Le FC Malines a vécu ses plus belles heures dans les années 80, sous la présidence de John Cordier : une fois champion, trois fois vice-champion, vainqueur de la Coupe de Belgique puis de la Coupe d'Europe des Vainqueurs de Coupe. Avant cela, il avait brillé dans les années 40 (trois titres de champion de Belgique). Et pour le reste, il a souvent effectué la navette entre la D1 et la D2.
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Le FC Malines a vécu ses plus belles heures dans les années 80, sous la présidence de John Cordier : une fois champion, trois fois vice-champion, vainqueur de la Coupe de Belgique puis de la Coupe d'Europe des Vainqueurs de Coupe. Avant cela, il avait brillé dans les années 40 (trois titres de champion de Belgique). Et pour le reste, il a souvent effectué la navette entre la D1 et la D2. Mais le succès marque parfois le début de la fin et, après le départ de Cordier, en 1992, Malines connut de nouvelles heures sombres. " On n'est jamais suffisamment préparé à ce qui peut arriver après une victoire ", dit Mark Uytterhoeven, journaliste à la VRT et supporter notoire des Sang et Or. Willy Van den Wijngaert est de ceux qui ne veulent pas se résoudre à voir le FC Malines rentrer dans le rang. En 1998, ce riche fabricant de biscuits devient président du club. Mais il n'a pas vu que les rapports de force sur le plan européen ont changé et il commet l'erreur de ne pas emmener avec lui les gens qui le conseillent dans son activité principale. D'autres en profitent pour dépenser l'argent qu'il injecte dans le club tandis qu'il découvre des cadavres dans les placards, comblant à chaque fois les trous sur fonds propres. C'est encore le cas lorsque, sur le point de rejoindre l'élite en 2002, le FC Malines éprouve des difficultés à obtenir sa licence. Après avoir ainsi investi, selon lui, un total de 11,6 millions d'euros, il ferme le robinet, découragé par le manque de résultats marquants et par les nombreuses intrigues qui rongent le club de l'intérieur. Du coup, le club connaît de nouveaux problèmes financiers et des joueurs s'en vont. Le 5 novembre 2002, il démissionne et personne ne se montre prêt à lui succéder car un halo de mystère entoure le montant exact de la dette du club. Le 7 décembre 2002, un comité de crise décide donc de demander la mise en liquidation. Le lendemain, La Gantoise bat le FC Malines (2-0) mais, pendant plus d'une heure après le coup de sifflet final, les supporters Sang et Or restent dans le stade à chanter. Parmi eux, Mark Uytterhoeven, que Frank Raes invite à l'émission de la VRT Sportweekend. Pendant cette émission, un fan poste un message sur un forum : -Le seul qui peut faire quelque chose pour nous, c'est Uytterhoeven." J'ai alors repensé à deux images marquantes de la saison ", dit ce dernier. " A Anderlecht, nous avions été aspergés de bière et de gaz lacrymogènes. Et contre le Standard, j'avais croisé, au stade, une mamy avec sa poussette. Je me suis dit qu'il valait mieux être supporter du FC Malines que d'Anderlecht et qu'on ne pouvait pas perdre cette richesse. " Devant son poste de télévision, l'avocat Johan Timmermans, vice-président du Klub 25 (le club d'investisseurs du FC Malines) voit des supporters en pleurs. " Moi-même, j'ai chialé ", dit-il. " Quand Mark a dit qu'il était disponible, j'ai appelé plusieurs personnes afin de créer un groupe de travail et je lui ai demandé de m'accompagner chez le liquidateur. " Ce dernier, l'avocat John Dubaere, explique le principe de la liquidation : " C'est la conséquence d'un démantèlement. Le rôle du liquidateur est de valoriser tout ce qui peut l'être et de répartir la somme obtenue entre les créanciers. Dans le cas de Malines, seules deux choses avaient de la valeur : le matricule et le stade, qui