". Si le Standard est le plus grand club dans lequel il ait évolué, il ne pense pas non plus que ce soit là qu'il a le plus appris. " Pas plus qu'en D3 à Valenciennes ", précise-t-il, toujours sans animosité. " Vous savez, on apprend aussi des choses dans les petits clubs. Au point de vue mental, surtout : quand vous parvenez à jouer contre des équipes de m... dans des stades de m..., vous êtes plus fort ". A Sclessin, il a conservé des contacts avec Deflandre, Karel Geraerts et, surtout, Oguchi Onyewu, dont on évoquait beaucoup le transfert à Marseille au moment de notre entretien. " A sa place, je n'irais pas. C'est un club compliqué. Il a toujours dit que le championnat anglais lui plaisait davantage : en fin de saison, il sera libre d'y aller ". PATRICE SINTZEN