Ole-Martin Aarst quitte lui aussi le vestiaire, quelques minutes plus tard. Il vient de passer entre les mains des médecins qui ont vérifié l'évolution de sa blessure. Le Norvégien ne retrouvera les terrains d'entraînement que dans quelques mois. Aujourd'hui, il marche toujours comme un canard. Sous son jeans se cache encore une imposante attelle qui enveloppe le bas de sa jambe gauche.
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Ole-Martin Aarst quitte lui aussi le vestiaire, quelques minutes plus tard. Il vient de passer entre les mains des médecins qui ont vérifié l'évolution de sa blessure. Le Norvégien ne retrouvera les terrains d'entraînement que dans quelques mois. Aujourd'hui, il marche toujours comme un canard. Sous son jeans se cache encore une imposante attelle qui enveloppe le bas de sa jambe gauche. "La première étape consiste à retrouver une marche normale", lâche-t-il. "Je suis encore loin du compte".Victime d'une fracture du tibia le 19 décembre, lors du match à domicile contre Lommel, Aarst est rentré de Norvège il y a dix jours. Il s'y est ressourcé pendant un mois et demi, dont deux semaines dans une obscurité totale."Tromsö est situé au nord du cercle polaire. Là-bas, il fait noir 24 heures sur 24 entre la mi-novembre et le 21 janvier. C'est très spécial et difficile à vivre pour ceux qui n'y sont pas habitués. Cette région attire pas mal de touristes, qui y vont notamment pour découvrir cette obscurité permanente: des Allemands, des Japonais, des Américains. Ils sont vite désorientés. Ils ont continuellement envie de dormir. Ceux qui vont là-bas en été connaissent le phénomène inverse: il fait clair 24 heures sur 24 et les gens ne se sentent jamais fatigués. Pour les Norvégiens qui ont toujours vécu ça, par contre, ce n'est pas un problème: ils conservent un rythme de vie classique, qu'il fasse clair ou qu'il fasse noir"."Tout allait trop bien pour moi"Ole-Martin Aarst (27 ans) avait besoin de cette coupure, de se retremper dans ses vieilles habitudes. "Dès mon contact avec le gardien de Lommel, j'ai compris que c'était très grave. J'étais sûr qu'il y avait une fracture. La première chose qui m'est passée par la tête, c'était: -Aïe, pas de vacances de Noël à Tromsö... J'ai passé de sales fêtes: l'hôpital, des souffrances comme je croyais ne jamais en connaître. Je n'imaginais pas qu'une fracture de la jambe pouvait faire aussi mal. Pendant un mois, j'ai été plâtré jusqu'au-dessus de la cuisse. Je ne pouvais rien faire. Et je ne voyais aucun progrès. Heureusement que j'ai quand même pu retourner au pays, au début du mois de janvier. Je n'étais pas rentré durant l'été dernier, à cause de la naissance de notre premier enfant. A la reprise des entraînements, je sentais qu'il me manquait quelque chose. Reproduire les gros efforts d'une campagne de préparation sans avoir revu ma famille, mes amis et ma région, c'est presque insoutenable pour moi. Les montagnes, l'espace, la neige, la nature sauvage, c'est ma drogue". Le puncheur nordique des Rouches est très famille. Il y a deux ans, il vécut très mal le décès de sa mère. "Elle avait eu un cancer du sein, mais les médecins étaient persuadés qu'ils en étaient finalement venus à bout. Deux mois après lui avoir annoncé qu'elle ne risquait plus rien, elle mourait. A l'époque, j'ai beaucoup apprécié le geste des dirigeants de La Gantoise, qui me laissaient régulièrement rentrer au pays pendant deux ou trois jours. Ainsi, j'avais l'impression de ne pas laisser mon père seul face à cette situation terrible".Aarst s'est blessé au plus mauvais moment. "J'étais enfin titulaire, je commençais à marquer pas mal de buts et le Standard remontait comme un bolide vers la première place. Tout allait sans doute trop bien pour moi. En début de saison, tous les joueurs étaient persuadés que cette équipe ne pourrait pas viser le titre. Moi-même, je pensais que les départs de Runje, Van Buyten et Prosinecki ne nous permettraient pas de jouer la première place. Michel Preud'homme, lui, était convaincu qu'il était possible de réussir un truc. Il lui avait fallu du temps, mais il avait fini par nous faire croire en nos chances. Malheureusement, le Standard est entre-temps retombé dans ses travers. C'est râlant de perdre des matches à notre portée après avoir fait le plus dur en allant gagner à Bruges et à Gand. Mais cette équipe a toujours été instable. Au premier tour, nous avons battu Anderlecht une semaine après avoir perdu à La Louvière: c'est impardonnable. Le Standard pourra vraiment viser le top quand ses joueurs auront appris à fournir un effort constant, étalé sur plusieurs mois. Et quand ils sauront gérer les matches face à des adversaires repliés devant leur but". "Je reviendrai"Le Norvégien a entamé un copieux programme de rééducation avec les médecins du club. "Je viendrai au stade trois ou quatre fois par semaine. Les docteurs sont très satisfaits de mon évolution. C'était une très belle fracture (il rit). C'est pour cela qu'il n'a même pas été nécessaire de m'opérer. Dans six semaines, je recommencerai la musculation. Il est fréquent que je me tape 20 minutes de salle après l'entraînement, quand tous les joueurs sont sous la douche. C'était déjà le cas en Norvège, à Anderlecht et à Gand. Tout le monde ne comprend pas la nécessité d'avoir une musculature fort développée. Moi, bien. Ce n'est pas un hasard si je n'ai eu que très peu de problèmes musculaires depuis que je suis professionnel. Quand je vois les ennuis fréquents que rencontrent tous les attaquants, je me dis que j'ai choisi la bonne méthode". Pierre Danvoye"On ne me surprendra plus à me plaindre pour des futilités"