Marc Degryse n'est pas un scientifique pur et dur qui n'envisage le ballon rond que par des données chiffrées. Si Anderlecht s'apprête à fêter un 34e titre de champion de Belgique, notre consultant continue à porter un regard critique sur l'évolution du club bruxellois et d'un football rarement à la hauteur. Explications.

René Weiler n'a jamais répondu à tes attentes. Et pourtant, après une belle campagne européenne, il s'apprête à réussir son pari en championnat, alors qu'on le pensait condamné à la mi-saison.

MARC DEGRYSE : Je me rappelle encore une interview de Herman Van Holsbeeck dans laquelle il disait que Weiler n'était pas suffisamment préparé à ce qui l'attendait en signant à Anderlecht. Et que les critiques, justifiées ou non, ça fait finalement partie de la grandeur de l'institution. Je me souviens aussi de cette sortie du coach, après la défaite à Waasland Beveren, où il avait déclaré que la tradition ne faisait pas marquer des buts...

Quand je l'ai interviewé en novembre, il avait été très dur vis-à-vis de son groupe. D'après lui, les joueurs mis à sa disposition n'étaient pas capables de réaliser le jeu souhaité. Le tournant a été la défaite à Zulte Waregem (3-2) du 20 novembre 2016 et cette déclaration de Sofiane Hanni qui reprochait le jeu trop défensif de l'équipe.

Par après, Weiler a écouté les Herman Van Holsbeeck et autres David Steegen, qui lui ont dit de moins communiquer, d'être moins cash dans ses déclarations et d'accepter que la tradition du club n'allait pas changer avec sa venue.

J'ai par contre l'impression qu'il est resté la même personne par rapport aux critiques : il ne les accepte toujours pas. Il a donné moins de conférences de presse, il est devenu bien plus consensuel, a multiplié les clichés. Je me demande s'il est vraiment bien dans sa peau. Car le regard de l'extérieur vis-à-vis d'Anderlecht ne va jamais changer. Et d'ailleurs, ça ne doit pas changer. Et ce n'est certainement pas lui qui va changer ça. Il doit accepter l'institution. Sinon, il ne trouvera jamais son bonheur au Sporting.

Quand tu évoluais comme joueur à Anderlecht, on avait le sentiment que tu aimais la pression, l'exigence qui entouraient ce club.

DEGRYSE : Oui. Je suis convaincu que ça fait partie du boulot dans un grand club. Et c'est parce que tu es le plus grand dans ton pays que les attentes sont les plus hautes et les critiques plus dures. C'est pour ça que je suis allé à Anderlecht. J'ai joué six ans à Bruges, six ans à Anderlecht et j'ai gagné un titre avec le Club et quatre avec le Sporting. À Bruges, si l'on perdait mais qu'on avait tout donné, ça n'était pas une catastrophe. À Anderlecht, ça l'était. Les supporters vous poussent à être ambitieux dans le jeu. Et c'est toujours le cas aujourd'hui. Et ça ne changera pas. Ou alors ce n'est plus Anderlecht. Mais pour Weiler, tout ça c'est nouveau. Et il n'y était pas préparé. Il était passé par la Suisse, la deuxième division allemande, il y avait beau avoir beaucoup de monde dans le stade, ça n'est pas la même pression. Mais malgré tout, il a su nettoyer le vestiaire, préparer l'équipe physiquement et même mentalement en fin de parcours.

Ajax vs Anderlecht

Tu as le sentiment que Weiler n'a pas l'état d'esprit pour coacher un club comme Anderlecht ?

DEGRYSE : Ça, on verra sur la distance. Il a une vraie personnalité et une opinion très claire sur le foot qu'il veut pratiquer ou la mentalité qu'il veut insuffler au vestiaire. Mais je ne sais pas si sur le long terme, le jeu pratiqué sera à la hauteur. Cette semaine, je me faisais la réflexion suivante : l'Ajax a gagné quatre titres avec Frank De Boer en six saisons et malgré ça, il a continuellement essuyé les critiques. Et maintenant avec Peter Bosz, l'Ajax joue le football que les supporters veulent voir, c'est-à-dire un foot offensif avec des jeunes du cru. L'Ajax n'a pas été champion et va peut-être perdre la finale de l'Europa League mais jamais les supporters n'ont été autant derrière leur équipe. Et ces deux clubs, Anderlecht et l'Ajax, sont très similaires au niveau de la tradition.

