C'est une page de l'histoire des Belgian Lions qui s'est tournée avec l'annonce de la retraite internationale d'AxelHervelle. Une page ? Plutôt un chapitre, un long et beau chapitre entamé en 2001 et qui se termine donc en 2017, après 128 sélections. La dernière : une défaite 54-74 face à la Serbie, le 7 septembre à Istanbul, dans le cadre du Championnat d'Europe. Il est le troisième international le plus capé, derrière ChristopheBeghin (137) et JefEygel (134), qu'il aurait pu battre s'il avait continué encore un peu. Mais il a décidé d'en rester là.
...

C'est une page de l'histoire des Belgian Lions qui s'est tournée avec l'annonce de la retraite internationale d'AxelHervelle. Une page ? Plutôt un chapitre, un long et beau chapitre entamé en 2001 et qui se termine donc en 2017, après 128 sélections. La dernière : une défaite 54-74 face à la Serbie, le 7 septembre à Istanbul, dans le cadre du Championnat d'Europe. Il est le troisième international le plus capé, derrière ChristopheBeghin (137) et JefEygel (134), qu'il aurait pu battre s'il avait continué encore un peu. Mais il a décidé d'en rester là. " Ce fut une décision très difficile à prendre car je voulais vraiment continuer ", explique-t-il. " Mais je dois être cohérent avec moi-même. Tout ce que j'ai fait durant ma carrière, je l'ai fait à fond. Or, à 34 ans, je sens que mon corps me demande de souffler de temps en temps. La relative déception de l'EURO d'Istanbul y est pour quelque chose. Pas à cause du résultat (une 5e place dans un groupe de six, et une élimination au terme du premier tour, ndlr), mais bien de mon incapacité d'y évoluer à mon meilleur niveau en raison de petites blessures qui m'ont handicapé et d'une turista qui m'a affaibli. La reprise avec Bilbao immédiatement après a, elle aussi, été difficile. Si je manque de fraîcheur, je ne peux pas apporter ce que le club attend de moi. Pour couronner le tout, la nouvelle donne internationale n'a rien arrangé : les fenêtres de qualification occasionnent des fatigues et des voyages supplémentaires en cours de saison. " Les fenêtres, c'est la nouvelle formule de qualification instaurée par la FIBA. Alors que jusqu'à l'année dernière, les compétitions internationales comme les qualifications se disputaient pendant l'été, désormais, les qualifications ont lieu durant trois périodes de 15 jours, en novembre, février et juin, pendant lesquelles les championnats nationaux sont interrompus (mais pas la NBA et l'Euroleague). Selon Hervelle, c'était le bon moment pour tirer sa révérence. Le coach fédéral EddyCasteels ne partage pas nécessairement cet avis. " J'aurais personnellement aimé qu'il continue encore un peu. L'équipe nationale possède des jeunes joueurs talentueux, mais qui ont besoin d'être encadrés. Je comptais sur Axel pour cela. Mais je respecte évidemment sa décision. J'espère qu'on pourra lui trouver une place dans l'organigramme, à l'avenir, car son expérience peut encore nous être précieuse. " Axel Hervelle aura joué 16 ans en équipe nationale. Comment expliquer une telle longévité, à un aussi haut degré de performance ? Son frère cadet, NathanHervelle qui joue cette saison au Royal IV Bruxelles en D2, a son petit avis sur la question. " Je ne parle pas ici en tant que frère, mais en tant que basketteur. De tous les joueurs que j'ai côtoyés dans mes différents clubs, il est, de loin, le plus professionnel. Toujours le premier arrivé à l'entraînement, et le dernier à partir. Il a, aussi, toujours respecté une hygiène de vie exemplaire. C'est un joueur intelligent qui connaît le jeu de tous ses adversaires et sait toujours où se placer sur le terrain. Et, quoi que certains en disent, il a