Le scénario était prévisible : les Diables Rouges ont battu l'Estonie, mais comme dans le même temps la Croatie est venue à bout de la Bulgarie, cette victoire s'est révélée aussi belle qu'inutile.
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Le scénario était prévisible : les Diables Rouges ont battu l'Estonie, mais comme dans le même temps la Croatie est venue à bout de la Bulgarie, cette victoire s'est révélée aussi belle qu'inutile. Comment expliquer que notre équipe nationale, qui s'est qualifiée six fois d'affilée pour la phase finale de la Coupe du Monde, échoue régulièrement dans sa quête du Championnat d'Europe alors que les critères de qualification sont, à peu de choses près, identiques ? Depuis 1984, et à l'exception de l'EURO 2000 pour lequel elle était qualifiée d'office, elle a toujours loupé le rendez-vous. Que ce soit en 1988, en 1992, en 1996 ou maintenant en 2004. A priori, cela ne découle d'aucune logique. S'il faut trouver une explication, il faut peut-être la chercher dans le fait que des entraîneurs et des joueurs choisissent régulièrement une Coupe du Monde comme apothéose pour mettre un terme à leur carrière. Lors des éliminatoires suivantes, c'est-à-dire celles comptant pour le Championnat d'Europe, leurs successeurs doivent donc repartir sur de nouvelles bases. Et, dans le cas présent, il faut pointer du doigt l'agencement des matches. RobertWaseige, puisque c'est lui qui a donné les directives pour l'élaboration du calendrier, a commis deux fois la même erreur : il a voulu commencer par un " grand " à domicile. Lors des éliminatoires pour la Coupe du Monde 2002, le 0-0 initial contre la Croatie avait déjà failli nous être fatal. Ce semi-échec avait pu être réparé in extremis grâce aux barrages. Malgré cet avertissement, nous sommes retombés dans le même piège lors de la réunion entre les représentants des pays participants. Cette fois, le 0-2 concédé d'entrée contre la Bulgarie n'a jamais pu être compensé par un exploit en déplacement. De ce point de vue, l'avis d' ArnoPijpers, le coach néerlandais de l'équipe estonienne û forcément au-dessus de nos querelles internes û est intéressant. Et il corrobore cette idée : " Rajeunir une équipe et construire un nouveau groupe, cela prend du temps ", affirme-t-il. " La Bulgarie a débuté ces éliminatoires sur les chapeaux de roues, mais elle avait déjà entamé le processus de rajeunissement depuis deux ou trois ans. La Belgique a grandi au fil du tournoi. Sur ce que j'ai vu d'elle, elle aurait sans doute mérité de terminer au moins à la deuxième place. Mais les points perdus en début de parcours ne se rattrapent pas ". Et d'ajouter : " Pourtant, l'Estonie a fait le maximum pour aider la Belgique : nous avons pris un point à la fois contre la Bulgarie et contre la Croatie ". AiméAnthuenis n'est pas loin de lui emboîter le pas. " Nous n'étions pas prêts pour affronter la Bulgarie lors du premier match ", reconnaît-il. " Or, dans un contexte comme celui des Diables Rouges pour lequel le collectif a toujours primé, cela s'est révélé déterminant. Au début, nous avons tâtonné. La Croatie a aussi eu besoin de deux ou trois matches avant de trouver son équipe-type, mais elle a pu compter au départ sur ses talents individuels pour forcer des résultats ". Outre cette question d'agencement du calendrier, Aimé Anthuenis n'a toujours pas digéré l'erreur de PierluigiCollina à Sofia. " C'était un penalty grand comme une maison qu'il a oublié de siffler ", continue-t-il à répéter. " Lorsqu'une telle erreur se produit en début de match, on peut encore rétablir la situation. Mais, lorsqu'elle survient en fin de match, alors que le score est de 2-2, elle devient cruciale ". Les regrets seront éternels. " C'est dommage, de ne pas aller au Portugal, car au contact des