À l'inverse, on sent rarement le public heureux à Anderlecht...

DEGRYSE : Non. Et ce n'est pas seulement de la faute de Weiler car ça fait quatre ans que le spectacle n'est pas au rendez-vous. Ça fait bien trop longtemps et ça se ressent au niveau des abonnements. On verra dans le futur si Weiler peut évoluer vers un foot davantage en adéquation avec la tradition de ce club. Ou s'il continue à jouer comme actuellement. Je suis convaincu qu'à long terme, ça va poser des problèmes. On ne demande pas qu'il joue comme Barcelone ou que son équipe fasse le jeu face à Manchester United mais bien qu'elle soit dominante à domicile en Jupiler League. Et ça a trop rarement été le cas.

La philosophie de Weiler pourrait être résumée par " la fin justifie mes moyens ". Autrement dit, il n'y a que le résultat qui compte en football. La possession de balle, un jeu offensif, c'est finalement assez anecdotique pour lui.

DEGRYSE : Quand je l'avais rencontré, il m'avait parlé du match à Rostov (2-2) qui était pour lui la seule rencontre où il avait exercé un pressing haut avec des joueurs comme Sylla ou Defour. Par après, il m'expliquait que le seul joueur de l'effectif capable de presser l'adversaire était Teodorczyk. Je pense d'ailleurs que le transfert de Trebel va dans le sens du foot qu'il prône, au même titre qu'un joueur comme Chipciu.

Stanciu est, jusqu'ici, le gros échec de la campagne des transferts du club. Peut-il un jour s'imposer à Anderlecht ?

DEGRYSE : J'ai des doutes, même s'il a d'indiscutables qualités en possession de balle. Elles m'avaient particulièrement frappé lors de son premier match face à Charleroi. Mais, apparemment, c'est mentalement que c'est plus compliqué pour lui, et ça c'est difficile à prévoir. En Roumanie, il était considéré comme un Dieu alors qu'aujourd'hui il doit faire face à la concurrence, aux critiques, au prix de son transfert.

Le vestiaire en main

Où vois-tu la patte René Weiler dans le système actuel ?

DEGRYSE : C'est une équipe où les joueurs se battent l'un pour l'autre, où les éléments problématiques ont été mis de côté, où les titulaires tout comme les réservistes ont prouvé qu'ils veulent jouer pour leur coach. Le parcours qu'ils ont réalisé en Europa League en est la preuve : Weiler a le vestiaire en main.

Comment expliques-tu que la prestation très convaincante, à domicile, face à Bruges n'a jamais pu être rééditée ?

DEGRYSE : C'est vrai que ce match fut une exception. Et il faut aussi se rappeler que Bruges était nulle part ce jour-là. Mais que ce soit face à Gand, Charleroi ou Zulte Waregem, ça n'a jamais été brillant. La rencontre face aux Buffalos est révélatrice : ce jour-là, les Anderlechtois auraient pu reléguer leur adversaire du jour à 9 points et ils se sont contentés d'un pauvre 0-0. Et ça, j'ai du mal à le à comprendre. En déplacement, par contre, ils ont été à la hauteur. Ils ont gagné des rencontres grâce à leur mentalité et à une solide défense : 3 buts encaissés en 8 matches, c'est très peu. Le penalty arrêté par Boeckx à Ostende est aussi un tournant.

Est-ce qu'Anderlecht dispose du meilleur noyau de Belgique ?

DEGRYSE : J'ai dit à la fin du mercato d'été qu'Anderlecht disposait d'une équipe pour être champion. Le club a investi beaucoup d'argent même s'il y a eu les départs de Praet, Okaka et Defour. En revanche, si demain le duo Tielemans-Dendoncker devait s'en aller, là ça sera très compliqué à remplacer. Car les statistiques de Tielemans sont impressionnantes cette saison, alors que Dendoncker a pris une place énorme dans l'entrejeu : son moteur s'est développé, tout comme sa personnalité. Et si vous ajoutez le départ probable de Kara, ça fait beaucoup de boulot pour la direction afin de proposer une équipe compétitive dans quelques mois.