du talent. Il a intégré les sélections de jeunes très tôt, et a souvent fait partie du cinq majeur des compétitions internationales auxquelles il a participé. Cela lui a permis d'être repéré, et de bénéficier d'un encadrement très sérieux, que ce soit au niveau de la fédération ou du club. " Le club qui l'a vu éclore, c'est Pepinster. Parmi les jeunes joueurs que le coach croate NiksaBavcevic(champion de Suisse avec Monthey la saison dernière et sélectionneur de l'Arménie cet été, ndlr) a pris sous son aile protectrice, il y avait notamment GuyMuya et SachaMassot" Déjà, à 18 ans, c'était un joueur d'une grande maturité, et un gros travailleur ", se souvient Muya. " Avant les matches à Pepinster, toute l'équipe se réunissait à Spa pour prendre une petite collation. Lui se rendait d'abord au Hall du Paire pour aller shooter, puis nous rejoignait à Spa, et retournait à Pepinster pour le match. Je n'ai pas été étonné qu'il ait fait venir PeterSempels (l'ancien préparateur physique de l'équipe nationale, ndlr) à Bilbao. À l'époque, lorsqu'on était parti aux États-Unis, il avait déjà emmené EricLambert (l'ancien préparateur physique de Charleroi, ndlr) avec nous. " " Si je devais résumer Axel en trois caractéristiques, je dirais : un travailleur, un gars humble et un champion ", affirme Massot. JacquesStas, qui était encore joueur à l'époque, se souvient des débuts de Hervelle en équipe nationale. " Il jouait en n°3 (ailier fort, ndlr), alors qu'aujourd'hui il joue davantage à l'intérieur, en n°4 et parfois même en n°5. Nous étions placés dans un groupe qualificatif composé, entre autres, de l'Allemagne et de l'Ukraine. On a perdu de 30 points en Allemagne, qui pouvait compter sur DirkNowitzki, et on a été battu d'un point après prolongation contre l'Ukraine, qui était déjà notre bête noire. Mais Axel, déjà, faisait ses matches, avec plusieurs double-double. Pas des scores faramineux, mais du style : 11 points et 10 rebonds. Le Real Madrid l'a repéré. Il hésitait, ça lui faisait mal au coeur de quitter Pepinster. Je me souviens lui avoir dit : -Écoute Axel, une proposition du Real Madrid, ça ne se refuse pas ! Il a fini par se laisser convaincre. Je l'ai mis en contact avec un agent, qui n'est pas devenu son agent définitif mais qui était très proche de BozidarMaljkovic, le coach du Real Madrid à l'époque. La suite, on la connaît. " La suite, c'est 14 années en Espagne : après cinq saisons au Real Madrid, il dispute actuellement sa neuvième saison à Bilbao. " C'est d'ailleurs à l'occasion d'un match amical en Espagne que j'ai disputé mon premier match avec l'équipe nationale ", se souvient Axel. " C'était sans doute prémonitoire... " Le coach était alors GiovanniBozzi. " L'équipe nationale commençait à sortir des problèmes ", se souvient celui qui est aujourd'hui le directeur des sports de la Province de Liège. " Il ne fallait plus se compter et aller gratter jusqu'en D2 pour avoir 12 joueurs à l'entraînement, comme c'était parfois le cas avec mon prédécesseur, mais c'était une période de transition. Stas jouait encore, et EricStruelens arrivait en fin de carrière. Ce qui caractérisait déjà Hervelle, c'était le goût du travail. J'avais l'habitude, après les entraînements, d'organiser une petite demi-heure de technique individuelle : maniement de ballon, lay-ups, shoots, etc. Mais 30 minutes s'étaient écoulées et Axel ne voulait pas quitter le terrain : -Coach, encore un peu ! Moi, je commençais à avoir faim... " (ilrit) JacquesLedure était déjà le manager de l'équipe nationale (il a arrêté il y a deux ans). Il a plein d'anecdotes au sujet de Hervelle et en cite deux. " La première remonte à ses tout débuts. On avait