Tour de France d'une part, magnifique texte sur JacquesAnquetil (1) d'autre part : double incitation à lâcher pour une fois le ballon rond et ses buteurs, pour les roues rondes et les dérailleurs ! Vous ne m'en voudrez pas, je vous sais d'ailleurs nombreux à aimer la pédale mieux que moi : le spectacle sportif me branche, surtout s'il y a petite balle ou ballon...

Pourtant le vélo, j'ai adoré durant les sixties, quand j'étais môme et parce que mon père adorait. J'étais impressionné par ses narrations des hauts faits d'avant-guerre, parsemées de tournures de phrases qui lui avaient charmé l'oreille dans la presse sportive d'alors. Il m'en reste une très belle, qu'il répétait le doigt levé comme on cite un dicton à un enfant bien sage : " Des hommes qui pédalent carré, et qui croient que la dynamite peut remplacer le style !", déclamait-il pour ma bouche bée... La Grande Boucle d'alors était synonyme d'arithmétique estivale, lorsque mon oreille gauche, via le bagout de Luc Varenne, regardait éblouie le Tour à la radio. Simultanément, ma main droite gribouillait l'ordre des arrivées, puis corrigeait en conséquence le classement de la veille sur le quotidien du jour. J'avais tout recopié tip top lorsque papa rentrait du turbin, j'étais fin prêt pour mon compte rendu de l'étape.

Puis ça m'a passé, le virus foot m'a envahi. Devenu grand dès l'ère d' Eddy, je trouvais le cyclisme moins élaboré, monotone à voir. D'abord, il lui manquait cette panoplie de gestes techniques à tenter d'acquérir, et à admirer chez d'autres si l'on y parvenait mal. Ensuite, le vélo me semblait moins tactique que le foot, et je m'irritais de penser que le vainqueur y était celui auquel dieu ou le dopage refilait de plus chouettes cuisses et un plus gros c£ur. Mais aujourd'hui, bien plus tard, je me demande parfois si je n'ai pas négligé les pédaleurs, et magnifié le foot du top : qui recèle aussi des temps morts, et dont certains joueurs ne sont ni hyper-techniques, ni méga-créatifs, ni blancs comme neige, ni dotés d'un Q.I. à faire baver d'envie leurs admirateurs.

Je me le demande depuis l'an dernier lorsque, zappant dés£uvré, j'ai suivi toute une étape de montagne au Tour, alors que ma télé ne m'avait plus vu regarder du cyclisme depuis dix ans : quel ne fut pas mon ahurissement de trouver cela épique, palpitant, majestueusement filmé...tous adjectifs vélocipédiques auxquels je ne croyais plus ! Et voici qu'il y a quelques jours, ce Paul Fournel, duquel j'avais déjà apprécié un recueil de nouvelles sportives (2), sort une biographie très subjective d'Anquetil : un Maître Jacques qui avait été, pour moi aussi, idole durant l'enfance... et avait fait l'objet de ma toute première chronique dans Foot Mag lors de son décès en 1987 ! Alors en lisant, explosion de souvenirs, exhumation d'émotions,... Pourquoi avais-je déserté le vélo ? !

Bribes d'une langue somptueuse : " Son coup de pédale était un mensonge, il disait l'envol et la danse dans un sport de bûcherons... Jamais l'attelage homme/machine ne fut plus beau... Trop jeune pour comprendre, j'étais bien assez vieux pour admirer... Il a traversé mon enfance cycliste dans une mystérieuse majesté... Il avait l'âme complexe... Sa vie de château sentait le parfum et la poudre... " Fournel raconte sa propre enfance pédaleuse dans la peau d'Anquetil déifié, et cède au plaisir de parfois dire " Je " en narrant par ailleurs la carrière de son Dieu : différenciation entre avoir mal et se faire mal sur un vélo, présence rivale et admirative de ce Poupou plus populaire, narration d'une passion pour cet Anquetil solitaire, calculateur, aimant l'argent. Mais aussi bravant les interdits, sulfureux précurseur d'un dopage qui n'est pas une aventure individuelle comme la drogue. Précurseur et sulfureux dans la vie privée aussi... mais là, c'est complexe : mieux vaut vous renvoyer au bouquin de Sophie, fille d'Anquetil (3) !

Jeune ou moins jeune, lisez Anquetil tout seul si le vélo est votre Histoire ! Moi, je vais regarder le Tour. Au moins jusqu'au 15 juillet, moment où reprendront les entraînements de foot...

(1) Paul Fournel, Anquetil tout seul, Seuil, 2012.

(2) Paul Fournel, Les athlètes dans leur tête, Ramsay, 1988

(3) Sophie Anquetil, Pour l'amour de Jacques, Grasset, 2004. Ou à défaut, l'interview par Ardisson sur http://www.ina.fr/ ardisson/tout-le-monde-en-parle/video /I09034573/sophie-anquetil-a-propos-de-son-pere-jacques-anquetil.fr.html

Anquetil : jamais l'attelage homme/machine ne fut plus beau !