En début de saison, Weiler a décidé de faire le tri. Notamment au niveau des jeunes, en excluant plusieurs d'entre eux. C'était une bonne décision ?

DEGRYSE : Le choix d'Anderlecht d'investir dans les jeunes fut une réussite ces dix dernières années et ça doit rester une priorité. Je pars du principe que si un jeune du cru atteint le même niveau qu'un joueur " étranger ", il doit toujours avoir la priorité. Le club n'a pas investi dans Neerpede pour faire marche arrière sur la question. Et c'est au club aussi à faire comprendre cette réalité à Weiler. Si demain le Suisse se mettait à dicter la politique du club, je ne pense pas que ce serait une bonne idée car ça reste quand même un " passant ". Anderlecht a choisi Weiler pour devenir champion et le choix est gagnant. Mais jouer un foot attractif en y impliquant des jeunes, surtout si Dendoncker et Tielemans ne sont plus là, ça sera une mission compliquée pour le Suisse.

Tielemans sur les traces de De Bruyne

Youri Tielemans s'apprête à rejoindre Monaco. Est-ce que c'est le bon club au bon moment ?

DEGRYSE : Je pense qu'il est prêt pour ce défi. Il a grandi et acquis de l'expérience pendant quatre saisons. Qu'aurait-il encore à gagner en jouant des rencontres à Lokeren, Saint-Trond ou Courtrai, même s'il n'a que 20 ans ? On ne peut pas empêcher un joueur pareil de goûter à un championnat plus relevé. On l'a vu avec Praet, le club l'a gardé une saison de trop et ça n'a pas marché. Le plus important, que ce soit pour Tielemans ou Dendoncker, c'est de jouer l'an prochain. Dendoncker a le style de jeu pour évoluer dans des championnats physiques comme l'Angleterre ou l'Allemagne, il est déjà prêt pour ce type de bataille, il l'a prouvé contre Manchester United. Que ce soit Tielemans ou Dendoncker, ils sont plus aptes à réussir qu'un Defour, qui depuis cinq saisons connaît des blessures, ou qu'un Praet, qui ne m'a jamais donné l'impression de vouloir se défoncer pour son métier. Aujourd'hui, en Italie, il se rend compte que le foot est un boulot à temps plein et que si on veut s'imposer, il faut être pro à 100 %. Dendoncker et Tielemans ressemblent davantage à Romelu Lukaku au niveau de la mentalité, ils ont cette même envie de toujours vouloir progresser, de travailler leurs points négatifs. Tu dois avoir cet état d'esprit si tu veux t'imposer à l'étranger.

Tielemans peut-il devenir un très grand joueur ?

DEGRYSE : Oui. Je le compare d'ailleurs à Kevin De Bruyne. Ils ont tous les deux une frappe exceptionnelle des deux pieds, ils ont cette même vista et sont capables d'évoluer à plusieurs positions. La seule chose que Tielemans doit encore améliorer, et c'est ce que De Bruyne a su faire en Bundesliga, c'est acquérir un plus gros moteur. Mais je suis convaincu que ça va venir avec le temps et qu'il arrivera au top du foot européen.

Avec ce titre de champion qui ne devrait pas leur échapper, Weiler ne risque-t-il pas d'opter pour une équipe plus puissante, plus physique, une formation qui correspond à ce vers quoi il tend ?

DEGRYSE : Il doit quand même trouver des artistes, à l'image de Hanni, qui lui est vraiment un joueur labellisé Anderlecht. Des joueurs comme Acheampong, qui est plus un athlète qu'un artiste, ou Chipciu pourraient très bien correspondre au style de Bruges. C'est indispensable dans une équipe d'avoir 2 ou 3 artistes qui peuvent faire la différence, surtout à Anderlecht.

We are Anderlecht

Cette vision n'est-elle pas trop nostalgique ? Les pro-Weiler vont avancer un foot moderne qui amène des résultats.