plus grandes nations du Vieux Continent, ce groupe aurait encore pu continuer à grandir ", poursuit le sélectionneur. " Sans posséder une équipe de classe mondiale, je pense pouvoir affirmer que nous sommes sur la bonne voie. Un bon groupe a été formé. Un groupe dont tous les éléments, y compris ceux qui possèdent déjà une certaine expérience, ont encore faim de football et sont toujours avides de porter le maillot de l'équipe nationale. Par rapport à il y a un an, nous avons bien avancé. Nous avons trouvé certains automatismes. C'est le cas, par exemple, pour la paire de défenseurs centraux formée par DanielVanBuyten et TimmySimons. Ou encore pour le flanc droit, où l'entente entre EricDeflandre et MboMpenza s'est affinée. Pour progresser encore, il faudra essayer de rester ensemble, de disputer des matches intéressants, et si possible, de s'entraîner davantage en groupe, mais cela, c'est une autre question à laquelle seuls les clubs peuvent apporter une réponse ". Aimé Anthuenis a, en effet, bien travaillé. Le rajeunissement de l'équipe ne s'est, forcément, pas opéré d'un coup de baguette magique, et l'Europe du football ne s'est pas arrêtée pour nous attendre, mais aujourd'hui, il a trouvé un bon amalgame entre jeunes et anciens. " Le gros point d'interrogation, et pour tout dire l'une de mes craintes, est de voir dans quelle mesure tous mes joueurs (et je songe en premier lieu à ceux qui évoluent à l'étranger) demeureront titulaires dans leur club. Un court passage sur le banc n'est pas grave. S'il se prolonge, cela peut devenir problématique ". Une revue des troupes qui ont participé à ces éliminatoires est intéressante. Entre le début et la fin de la compétition, bien des choses ont changé. C'est à l'adjoint EddySnelders que nous avons demandé de brosser le portrait des joueurs utilisés. " Le choix de GeertDeVlieger n'a pas fait l'objet de beaucoup de discussions ", explique-t-il. " Il est issu de la sélection précédente, au sein de laquelle il était déjà le n°1. Il est très fort sur sa ligne et possède de bons réflexes, mais manque parfois d'autorité dans ses 16 mètres. C'est son seul petit défaut. FranckyVandendriessche a été aligné en Croatie dans des conditions très ingrates : il ne l'a appris que la veille du match qu'il devrait jouer à Zagreb. On peut le considérer comme fautif sur le premier but, mais ce n'est pas la seule erreur que l'équipe a commise durant ce match, loin de là. Il ne méritait pas des critiques aussi virulentes ". " StijnVreven, à l'arrière droit, a joué le match inaugural contre la Bulgarie grâce à un concours de circonstances : OlivierDeCock ne s'était pas encore imposé et Eric Deflandre rongeait son frein sur le banc à Lyon. Il a eu la malchance de débuter dans une formation dont le processus de rajeunissement venait à peine d'être entamé et qui n'avait pas encore trouvé son assise. Olivier De Cock, qui lui a succédé, excelle surtout dans ses montées, comme il le démontre dans son club où il peut donner libre cours à son tempérament offensif. Eric Deflandre, qui est revenu à partit du moment où il a regagné sa place à Lyon, est plus fort défensivement. Il est quasiment infranchissable en un-contre-un et possède un excellent jeu de tête. Dans l'axe, on a tourné à trois joueurs pour deux places. Timmy Simons se positionne très bien et perd rarement un duel homme contre homme. S'il faut lui trouver un défaut, je dirais qu'il n'a pas toujours l'agressivité du vrai défenseur rugueux. Il pourrait évoluer dans l'entrejeu, mais on a besoin de lui derrière car il guide ses partenaires et peut compenser certaines erreurs grâce à sa vitesse. Daniel Van Buyten est un véritable athlète, qui domine le jeu aérien. Il doit simplement encore veiller à éviter les fautes de concentration, bien qu'il ait déjà