Tour de France d'une part, magnifique texte sur JacquesAnquetil (1) d'autre part : double incitation à lâcher pour une fois le ballon rond et ses buteurs, pour les roues rondes et les dérailleurs ! Vous ne m'en voudrez pas, je vous sais d'ailleurs nombreux à aimer la pédale mieux que moi : le spectacle sportif me branche, surtout s'il y a petite balle ou ballon... Pourtant le vélo, j'ai adoré durant les sixties, quand j'étais môme et parce que mon père adorait. J'étais impressionné par ses narrations des hauts faits d'avant-guerre, parsemées de tournures de phrases qui lui avaient charmé l'oreille dans la presse sportive d'alors. Il m'en reste une très belle, qu'il répétait le doigt levé comme on cite un dicton à un enfant bien sage : " Des hommes qui pédalent carré, et qui croient que la dynamite peut remplacer le style !", déclamait-il pour ma bouche bée... La Grande Boucle d'alors était synonyme d'arithmétique estivale, lorsque mon oreille gauche, via le bagout de Luc Varenne, regardait éblouie le Tour à la radio. Simultanément, ma main droite gribouillait l'ordre des arrivées, puis corrigeait en conséquence le classement de la veille sur le quotidien du jour. J'avais tout recopié tip top lorsque papa rentrait du turbin, j'étais fin prêt pour mon compte rendu de l'étape. Puis ça m'a passé, le virus foot m'a envahi. Devenu grand dès l'ère d' Eddy, je trouvais le cyclisme moins élaboré, monotone à voir. D'abord, il lui manquait cette panoplie de gestes techniques à tenter d'acquérir, et à admirer chez d'autres si l'on y parvenait mal. Ensuite, le vélo me semblait moins tactique que le foot, et je m'irritais de penser que le vainqueur y était celui auquel dieu ou le dopage refilait de plus chouettes cuisses et un plus gros c£ur. Mais aujourd'hui, bien plus tard, je me demande parfois si je n'ai pas négligé les pédaleurs, et magnifié le foot du top : qui recèle aussi des temps morts, et dont certains joueurs ne sont ni hyper-techniques, ni méga-créatifs, ni blancs comme neige, ni dotés d'un Q.I. à faire baver d'envie leurs admirateurs. Je me le demande depuis l'an dernier lorsque, zappant dés£uvré, j'ai suivi toute une étape de montagne au Tour, alors que ma télé ne m'avait plus vu regarder du cyclisme depuis dix ans : quel ne fut pas mon ahurissement de trouver cela épique, palpitant, majestueusement filmé...tous adjectifs vélocipédiques auxquels je ne croyais plus ! Et voici qu'il y a quelques jours, ce Paul Fournel, duquel j'avais déjà apprécié un recueil de nouvelles sportives (2), sort une biographie très subjective d'Anquetil : un Maître Jacques qui avait été, pour moi aussi, idole durant l'enfance... et avait fait l'objet de ma toute première chronique dans Foot Mag lors de son décès en 1987 ! Alors en lisant, explosion de souvenirs, exhumation d'émotions,... Pourquoi avais-je déserté le vélo ? ! Bribes d'une langue somptueuse : " Son coup de pédale était un mensonge, il disait l'envol et la danse dans un sport de bûcherons... Jamais l'attelage homme/machine ne fut plus beau... Trop jeune pour comprendre, j'étais bien assez vieux pour admirer... Il a traversé mon enfance cycliste dans une mystérieuse majesté... Il avait l'âme complexe... Sa vie de château sentait le parfum et la poudre... " Fournel raconte sa propre enfance pédaleuse dans la peau d'Anquetil déifié, et cède au plaisir de parfois dire " Je " en narrant par ailleurs la carrière de son Dieu : différenciation entre avoir mal et se faire mal sur un vélo, présence rivale et admirative de ce Poupou plus populaire, narration d'une passion pour cet Anquetil solitaire, calculateur, aimant l'argent. Mais aussi bravant les interdits, sulfureux précurseur d'un dopage qui n'est pas une aventure individuelle comme la drogue. Précurseur et sulfureux dans la vie privée aussi... mais là, c'est complexe : mieux vaut vous renvoyer au bouquin de Sophie, fille d'Anquetil (3) ! Jeune ou moins jeune, lisez Anquetil tout seul si le vélo est votre Histoire ! Moi, je vais regarder le Tour. Au moins jusqu'au 15 juillet, moment où reprendront les entraînements de foot... (1) Paul Fournel, Anquetil tout seul, Seuil, 2012. (2) Paul Fournel, Les athlètes dans leur tête, Ramsay, 1988 (3) Sophie Anquetil, Pour l'amour de Jacques, Grasset, 2004. Ou à défaut, l'interview par Ardisson sur http://www.ina.fr/ ardisson/tout-le-monde-en-parle/video /I09034573/sophie-anquetil-a-propos-de-son-pere-jacques-anquetil.fr.htmlAnquetil : jamais l'attelage homme/machine ne fut plus beau !