appartenait au club. " Mark Uytterhoeven demande alors quel est le montant total de la dette. " L'assistant du curateur a ouvert une armoire pleine de classeurs et a parlé d'une vingtaine de millions d'euros (il éclate de rire). A ce moment-là, nous n'avions pas un centime. " Il est clair qu'Uytterhoeven et Cie ne pourront jamais réunir un tel montant. Ce qui les intéresse, c'est le matricule. Sans quoi le club devra repartir en quatrième provinciale. Le scénario qui s'impose est celui de la " reprise sanctionnable ". Il s'agit de racheter le matricule sans payer l'intégralité de la dette. Dans ce cas, le club descend d'une division. Il faut également pouvoir payer la dette fédérale. " Chaque affilié de la fédération titulaire d'une créance vis-à-vis d'un club peut exiger que ce club honore cette créance sous peine d'être placé en instance de radiation ", explique Dubaere. En 2002, la dette fédérale du FC Malinois consiste surtout en des arriérés de salaires mais son montant n'est pas clair. " Nous estimions que, pour la payer et racheter le stade, nous avions besoin de 2,5 millions d'euros ", dit Uytterhoeven. L'idée est alors de demander à trois supporters connus et bénéficiant d'une réputation au-dessus de tout soupçon d'ouvrir un compte sur lequel les supporters peuvent verser leur écot au sauvetage du club. S'ils sont 2.500 à verser 1.000 €, ce sera chose faite. Piet Den Boer, auteur du but victorieux en finale de la Coupe des Vainqueurs de Coupe, est le premier à se lancer et Uytterhoeven appelle ensuite Fi Van Hoof, ex-joueur et entraîneur du club. " Je n'ai même pas eu besoin de lui expliquer ce que nous voulions faire, il a dit oui tout de suite ", rigole Uytterhoeven. L'ASBL " Sauvez le KV " a ainsi ses trois supporters connus et elle promet de n'utiliser l'argent récolté qu'aux fins de rachat du matricule et du stade. Si elle n'a pas récolté 2.500.000 € pour le Nouvel An, chacun sera remboursé. Pendant ce temps, le liquidateur licencie les joueurs et Malines se retrouve donc sans noyau A. " Je n'avais pas le choix ", dit Dubaere. " Dans une situation comme celle-là, le liquidateur tente toujours de maintenir l'activité mais il ne peut pas creuser la dette. " Uytterhoeven, Timmermans et Cie voudraient terminer le championnat, quitte à finir à la dernière place et à descendre de deux divisions (une en fonction du classement et l'autre en raison de la rétrogradation administrative inhérente à la reprise sanctionnable). " Fi Van Hoof a résolu le problème en faisant jouer des jeunes et des joueurs qu'il alla chercher un peu partout et à qui nous avons proposé des contrats minimum payés par Timmermans et son entourage ", dit Dubaere. Timmermans se souvient avoir payé 12.500 €. " Et d'autres se sont aussi portés caution pour la même somme ", dit-il. Le 14 décembre, jour du match face à l'Antwerp, une " Marche de l'Espoir " est organisée, histoire de montrer à tous que le KV n'est pas encore mort. Des supporters d'autres clubs y participent et les premiers échos de la collecte sont positifs. Des filles sont ainsi recrutées afin de poser pour un calendrier sexy. Avant le coup d'envoi, Uytterhoeven s'adresse aux sept à neuf mille spectateurs présents dans le stade. Il s'excuse de leur demander 1.000 € mais rappelle au micro d'une radio locale que les montants plus petits sont les bienvenus. " J'ai aussi demandé aux gens de ne pas compter sur les autres et j'ai lancé une petite phrase que j'avais préparée : -Nous nous en sortirons tout seuls. Ce fut le slogan de la campagne. " Malines s'incline 0-2 mais l'ambiance est formidable. " Un enthousiasme indescriptible ", dit Uyttterhoeven. L'arrivée d'argent frais permet au liquidateur de terminer la saison sans devoir lever les garanties. Le 20 décembre 2002, après une