beaucoup progressé dans ce domaine depuis deux ans. JoosValgaeren a souvent été blessé au mauvais moment et cela a joué à son désavantage. Malgré son efficacité dans les duels aériens, il n'a pas toujours trouvé les bons automatismes. Le choix de l'arrière gauche a souvent été lié à la forme affichée par les joueurs dans leur club. Au début, c'est PeterVanderHeyden, brillant avec Bruges, qui a reçu la préférence. Puis, DidierDheedene a pris le relais : il était titulaire au sein d'un Austria Vienne européen. C'est un joueur que nous connaissions et nous ne prenions pas beaucoup de risques en le rappelant, même s'il est davantage un milieu de terrain qu'un défenseur. JelleVanDamme est très puissant et excelle dans le jeu aérien. Pour être d'un réel apport offensif, il doit encore soigner sa dernière passe et son centre, mais il est capable d'arpenter son couloir à longueur de match. OlivierDeschacht est un peu sorti de nulle part, mais lorsqu'on s'impose à Anderlecht, on a logiquement le droit de revendiquer une place dans le groupe élargi de l'équipe nationale ". " On a eu du mal à trouver un flanc droit spécifique pour l'équipe nationale. Mbo Mpenza a fini par s'imposer, bien que ce ne soit pas son poste de prédilection. Malheureusement, il s'est souvent blessé, ce qui nous a obligé à chercher des alternatives. Pendant un temps, ce fut PeterVanHoudt. Il a fait de son mieux. GaëtanEnglebert est un marathonien, mais pas un véritable flanc droit : il préfère s'infiltrer par le centre. JonathanWalasiak, devenu titulaire au Standard, a reçu l'occasion de débuter en équipe nationale contre la Croatie et s'est révélé une bonne alternative pour Mbo Mpenza. YvesVanderhaeghe évoluait au demi défensif avant de se blesser. PhilippeClement a pris le relais avec bonheur. WalterBaseggio est une certitude au demi offensif. Pourtant, tout le monde est d'accord pour affirmer qu'il pourrait encore apporter davantage que ce qu'il apporte actuellement. Il perd rarement le ballon, possède un bon tir et une bonne passe, et est dangereux de la tête, mais d'autres joueurs doivent compenser ses faiblesses en phase de récupération. Un équilibre doit donc être trouvé dans la sélection. Sur le flanc gauche, Bart Goor est incontournable. Au début, il a eu du mal à trouver ses marques dans cette nouvelle équipe, mais depuis le match contre la Croatie, il a retrouvé son niveau. Il aime s'infiltrer et a besoin d'avoir un bon défenseur derrière lui. On lui accorde une grande liberté d'action. TomSoetaers, son substitut, a l'avantage de se montrer très efficace en sortant du banc ". " WesleySonck s'est imposé durant cette campagne. Il a le sens du but. Dommage qu'il s'irrite encore facilement lorsque cela ne tourne pas. C'est le seul défaut qu'il doit encore corriger. Sinon, il est parfait sur le plan technique, très enthousiaste, très collectif pour un attaquant et il compense sa petite taille par une détente fabuleuse. EmileMpenza est indiscutable lorsqu'il est en forme, mais les blessures lui ont joué de vilains tours. Il est très explosif, très dangereux lorsqu'il peut partir en profondeur, moins lorsqu'il doit jouer dos au but car sa technique est perfectible. ThomasBuffel, qui a débuté la campagne avec les Espoirs, n'est ni un véritable attaquant, ni un véritable buteur, mais il est doté d'une belle technique et crée des brèches pour ses partenaires. Ses passes sont souvent décisives. Il réalise tous les gestes en mouvement, y compris les contrôles. Son point faible réside dans les duels. Pour compenser le manque de taille, on a parfois besoin d'une tour. D'où le choix de BobPeeters, puis de SandyMartens et de CédricRoussel ". Daniel Devos" On a déjà d'excellents automatismes avec les paires Daniel Van Buyten-Timmy Simons et Eric Deflandre-Mbo Mpenza "