DEGRYSE : J'ai la sensation que les dirigeants se contentent aussi des résultats mais ils oublient alors tout ce qui fait l'ADN du club. Le " we are Anderlecht ", ça doit vouloir dire quelque chose. Sinon, ce club risque de ne plus être cité en exemple pour son jeu, sa philosophie. Et quand je parle d'évolution, je parle aussi des infrastructures, du stade. Le club doit aussi évoluer sur ce point. Je ne peux pas imaginer que dans cinq ans, il y ait un nouveau stade à Bruges, à Anvers et qu'Anderlecht soit toujours en train de moderniser son stade. Ce serait totalement incompréhensible. On voit quand même que les nouveaux stades amènent de nouveaux supporters et offrent de nouveaux horizons d'un point de vue financier. Quand je pense que sur les 30 dernières années, Gand a été la seule équipe belge à construire un nouveau stade, le restant étant du rafistolage, c'est quand même inquiétant.

par Thomas Bricmont - photos Belgaimage - Christophe Ketels

" J'ai le sentiment que les dirigeants se contentent aussi des résultats mais ils oublient alors tout ce qui fait l'ADN du club. " marc degryse

" Weiler doit accepter l'institution. Sinon, il ne trouvera jamais son bonheur à Anderlecht. " marc degryse

" Weiler est resté la même personne par rapport aux critiques. Il ne les accepte toujours pas. " marc degryse

