Galerie photos: Le football aux îles Féroé
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L'un ne va pas sans l'autre. Qu'il soit blanc, gris, orange ou bleu, mou ou dur comme la roche, il y en a toujours un qui traîne. Partout, par tous les temps et jusque dans les coins les plus reculés. Aux Îles Féroé, c'est plus qu'une passion, c'est une tradition séculaire. S'il y a un terrain, dimensions Ligue des Champions ou FC Lidl, il y a obligatoirement un ballon. Et vice-versa. "Notre championnat de première division masculine a démarré en 1942 et a toujours été joué depuis, sauf en 1944... Parce qu'il n'y avait plus de ballon. C'était la guerre et il était donc impossible d'en importer de nouveaux. C'est peut-être la raison pour laquelle il y a toujours des ballons qui traînent: on ne veut plus que ça arrive ." Paetur Clementsen se marre, puis lâche sa casquette imaginaire d'historien du cuir féroïen. La Seconde Guerre mondiale est terminée, les Britanniques n'occupent plus cet archipel que les Danois possèdent toujours, mais les premiers voisins sont tellement loin que l'urgence se situe plutôt dans le choix du café. Moulu et bien chaud. Au deuxième étage du siège de la Fédération (FSF), un bâtiment en verre incrusté dans le flambant neuf Tórsvøllur, le directeur technique national accueille en pantoufles-chaussettes, affublé d'un tee-shirt à la mention qui en dit long: " Today has been cancelled". La formule pourrait figurer sur les armoiries des Îles Féroé, perdues entre l'Islande et la Norvège, surtout tributaires de la brume, des vagues et des tempêtes de l'imprévisible Atlantique-Nord. Plutôt piano piano que Demain ne meurt jamais. Aux murs du bureau de Paetur, un poster d' Einstein côtoie les dessins de sa fille et Clementsen père n'est pas peu fier. Non pas que sa progéniture soit destinée à une carrière profilée par la mécanique quantique ou les coups de pinceaux, mais force est de constater que tout roule dans le ballon féroïen. Ça n'a pas toujours été le cas. Si le TB, premier club du pays, signe son acte de naissance dès 1892 - la même année que Liverpool, Newcastle ou Liège -, la Fédération n'est fondée qu'en 1979, la FIFA rejointe en 1988 et l'UEFA deux ans plus tard. Un siècle à placer les Féroé sur la mappemonde, les fixer dans l'esprit des fans de foot, longtemps bloqués sur le "Miracle de Landskrona" ( une victoire 1-0 sur l'Autriche pour leur premier match officiel en Suède, le 12 septembre 1990, ndlr), sinon sur les branlées infligées à ces amateurs des confins de l'Europe, mués en sparring-partner pour nonante minutes, souvent pêcheurs, dockers ou électriciens dans la vie réelle. Il aura fallu transformer les terrains de sable en synthétiques chatoyants, qui sont parfois le centre du village, le premier pas vers l'océan, le flanc d'une colline. Il aura fallu construire des ponts et des tunnels pour connecter l'essentiel des dix-huit îles de l'archipel, dont les bleds les plus isolés disposent tous, ou presque, d'une agora financée par les programmes de l'UEFA. Si bien qu'un village féroïen sans terrain n'en est pas vraiment un. Il aura fallu un coup de baguette magique de Lars Olsen, ex-sélectionneur et ancien Sérésien, capable de provoquer le C4 éclair du MisterRanieri, par la grâce d'une victoire en Grèce. Les Féroé deviennent alors l'équipe nationale la plus performante de la planète, en termes de points FIFA récoltés par habitants, selon un algorithme obscur partagé par These Football Times, en 2017. Aujourd'hui 53.000 à peupler les îles, ils comptent parmi eux près de 5.500 licenciés hommes et femmes confondus, soit plus de 10% de la population. Autant de personnes à se passionner pour l'élite semi-professionnelle, le récent succès dans la version D de la Ligue des Nations, les exploits télévisés de Jóan Símun Edmundsson, premier buteur féroïen en Bundesliga, mais aussi pour le foot féminin, nouvelle priorité de la Fédé, consciente d'avoir atteint le plafond de verre chez les hommes. Logique: l'un ne va pas sans l'autre.