organisé un stage de préparation à l'Alpe d'Huez. Axel est venu, bien sûr. Mais à peine arrivé, il a reçu un coup de fil de Bavcevic, son coach à Pepinster, qui lui demandait de rentrer en Belgique. Axel était perdu : -J'ai envie de rester, l'équipe nationale est importante pour moi ! J'ai moi-même téléphoné à Bavcevic, qui m'a expliqué qu'Axel n'était pas prêt et qu'il avait besoin de travailler individuellement avec lui. J'ai fini par le convaincre, et Axel a pu rester, mais ça n'a pas été sans mal. La deuxième anecdote est du même type, mais l'histoire se passe quelques années plus tard. Axel était déjà parti au Real Madrid et revenait de blessure. Son employeur n'était pas très chaud à l'idée de le laisser partir chez les Belgian Lions. Il n'a pas participé aux premiers matches, et sans lui, l'équipe nationale s'est retrouvée mal embarquée dans son groupe de qualification. Le risque de descendre en Division B était réel. Pour le dernier match, on jouait en Ukraine. Axel a pris son sac et a effectué le voyage seul, dans des conditions dantesques. Il a débarqué à l'aéroport d'Odessa sous une pluie battante. Mais, le lendemain, on a battu l'Ukraine et on est resté en Division A. " D'où lui vient cette fibre patriotique ? " Je l'ai toujours eue, depuis ma jeunesse ", soutient Axel. " Je suis un compétiteur, et une certaine émulation joue également. Lorsque les Belgian Cats décrochent la médaille de bronze au Championnat d'Europe, ou que DavidGoffin dispute la finale du Masters ou de la Coupe Davis, je suis fier d'être belge et cela me motive encore plus. " Son plus beau et son plus mauvais souvenir ? On peut aisément les deviner. " Le plus beau, c'est évidemment ce fameux match contre la Pologne, en août 2010 à Anvers, lorsqu'on s'est qualifié pour le Championnat d'Europe 2011 en Lituanie, pour la première fois depuis Berlin, en 1993, à l'époque de LéonWandel. Mon plus mauvais, c'est cette blessure au genou, encourue en France quelques jours avant le départ pour Klaipeda, qui m'a privé de ce Championnat d'Europe auquel je tenais tant. " " Je l'ai vu pleurer dans le vestiaire après l'annonce du diagnostic ", témoigne Ledure. " C'était poignant. Pour Axel, l'équipe nationale c'est sacré, il ne voudrait louper les rendez-vous pour rien au monde. " " En 2011, à Klaipeda, notre équipe était au grand complet. Il ne manquait que Hervelle. Sans lui, nous n'avons pas remporté la moindre victoire : 0 sur 5 ", se souvient Casteels. " Deux ans plus tard, on a de nouveau disputé le Championnat d'Europe : à Ljubljana, en Slovénie. Cette fois, avec Axel. Notre premier match nous opposait à l'Ukraine. On a mené pendant 39 minutes et 30 secondes, mais on s'est incliné au buzzer sur une faute de... Hervelle, qui avait été exemplaire jusque-là. Dans le vestiaire, tout le monde avait le moral dans les chaussettes. Un homme s'est chargé de remonter le moral des troupes : Hervelle en personne. Il l'a fait en trois mots. Il a dit : -C'est ma faute ! Et il a ajouté : -Je vais tout faire pour rattraper cette erreur ! Le lendemain, on a battu l'Allemagne et on s'est finalement qualifié pour le deuxième tour, qui nous a permis de terminer à la 9e place qui reste le meilleur résultat de la période contemporainedes Belgian Lions. " " Et pourtant, cette 9e place me laisse un goût de trop peu ", ajoute Hervelle. " Avec une victoire en plus, on était en quarts de finale et on aurait eu 7 chances sur 8 de participer au Championnat du Monde 2014. L'Ukraine, qui nous a battus dans les conditions que l'on sait, y était, au Mondial. Et ça m'a fait d'autant plus mal. Qui plus est : la compétition se déroulait en Espagne. Ça reste un grand regret. "