semaine d'action, Uytterhoeven va voir sur le compte et y trouve un montant de 210.000 €. Entre-temps, Timmermans et quelques autres personnes font leur entrée dans l'obliclub. " En 1993, le président Willy Dussart avait souscrit un emprunt obligataire ", explique-t-il. " Les investisseurs, parmi lesquels de nombreuses entreprises, devaient retoucher leur argent en 2003. Nous sommes allés tous les trouver pour voir s'ils étaient d'accord d'abandonner la somme due et cela a bien fonctionné. " Mais pour le reste, Malines ne peut pas compter sur une aide très importante du secteur entrepreneurial car sa réputation est entachée. Le 31 décembre 2002, date à laquelle l'action auprès des supporters doit prendre fin, on recense 356.000 € sur le compte. Celui qui le souhaite peut récupérer son argent mais l'opération atteint seulement sa vitesse de croisière et tant la date limite que le but original sont oubliés. La seule échéance qui compte encore est celle du 1er mars. Ce jour-là, tout doit être prêt pour que le club puisse être repris et entamer la saison suivante en D3. L'idée de reprendre le stade est abandonnée : la somme récoltée ne sera jamais suffisamment importante. Le liquidateur peut donc le louer. Le 10 janvier, plusieurs figures connues participent gratuitement à la " Nuit du Malinwa " au Nekkerhal. Selon les journaux, celle-ci rapporte 40.000 € et les 3000 personnes présentes vident les tonneaux de bière à une telle vitesse que les organisateurs doivent en racheter de toute urgence au Salon de l'Erotisme, qui débute le lendemain. Mais tout ne se passe pas comme prévu initialement. A la mi-janvier, le président de Lokeren Roger Lambrecht appelle Uytterhoeven. " Il avait lu que nous avions suffisamment d'argent sur le compte pour payer le transfert de Jean-Paul Boeka Lisasi, pour lequel le club devait encore cinq millions de francs belges et il attendait cet argent. Je lui ai dit que la somme que nous avions sur le compte était consacrée au rachat du matricule mais il m'a dit qu'il n'en avait rien à cirer et que si nous ne payions pas, il nous faisait placer en instance de radiation. " Timmermans se souvient avoir vu Uytterhoeven pâlir. " Une mise en instance de radiation était tout à fait plausible car le club avait déjà été condamné à payer ce montant. " C'est la firme NetNet qui apporta la solution. " Elle allait changer de nom pour s'appeler Scarlet et elle voulait se faire connaître ", dit Uytterhoeven. " Elle payerait donc ce montant à Lokeren, en échange de quoi le stade s'appellerait Scarletstadion. J'ai dit au responsable qu'il risquait de perdre son argent si nous ne parvenions pas à sauver le club mais il m'a répondu qu'il y croyait. " Au deuxième tour, Uytterhoeven organise un petit show avant chaque match à domicile. Le 25 janvier, il annonce avoir récolté 7500 € grâce à la vente d'une jument lors du jumping de Malines. Il est également possible d'enchérir sur une 2CV ou d'acheter un tas de choses sur internet, comme un maillot du club porté par Uytterhoeven dans sa jeunesse ou des faire-part de naissance du fils de Michel Preud'homme. Fin janvier, le montant sur le compte est de 464.000 €. Timmermans et ses amis font une première offre de rachat de matricule au curateur. Comme ils n'ont pas suffisamment d'argent pour payer l'entièreté de la dette fédérale, ils doivent trouver des accords avec les anciens employés. Ceux-ci ont la garantie de percevoir directement une partie de la somme qui leur est due mais s'engagent à ne pas demander que le club soit placé en instance de radiation. On ne peut pas dire que l'opération soit couronnée de succès. Dans la Gazet van Antwerpen, Sammy Greven parle de proposition ridicule. " Les supporters étaient furieux ", se souvient Uytterhoeven. " Ils s'étaient