Une ville martyre est souvent une ville qui a quelque chose à raconter. À Reims, par exemple, les vestiges gallo-romains succèdent aux monuments art-déco, comme une confirmation que la capitale officieuse de la Champagne-Ardenne appartient au lot de ces privilégiées, jamais avares de bonnes histoires. Vous l'avouerez, il y a pire comme décorum quand on décide d'entamer une nouvelle vie. Tant mieux, puisque c'est celui choisi par Thomas Foket pour (re)conquérir sa place dans le giron des Diables de Roberto Martinez.
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Une ville martyre est souvent une ville qui a quelque chose à raconter. À Reims, par exemple, les vestiges gallo-romains succèdent aux monuments art-déco, comme une confirmation que la capitale officieuse de la Champagne-Ardenne appartient au lot de ces privilégiées, jamais avares de bonnes histoires. Vous l'avouerez, il y a pire comme décorum quand on décide d'entamer une nouvelle vie. Tant mieux, puisque c'est celui choisi par Thomas Foket pour (re)conquérir sa place dans le giron des Diables de Roberto Martinez. Une campagne de deux ans qui doit le mener à l'EURO 2020 à un poste de latéral droit devenu ces derniers mois hautement concurrentiels en Belgique. Toutefois, l'ancien Gantois n'est pas du genre à s'étendre sur la concurrence. Thomas Meunier, bien sûr, mais aussi Timothy Castagne voire Alexis Saelemaekers, autant d'obstacles sur la route de la rédemption. Autant de raisons, pour lui, de continuer à se battre. Thomas, tu as été opéré au coeur le 13 juillet 2017, suite à la découverte au moment de tes tests physiques à l'Atalanta Bergame d'un pont myocardiquedans deux petites zones du muscle cardiaque. Trois mois et demi plus tard, il y a bientôt un an, tu effectuais déjà ton retour avec Gand. Comment te sens-tu aujourd'hui ? THOMAS FOKET : En pleine forme. Ça va faire un an et demi, c'est du passé. J'ai eu peur pour ma carrière, mais jamais pour ma vie. Pour que les gens comprennent bien et résumé simplement : il y a deux veines qui passent au-dessus du coeur et, dans mon cas, l'une d'elles gênait l'oxygénation du muscle cardiaque. L'opération consistait donc à remettre cette veine à sa place. On peut vivre toute sa vie avec ce genre de petit problème, mais dans le cas d'un sportif de haut niveau, l'opération était nécessaire. Chez moi, ça aurait donc pu être bien plus grave si l'on ne s'en était pas rendu compte à temps mais, dans les faits, c'était juste une opération technique, qu'un médecin pratique toutes les semaines. Mais bon, on parle du coeur, c'est toujours sensible. À quel moment, as-tu senti qu'il y avait un problème lors de tes tests en Italie et que le transfert n'allait pas se faire ? FOKET : Je suis resté 4-5 jours sur place. Le test du coeur, c'était le dernier jour. Le soir, alors que j'étais censé rentrer en Belgique pour régler mes affaires, on m'a dit que je devais rester un jour de plus. À partir de là, j'ai commencé à soupçonner qu'il y avait peut-être quelque chose qui clochait, mais jamais je n'aurais imaginé que ça prenne de telles proportions. J'ai finalement pu rentrer en Belgique, mais sans savoir exactement ce qu'il en était. Le docteur du club ne parlait pas bien anglais, la communication n'était pas bonne. Il a dit qu'on ne devait plus faire d'autres tests, donc je pensais que c'était OK. Mais c'était tout l'inverse. Plus les jours passaient, plus je sentais que cela ne devait pas être bon signe. J'ai fait des tests de mon côté en Belgique. L'hôpital m'a rappelé pour me dire que c'était négatif. Que je ne pouvais plus être footballeur professionnel. En plus, on me déconseillait une opération du coeur à mon âge. La solution, c'était donc, à ce moment-là, d'arrêter le sport de haut niveau. Dans la foulée, vous l'imaginez, ça a été 24 heures très compliquées. C'est plus tard, après avoir vu un spécialiste du coeur, que j'ai compris que l'opération en question ne comportait