Marc Degryse n'est pas un scientifique pur et dur qui n'envisage le ballon rond que par des données chiffrées. Si Anderlecht s'apprête à fêter un 34e titre de champion de Belgique, notre consultant continue à porter un regard critique sur l'évolution du club bruxellois et d'un football rarement à la hauteur. Explications. MARC DEGRYSE : Je me rappelle encore une interview de Herman Van Holsbeeck dans laquelle il disait que Weiler n'était pas suffisamment préparé à ce qui l'attendait en signant à Anderlecht. Et que les critiques, justifiées ou non, ça fait finalement partie de la grandeur de l'institution. Je me souviens aussi de cette sortie du coach, après la défaite à Waasland Beveren, où il avait déclaré que la tradition ne faisait pas marquer des buts... Quand je l'ai interviewé en novembre, il avait été très dur vis-à-vis de son groupe. D'après lui, les joueurs mis à sa disposition n'étaient pas capables de réaliser le jeu souhaité. Le tournant a été la défaite à Zulte Waregem (3-2) du 20 novembre 2016 et cette déclaration de Sofiane Hanni qui reprochait le jeu trop défensif de l'équipe. Par après, Weiler a écouté les Herman Van Holsbeeck et autres David Steegen, qui lui ont dit de moins communiquer, d'être moins cash dans ses déclarations et d'accepter que la tradition du club n'allait pas changer avec sa venue. J'ai par contre l'impression qu'il est resté la même personne par rapport aux critiques : il ne les accepte toujours pas. Il a donné moins de conférences de presse, il est devenu bien plus consensuel, a multiplié les clichés. Je me demande s'il est vraiment bien dans sa peau. Car le regard de l'extérieur vis-à-vis d'Anderlecht ne va jamais changer. Et d'ailleurs, ça ne doit pas changer. Et ce n'est certainement pas lui qui va changer ça. Il doit accepter l'institution. Sinon, il ne trouvera jamais son bonheur au Sporting. DEGRYSE : Oui. Je suis convaincu que ça fait partie du boulot dans un grand club. Et c'est parce que tu es le plus grand dans ton pays que les attentes sont les plus hautes et les critiques plus dures. C'est pour ça que je suis allé à Anderlecht. J'ai joué six ans à Bruges, six ans à Anderlecht et j'ai gagné un titre avec le Club et quatre avec le Sporting. À Bruges, si l'on perdait mais qu'on avait tout donné, ça n'était pas une catastrophe. À Anderlecht, ça l'était. Les supporters vous poussent à être ambitieux dans le jeu. Et c'est toujours le cas aujourd'hui. Et ça ne changera pas. Ou alors ce n'est plus Anderlecht. Mais pour Weiler, tout ça c'est nouveau. Et il n'y était pas préparé. Il était passé par la Suisse, la deuxième division allemande, il y avait beau avoir beaucoup de monde dans le stade, ça n'est pas la même pression. Mais malgré tout, il a su nettoyer le vestiaire, préparer l'équipe physiquement et même mentalement en fin de parcours. DEGRYSE : Ça, on verra sur la distance. Il a une vraie personnalité et une opinion très claire sur le foot qu'il veut pratiquer ou la mentalité qu'il veut insuffler au vestiaire. Mais je ne sais pas si sur le long terme, le jeu pratiqué sera à la hauteur. Cette semaine, je me faisais la réflexion suivante : l'Ajax a gagné quatre titres avec Frank De Boer en six saisons et malgré ça, il a continuellement essuyé les critiques. Et maintenant avec Peter Bosz, l'Ajax joue le football que les supporters veulent voir, c'est-à-dire un foot offensif avec des jeunes du cru. L'Ajax n'a pas été champion et va peut-être perdre la finale de l'Europa League mais jamais les supporters n'ont été autant derrière leur équipe. Et ces deux clubs, Anderlecht et l'Ajax, sont très similaires au niveau de la tradition. DEGRYSE : Non. Et ce n'est pas seulement de la faute de Weiler car ça fait quatre ans que le spectacle n'est pas au rendez-vous. Ça fait bien trop longtemps et ça se ressent au niveau des abonnements. On verra dans le futur si Weiler peut évoluer vers un foot davantage en adéquation avec la tradition de ce club. Ou s'il continue à jouer comme actuellement. Je suis convaincu qu'à long terme, ça va poser des problèmes. On ne demande pas qu'il joue comme Barcelone ou que son équipe fasse le jeu face à Manchester United mais bien qu'elle soit dominante à domicile en Jupiler League. Et ça a trop rarement été le cas. DEGRYSE : Quand je l'avais rencontré, il m'avait parlé du match à Rostov (2-2) qui était pour lui la seule rencontre où il avait exercé un pressing haut avec des joueurs comme Sylla ou Defour. Par après, il m'expliquait que le seul joueur de l'effectif capable de presser l'adversaire était Teodorczyk. Je pense d'ailleurs que le transfert de Trebel va dans le sens du foot qu'il prône, au même titre qu'un joueur comme Chipciu. DEGRYSE : J'ai des doutes, même s'il a d'indiscutables qualités en possession de balle. Elles m'avaient particulièrement frappé lors de son premier match face à Charleroi. Mais, apparemment, c'est mentalement que c'est plus compliqué pour lui, et ça c'est difficile à prévoir. En Roumanie, il était considéré comme un Dieu alors qu'aujourd'hui il doit faire face à la concurrence, aux critiques, au prix de son transfert. DEGRYSE : C'est une équipe où les joueurs se battent l'un pour l'autre, où les éléments problématiques ont été mis de côté, où les titulaires tout comme les réservistes ont prouvé qu'ils veulent jouer pour leur coach. Le parcours qu'ils ont réalisé en Europa League en est la preuve : Weiler a le vestiaire en main. DEGRYSE : C'est vrai que ce match fut