pour ainsi dire privés de manger pour aider le club ". Selon le journal anversois, la proposition concerne 3 % du montant de la dette. " Il faut savoir qu'à cause des ruptures de contrat, il y avait pas mal d'indemnités à payer ", dit Uytterhoeven. " C'est pour cela que ce pourcentage était aussi faible. Mais la plupart des joueurs licenciés avaient directement retrouvé du boulot. Et si on ne tenait compte que du travail qu'ils avaient réellement effectué, le pourcentage était très différent. " Il est décidé qu'une deuxième et dernière proposition sera faite le 26 février 2003. Quatre jours plus tôt, Malines accueille Saint-Trond et prend son premier point depuis la mise en liquidation du club (0-0). Timmermans affirme que la nouvelle proposition permettra de couvrir la quasi-totalité des retards de salaires tandis que, selon Het Nieuwsblad, les repreneurs ont récolté 660.000 €. La négociation finale a lieu à Elewijt. Dehors, des centaines de fans font le pied de grue. " Les anciens employés se demandaient s'ils devaient aider les repreneurs à se sortir d'une situation dont ils n'étaient pas responsables ", dit Dubaere. " Je leur ai dit que ce n'était pas non plus la faute des repreneurs si on en était là mais que ces derniers faisaient tout pour sauver le matricule. J'ai ajouté qu'ils étaient ainsi certains de récupérer une partie de leur créance tandis que, si le club n'était pas repris, ils n'auraient sans doute rien. " Uytterhoeven : " Les joueurs ont alors demandé si on pouvait organiser un benefit-match à leur profit et ils ont demandé à pouvoir annoncer eux-mêmes la nouvelle de la reprise aux supporters. Eric Viscaal, un des négociateurs des ex-employés a alors dit : -Vous pouvez garder votre petit club. " Timmermans : " Mark et moi sommes tombés dans les bras l'un de l'autre, j'en ai encore des frissons. Ce sauvetage, c'est la période la plus intense de ma vie. " A l'occasion du match suivant, le FC Malines reçoit le Germinal Beerschot. " Nous avons gagné 2-0 dans une ambiance indéfinissable ", dit Mark Uytterhoeven, les larmes aux yeux. En avril 2003, la reprise est approuvée. En tant que président de " Sauvez le KV ", Mark Uytterhoeven devient également président du club pour 12 jours avant de céder le flambeau à Timmermans. Le club s'appellera désormais Yellow Red KV Mechelen. Le 24 mai 2003, le club prend congé de la D1 en battant Mouscron (3-2). " J'avais préparé une banderole à l'intention des supporters : -Vous êtes les meilleurs ", dit Uytterhoeven. " Le lendemain, un journal titrait : -Le KV fête la descente en D3 ".A la mi-2003, le FC Malines reprend ses activités avec des dirigeants qui, pour la plupart, ont participé au sauvetage. En 2005, il remonte en D2. Et deux ans plus tard, en D1. Cela fait six ans qu'il est à nouveau une valeur sûre de l'élite et les supporters sont de plus en plus fanatiques. " Depuis le sauvetage, un lien très fort s'est créé avec les fans ", dit Uytterhoeven. Le conseil d'administration du club est d'ailleurs composé pour un tiers de supporters, qui veillent à ce que plus aucune décision susceptible de mettre le club en danger ne soit prise. Car personne n'a oublié ce qui s'est passé. Dans le stade, une banderole dit d'ailleurs : " REMEMBER 2002-2003 ", avec ces chiffres écrits en noir. " Il a été tellement difficile de sortir du rouge que nous ne voulons plus jamais y retourner ", dit Uytterhoeven. PAR KRISTOF DE RYCK - PHOTOS: IMAGEGLOBELors de la Nuit du Malinwa, la réserve de bière s'écoula si vite qu'il fallut en racheter aux organisateurs du Salon de l'Erotisme. " Depuis le sauvetage, les liens entre le club et les supporters sont plus forts que jamais. " Mark Uytterhoeven Aujourd'hui, le conseil d'administration du club est composé pour un tiers de supporters.