Personne ne s'attendait à ce que Robinho signe à Manchester City. Pas même l'attaquant brésilien lui-même qui, ironie du sort, a marqué son premier but pour ses nouvelles couleurs contre Chelsea, à Eastlands, embrassant le badge de City brodé sur son maillot et courant en exprimant sa joie. Nul doute pourtant qu'il eut préféré évoluer dans l'équipe d'en face. L'avant portait la vareuse bleue ciel de l'équipe qui n'avait plus remporté de trophée en 30 ans, pas la bleu foncée du club qui s'est adjugé deux des quatre derniers titres et fut à un penalty de décrocher la Ligue des Champions en mai dernier.
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Personne ne s'attendait à ce que Robinho signe à Manchester City. Pas même l'attaquant brésilien lui-même qui, ironie du sort, a marqué son premier but pour ses nouvelles couleurs contre Chelsea, à Eastlands, embrassant le badge de City brodé sur son maillot et courant en exprimant sa joie. Nul doute pourtant qu'il eut préféré évoluer dans l'équipe d'en face. L'avant portait la vareuse bleue ciel de l'équipe qui n'avait plus remporté de trophée en 30 ans, pas la bleu foncée du club qui s'est adjugé deux des quatre derniers titres et fut à un penalty de décrocher la Ligue des Champions en mai dernier. Une des séries de l'été n'avait donc pas connu le dénouement attendu, avec un épilogue qui n'était pas dans le scénario initial. " Je ne pensais même pas à City " a dû admettre Robinho. A l'avant-dernier jour du mercato, il avait convoqué une conférence de presse pour annoncer qu'il avait fait son choix : ce serait Chelsea. Ce devait être la dernière phase d'un plan visant à forcer le Real Madrid à le laisser partir à Stamford Bridge. Mais le plan n'était pas bétonné comme Robinho et son agent Wagner Ribeiro le pensaient. Le dernier jour de la période des transferts, Ribeiro se préparait à prendre l'avion pour Londres. Il n'était pas au courant de la reprise de City par l'Abu Dhabi United Group et de l'intérêt porté à son joueur. Il reçut un coup de fil du Real Madrid, le priant de venir à Bernabeu. Ribeiro se dit qu'il avait gagné la mise, le plan se passait comme prévu. La pression avait payé : Madrid s'était finalement avoué vaincu, en acceptant l'offre de Chelsea. Ou peut-être Chelsea avait-il fait le forcing en offrant les 48 millions demandés par les Merengue. Quoi qu'il en soit, l'issue ne faisait aucun doute. Ribeiro n'avait pas imaginé une minute que Madrid avait flairé son bluff, avec un petit coup de pouce des Citizens. L'agent appela Robinho : " Je lui ai dit qu'il était à présent un joueur de Chelsea ", admit-il. " Nous faisions la fête au téléphone. " Mais lorsque Ribeiro arriva à Bernabeu, les journalistes lui parlèrent de Manchester City. Il crut qu'ils étaient un peu fous mais allait se rendre compte que cette folie avait une base très réelle. L'agent s'engouffra dans les bureaux du Real une heure et un quart avant la fin du mercato. Le directeur général madrilène, José Angel Sanchez, l'attendait pour lui annoncer que Madrid n'avait pas accepté l'offre de Chelsea mais celle de Manchester City. " Peter Kenyon, le directeur général de Chelsea, m'a appelé désespérément pour me demander ce qui se passait ", raconte Ribeiro. " Mais j'étais certain que les Blues ne payeraient pas 48 millions et j'ai dit oui à City. Je trouve que Chelsea n'a pas bien géré ce dossier : ils ont attendu la dernière minute et cela s'est retourné contre eux. " Ribeiro ajouta que l'intérêt de City était une " surprise magnifique ". Magnifique n'est pas vraiment le terme que Robinho aurait utilisé. Si Chelsea s'y était très mal pris, que dire alors de l'agent du Brésilien ? Les deux auraient pu être soulagés d'avoir coupé les ponts avec le Real si, au moins, ils avaient forcé la main du club londonien. Robinho s'étant rebellé contre la direction madrilène, son départ était entériné. Mais jamais à ce moment-là Robinho n'aurait voulu rester au Real, même si cela signifiait signer à City, comme l'explique Ribeiro : " Sanchez m'a demandé si Robinho souhaitait jouer pour Manchester City. Je lui ai répondu que Robinho voulait jouer pour n'importe quel autre club que le Real. Et qu'il préférerait être épicier que rester à Bernabeu. "Cela en dit long sur l'état d'esprit de l'attaquant auriverde et permet de comprendre ce qui est apparu comme un curieux changement de club. " Robinho était en colère et s'est emporté ", explique Jorge Valdano, l'ancien directeur sportif des Merengue. " Et lorsque votre c£ur remplace votre tête, vous pensez avec votre derrière. " Quant au président madrilène Ramon Calderon, il a dit : " Robinho était littéralement la proie des larmes. Il avait des problèmes psychologiques, nous devions le laisser partir. " Robinho nie avoir versé des larmes mais il n'y a pas de doute qu'il était malheureux à Madrid. Après tout, on parle ici du joueur qui quittait presque tous les jours le complexe d'entraînement de Valdebebas par une porte dérobée pour éviter les supporters et la presse. Robinho n'était pas la figure centrale qu'il aurait voulu être dans la capitale espagnole. Il était le plus souvent aligné à gauche et ne bénéficiait que trop rarement de la liberté d'action qu'il affectionne tant. Il se sentait aussi isolé en dehors du terrain, abandonné par son club. Lorsque le directeur sportif Predrag Mijatovic déclara un jour que le vestiaire sentait l'alcool avant l'entraînement du matin, les doigts furent pointés en direction du Brésilien. Il estimait être une cible facile, une brebis galeuse qu'on jetait en pâture aux lions. A présent, il a tourné le dos à FelipeScolari pour sauter dans les bras de Mark Hughes chez les Skyblues. Le manager de City devra serrer de près la perle du Brésil : Robinho est un joueur qui a besoin de se sentir aimé. A Madrid, c'est lui qui a laissé tomber le club plutôt que l'inverse. Robinho était arrivé dans la capitale espagnole comme le Nouveau Pelé et avait été brillant lors de son premier match contre Cadix, mais il ne put réitérer cette performance de manière consistante. Il n'a pas une seule fois été repris dans le top 10 de la semaine selon la moyenne des cotes hebdomadaires et jamais sa cote moyenne par match n'a dépassé les 6 sur 10 dans le magazine Don Balón. A vrai dire, Robinho ressemblait plus au nouveau Denilson, devenu le symbole du transfert onéreux et raté et des dribbles infructueux, qu'au nouveau Pelé. Son dribble favori - la bicyclette comme on dit en Espagne - n'a pas aidé. Une blague comparait Robinho à un triathlète, sauf que nada veut dire à la fois " rien " et " nager " en espagnol. Cela donnait donc corre, bici y nada. Course, bicyclette puis... plus rien. Ces critiques étaient fondées mais affirmer que Robinho n'a rien montré au Real serait injuste. Il est techniquement très doué et rapide, il a eu des éclairs de génie, des périodes de forme éblouissantes et une contribution réelle aux résultats. On pourrait dire que Robinho fut un joueur clé dans la conquête des deux derniers titres madrilènes et le seul joueur qui a donné l'espoir la saison précédente. Il fut superbe dans la conquête de la Liga en 2006-2007 et il fut de loin le meilleur joueur du Real lors de la série impressionnante de dix matches sans défaite qui jeta les bases du titre de champion entre septembre et décembre. par david conn et james montague (esm)