Dans le quotidien De Tijd du 28 février 2015, deux semaines avant que la Ville de Bruxelles ait opté pour le consortium BAM/Ghelamco, Bart Verhaeghe s'en prend au projet de stade bruxellois. " C'est avant tout le projet de politiciens bruxellois. Ils ont été au Mondial 2014 aux frais de l'URBSFA ", explique le président du Club Bruges. Ce n'est pas sa première sortie. Verhaeghe a déjà essayé à plusieurs reprises de placer le dossier sous un éclairage négatif mais quelle est la raison d'être de sa nouvelle pique ?
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Dans le quotidien De Tijd du 28 février 2015, deux semaines avant que la Ville de Bruxelles ait opté pour le consortium BAM/Ghelamco, Bart Verhaeghe s'en prend au projet de stade bruxellois. " C'est avant tout le projet de politiciens bruxellois. Ils ont été au Mondial 2014 aux frais de l'URBSFA ", explique le président du Club Bruges. Ce n'est pas sa première sortie. Verhaeghe a déjà essayé à plusieurs reprises de placer le dossier sous un éclairage négatif mais quelle est la raison d'être de sa nouvelle pique ? Retour au Brésil. Le bourgmestre de Bruxelles, Yvan Mayeur, s'envole pour Sao Paulo, afin d'assister au match entre le Brésil et la Croatie, qui marque l'ouverture de la compétition le 12 juin 2014. Il est accompagné de l'échevin des Sports, Alain Courtois. Les deux politiciens volent en business class et restent deux jours sur place. Ils assistent au match mais effectuent aussi du lobbying pour la candidature de Bruxelles à l'EURO 2020 auprès des membres de l'UEFA, lors du congrès de la FIFA. Ils repassent l'océan Atlantique pour les matches des Diables Rouges contre la Corée du Sud, à Sao Paulo, et les Etats-Unis, à Salvador. Cette fois, Mayeur reste une semaine. Courtois reprend l'avion après le match contre la Corée. L'échevin pour l'Egalité des Chances Mohamed Ouriaghli et l'épouse de Courtois assistent aux deux matches. Le chef de cabinet du ministre des Finances Guy Vanhengel assiste au quart de finale contre l'Argentine, à ses frais. Quatre politiciens bruxellois, parmi lesquels Vanhengel et le ministre-président Rudi Vervoort, annulent leur voyage, pris par la formation du gouvernement bruxellois. Coût total : quelque 53.000 euros, financés par l'ASBL Euro Brussels 2020 (voir plus loin). D'autres ministres s'envolent pour le Brésil. Comme lors de chaque match à domicile des Diables Rouges, la Fédération est assaillie de demandes de politiciens et de chefs d'entreprise qui veulent un billet. On décide de former une mission pour le deuxième match de poule, contre la Russie, à Rio de Janeiro. L'organisation se déroule en collaboration avec le Belgian Sports Technology Club, un réseau d'Agoria et du COIB. Steven Martens, le CEO de l'UB, fait partie de la direction. En prévision des Jeux olympiques 2016 et du Mondial 2018, il n'est pas mauvais d'entretenir ses relations. Les entreprises peuvent y participer à raison de 5.000 euros par personne. Les vice-Premiers ministres Pieter De Crem et Didier Reynders sont du voyage, de même qu'une volée de collaborateurs, à bord d'un avion mis à leur disposition par la Défense. L'appareil est de toute façon en stand-by pour le couple royal. Le Premier Elio Di Rupo renonce au trip à cause des négociations politiques mais il assiste quand même au quart de finale, à Brasilia, de même qu'une grande partie de la Cour. La flambée des prix porte la facture hôtelière à 120.000 euros. Les frais d'inscription des entreprises ne couvrent même pas la moitié de la somme. Seules 19 des 26 chambres réservées sont utilisées. Le Belgian Sports Technology Club est satisfait mais l'UB a un problème : la note est trop salée. Si elle doit l'honorer et qu'il y a des fuites, ça va aggraver les dissensions internes. Steven Martens est dans ses petits souliers. Un moment seulement car le cauchemar s'achève vite. L'UB parvient à refiler une partie de la facture à l'ASBL Euro Brussels 2020. Après tout, la présence gouvernementale à Rio a servi la candidature de Bruxelles à l'EURO 2020. L'ASBL décide de prendre 87.000 euros à sa charge. Le montant est ajouté à la facture bruxelloise. La présence politique au Brésil a donc coûté environ 141.000 euros. Les Voyages Sun, l'agence de voyage de l'UB, avance cette somme puis la facture à l'UB. Tiens donc, à la Fédération ? Pourquoi pas à l'ASBL Euro Brussels 2020 ? L'explication est un secret bien gardé. La Fédération dispose à ce moment d'une enveloppe provisoire d'un million. En mars, la Région bruxelloise a approuvé un subside de 1,5 million pour la candidature de la capitale. Cet EURO se dispute dans treize villes. C'est une idée de Michel Platini, le président de l'UEFA et c'est une chance unique pour la Belgique de se rappeler au bon souvenir du sport international. Une tranche d'un million est versée sur-le-champ, le reste étant réparti sur les années suivantes. Le million est versé sur un compte de l'URBSFA, en attendant la fondation effective de l'ASBL Euro Brussels 2020, à laquelle la somme est destinée. L'ASBL est chargée de poser la candidature de Bruxelles à cet EURO puis de suivre le dossier et d'en soutenir la promotion. L'ASBL est fondée fin janvier 2014 par Yvan Mayeur et Alain Courtois pour la Ville, Guy Vanhengel et Rudi Vervoort pour la Région, François De