une exception. Et il faut aussi se rappeler que Bruges était nulle part ce jour-là. Mais que ce soit face à Gand, Charleroi ou Zulte Waregem, ça n'a jamais été brillant. La rencontre face aux Buffalos est révélatrice : ce jour-là, les Anderlechtois auraient pu reléguer leur adversaire du jour à 9 points et ils se sont contentés d'un pauvre 0-0. Et ça, j'ai du mal à le à comprendre. En déplacement, par contre, ils ont été à la hauteur. Ils ont gagné des rencontres grâce à leur mentalité et à une solide défense : 3 buts encaissés en 8 matches, c'est très peu. Le penalty arrêté par Boeckx à Ostende est aussi un tournant. DEGRYSE : J'ai dit à la fin du mercato d'été qu'Anderlecht disposait d'une équipe pour être champion. Le club a investi beaucoup d'argent même s'il y a eu les départs de Praet, Okaka et Defour. En revanche, si demain le duo Tielemans-Dendoncker devait s'en aller, là ça sera très compliqué à remplacer. Car les statistiques de Tielemans sont impressionnantes cette saison, alors que Dendoncker a pris une place énorme dans l'entrejeu : son moteur s'est développé, tout comme sa personnalité. Et si vous ajoutez le départ probable de Kara, ça fait beaucoup de boulot pour la direction afin de proposer une équipe compétitive dans quelques mois. DEGRYSE : Le choix d'Anderlecht d'investir dans les jeunes fut une réussite ces dix dernières années et ça doit rester une priorité. Je pars du principe que si un jeune du cru atteint le même niveau qu'un joueur " étranger ", il doit toujours avoir la priorité. Le club n'a pas investi dans Neerpede pour faire marche arrière sur la question. Et c'est au club aussi à faire comprendre cette réalité à Weiler. Si demain le Suisse se mettait à dicter la politique du club, je ne pense pas que ce serait une bonne idée car ça reste quand même un " passant ". Anderlecht a choisi Weiler pour devenir champion et le choix est gagnant. Mais jouer un foot attractif en y impliquant des jeunes, surtout si Dendoncker et Tielemans ne sont plus là, ça sera une mission compliquée pour le Suisse. DEGRYSE : Je pense qu'il est prêt pour ce défi. Il a grandi et acquis de l'expérience pendant quatre saisons. Qu'aurait-il encore à gagner en jouant des rencontres à Lokeren, Saint-Trond ou Courtrai, même s'il n'a que 20 ans ? On ne peut pas empêcher un joueur pareil de goûter à un championnat plus relevé. On l'a vu avec Praet, le club l'a gardé une saison de trop et ça n'a pas marché. Le plus important, que ce soit pour Tielemans ou Dendoncker, c'est de jouer l'an prochain. Dendoncker a le style de jeu pour évoluer dans des championnats physiques comme l'Angleterre ou l'Allemagne, il est déjà prêt pour ce type de bataille, il l'a prouvé contre Manchester United. Que ce soit Tielemans ou Dendoncker, ils sont plus aptes à réussir qu'un Defour, qui depuis cinq saisons connaît des blessures, ou qu'un Praet, qui ne m'a jamais donné l'impression de vouloir se défoncer pour son métier. Aujourd'hui, en Italie, il se rend compte que le foot est un boulot à temps plein et que si on veut s'imposer, il faut être pro à 100 %. Dendoncker et Tielemans ressemblent davantage à Romelu Lukaku au niveau de la mentalité, ils ont cette même envie de toujours vouloir progresser, de travailler leurs points négatifs. Tu dois avoir cet état d'esprit si tu veux t'imposer à l'étranger. DEGRYSE : Oui. Je le compare d'ailleurs à Kevin De Bruyne. Ils ont tous les deux une frappe exceptionnelle des deux pieds, ils ont cette même vista et sont capables d'évoluer à plusieurs positions. La seule chose que Tielemans doit encore améliorer, et c'est ce que De Bruyne a su faire en Bundesliga, c'est acquérir un plus gros moteur. Mais je suis convaincu que ça va venir avec le temps et qu'il arrivera au top du foot européen. DEGRYSE : Il doit quand même trouver des artistes, à l'image de Hanni, qui lui est vraiment un joueur labellisé Anderlecht. Des joueurs comme Acheampong, qui est plus un athlète qu'un artiste, ou Chipciu pourraient très bien correspondre au style de Bruges. C'est indispensable dans une équipe d'avoir 2 ou 3 artistes qui peuvent faire la différence, surtout à Anderlecht. DEGRYSE : J'ai la sensation que les dirigeants se contentent aussi des résultats mais ils oublient alors tout ce qui fait l'ADN du club. Le " we are Anderlecht ", ça doit vouloir dire quelque chose. Sinon, ce club risque de ne plus être cité en exemple pour son jeu, sa philosophie. Et quand je parle d'évolution, je parle aussi des infrastructures, du stade. Le club doit aussi évoluer sur ce point. Je ne peux pas imaginer que dans cinq ans, il y ait un nouveau stade à Bruges, à Anvers et qu'Anderlecht soit toujours en train de moderniser son stade. Ce serait totalement incompréhensible. On voit quand même que les nouveaux stades amènent de nouveaux supporters et offrent de nouveaux horizons d'un point de vue financier. Quand je pense que sur les 30 dernières années, Gand a été la seule équipe belge à construire un nouveau stade, le restant étant du rafistolage, c'est quand même inquiétant. par Thomas Bricmont - photos Belgaimage - Christophe Ketels" J'ai le sentiment que les dirigeants se contentent aussi des résultats mais ils oublient alors tout ce qui fait l'ADN du club. " marc degryse " Weiler doit accepter l'institution. Sinon, il ne trouvera jamais son bonheur à Anderlecht. " marc degryse " Weiler est resté la même personne par rapport aux critiques. Il ne les accepte toujours pas. " marc degryse