pas de risque et que je pourrais sans problème rejouer au foot. Gand a malgré tout eu un beau geste à l'époque en prolongeant ton contrat sans savoir ce qu'il adviendrait exactement de ton avenir à très court terme...FOKET : Oui, c'était vraiment un geste fantastique. D'autant que j'étais prêt à rempiler pour un contrat à 5 euros par mois s'il le fallait et que là, ils m'ont proposé le même contrat que j'avais refusé un an plus tôt. Avec une augmentation à la clé, donc. Ta volonté de quitter quand même le club, cet été, n'est-elle pas liée au fait qu'après le départ de Moses Simon, tuétais le dernier Gantois avec Brecht Dejaegere de l'ère Vanhaezebrouck à avoir connu le titre ? FOKET : Ce serait sans doute vrai, mais dans mon autre vie. Là, avec mes ennuis de santé, ce n'est pas comme ça que je voyais les choses. Il y a un an, j'ai vraiment eu l'impression de repartir de zéro. J'avais des rêves, je me voyais à l'Atalanta, peut-être même au Mondial et d'un coup, il y a un examen médical qui te fait remettre toutes ces certitudes en question. Dans ces conditions-là, évidemment, rester une saison de plus à Gand n'aurait pas été un problème en soi. D'autant que je savais que j'allais devoir composer avec le scepticisme de certains. Donc, il fallait un club capable de comprendre que tout était réglé et susceptible de me redonner ma chance. Et je peux vous dire que Reims a eu raison de me faire confiance. J'ai une énorme envie de prouver que j'ai franchi un palier. Ça t'a fait un coup le départ de Hein Vanhaezebrouck en plein pendant ta rééducation ? FOKET : Oui. Mais je pense que ça a été le cas pour tout le monde à Gand. Ça a été une belle période pour le club, un entraîneur qui a compté. Donc oui, les gens étaient un peu choqués après son départ. On savait que ce ne serait plus jamais pareil. Surtout qu'il avait été important pour moi pendant ma rééducation. À chaque entraînement, je sentais qu'il faisait tout pour me remettre en confiance au plus vite. Tu vas entamer la troisième année de ton baccalauréat en Droit à l'Université de Gand. Il n'en faut pas plus pour être caricaturé dans la caste des " footballeurs intellos " au côté de ton ami Laurent Depoitre ou d'un Thomas Meunier, deux autres garçons qui ne sont pas passés par le circuit classique des centres de formation. C'est facile de se sentir toujours à sa place dans le milieu du foot quand on n'a pas le même vécu que la majorité de ses coéquipiers ? FOKET : Le seul qui faisait allusion à ça, c'était Hein ( Vanhaezebrouck, ndlr). Il m'appelait parfois " le professeur ", mais pour le reste, non, je suis un joueur comme les autres. Avant, il y avait les études et le foot puis, comme ça marchait plutôt bien pour moi, c'est devenu l'inverse. Mais je ne sais toujours pas où ça va me mener. Tu te rêvais footballeur pro à 17 ans, quand tu étais encore à Dilbeek ? FOKET : À cet âge-là, j'étais vraiment dans le flou. Je voulais vraiment mettre la priorité sur les études mais, en même temps, je venais de signer à Gand. Vu qu'il y avait une université, je me suis dit que c'était parfait. Je jouais au foot la journée, je bossais le soir, c'était idéal. Au début, ça allait très bien. J'ai passé ma première année sans problème. C'est quand j'ai commencé à jouer régulièrement que c'est devenu plus compliqué. Aujourd'hui, je passe quelque chose comme un ou deux examens par semestre. Et il faut les réussir encore ! C'est ce qui fait que ça n'avance pas très vite ( il rit). Tu n'as jamais de regret de ne pas avoir pleinement profité de ta vie d'étudiant ? FOKET : Non, parce que je suis devenu footballeur pro, c'est incroyable. Je ne sais pas si c'était un rêve, mais je l'ai fait. Et puis, à Gand, j'habitais en ville, je faisais mes examens, j'avais des amis. Le seul truc que je ne faisais pas comme les autres, c'était d'aller en cours. Mais c'était le plus chiant. Donc...( il rit) Ah oui, il y a le baptême aussi que je n'ai pas fait.