Keersmaecker et Steven Martens pour l'UB. Ces six hommes constituent le conseil d'administration. Le siège social est installé à l'adresse de la Fédération : avenue Houba de Strooper 145 à Bruxelles. Ce n'est pas dénué d'importance ni inhabituel. On avait mis sur pied pareille association pour la candidature belgo-néerlandaise au Mondial 2018 et elle avait perçu environ 8 millions de subsides. Mai 2014, avant le début de la Coupe du Monde. Le compte de l'ASBL est opérationnel mais l'UB n'y verse pas le subside de la Région. Elle n'y vire une première partie qu'à l'issue du Mondial : 350.000 euros, moins les 141.000 euros que lui a facturé l'agence de voyage. Stricto sensu, Bart Verhaeghe a donc raison : l'UB a financé la présence d'une poignée de politiciens bruxellois au Brésil. L'argent est bel et bien parti de son compte. Mais... cet argent appartenait à l'ASBL Euro Brussels 2020. Une question : pourquoi l'UB a-t-elle gardé le fameux subside ? Etait-ce une décision irréfléchie, qui a fourni des munitions à Verhaeghe ou cela cache-t-il autre chose ? Tout le monde a été stupéfait d'apprendre le déficit de l'UB après cette belle saison. Généralement, participer à une Coupe du Monde permet de boucler un budget sur des chiffres positifs. D'aucuns voient en ce million retenu une manoeuvre de Steven Martens pour camoufler son déficit. Sa comptabilité créative a engendré un bénéfice de 600.000 euros. C'est peu mais c'est quand même un gain. Si on supprime le million, le CEO est dans le rouge. Selon des sources au sein de l'UB, l'argent n'aurait pas été comptabilisé dans les rentrées de la Fédération, en tout cas. Mais si l'argent n'était pas destiné à sauver Martens, pourquoi est-il resté si longtemps sur le compte de l'UB ? Celle-ci se refile la question comme une patate chaude. Le porte-parole Pierre Cornez finit par nous renvoyer à Dimitri Huygen, un jeune Limbourgeois qui occupe le poste de Project Director Euro 2020 depuis le 1er décembre 2013. Depuis la mise sur pied de l'ASBL Euro Brussels 2020, il en assume la direction quotidienne. Huygen : " C'est l'URBSFA qui a introduit la candidature de Bruxelles auprès de l'UEFA. Ce sont les fédérations nationales, membres de l'UEFA, qui sont ses interlocutrices attitrées. C'est notre Fédération qui a initialement eu le plus de frais pour cette candidature et les acomptes. Il y a le cahier des charges et l'exécution d'un certain nombre d'études, entre autres. Tout cela a été fait avant la fondation de l'ASBL. La fédération a ensuite retenu ces frais, environ 300.000 euros, des subsides. " Selon une autre version, l'UB estimait trop risqué de laisser une seule personne -dans ce cas Dimitri Huygen - gérer une somme pareille. Une question de checks and balances et une bonne raison de le faire elle-même. La Région bruxelloise n'y a pas vu malice. Au contraire, c'était mieux comme ça. Sinon, un mauvais génie quelconque aurait pu accuser le ministre des Finances Vanhengel de se subsidier lui-même. Son collègue Courtois s'est attiré les mêmes soupçons quand il a mis sur pied l'ASBL Beltomundial dans le cadre de la candidature belgo-néerlandaise pour le Mondial 2018 et lui a attribué de généreux subsides. Plus tard, il a fait l'objet d'une enquête judiciaire sur sa présidence de l'ASBL Irisport, subsidiée. En résumé, le dossier du stade n'avait vraiment pas besoin de nouveaux soupçons de conflits d'intérêts. Entre-temps, Bart Verhaeghe dort sur ses deux oreilles. Le 3 avril 2015, l'UB a versé le solde des subsides bruxellois - un tiers environ du million initial - sur le compte de l'ASBL Euro Brussels 2020. Si cela a tant traîné, selon Huygen, c'est à cause du limogeage de Steven Martens en février dernier. La Région bruxelloise a exigé un contrôle supplémentaire immédiat des dépenses enregistrées par le CEO. Ensuite, pour des raisons d'agenda, il a fallu attendre le 2 avril - et le retour du président De Keersmaecker d'Israël - pour que l'ensemble du conseil d'administration approuve le bilan annuel de l'UB. Le matin suivant, le solde était versé. Affaire classée ? Verhaeghe émet une autre critique dans le Tijd. " Construire un stade national ne fait pas partie des tâches de l'URBSFA et certainement pas si un club doit y jouer. " La critique est devenue le mantra de Verhaeghe, bien qu'elle soit aisément réfutable : la Fédé ne bâtit pas de stade, c'est BAM/Ghelamco qui s'en charge et la Ville est le maître d'oeuvre. L'UB n'a pas eu voix au chapitre dans le choix de l'entrepreneur ni dans les discussions en cours (voir encadré). L'UB a introduit le cahier des charges à l'UEFA parce que la procédure le requiert, c'est tout. Hormis la signature du staging agreement, tous les paraphes viennent de la Ville, de la Région et du gouvernement fédéral. Tout le monde pouvait consulter le cahier des charges mais seul Joseph Allijns, le président de Courtrai, s'en est donné la peine. Il n'a émis aucune remarque. Peu après, Bruges a lancé une campagne contre le stade de l'EURO et Allijns a posé sa candidature à la présidence de l'UB. La position de Verhaeghe est compréhensible : il est dépassé sur son flanc sportif comme sur le professionnel. Le nouveau stade fait partie d'un plus vaste projet de rénovation du plateau du Heysel. Il comporte un complexe de loisirs et de shopping. Il concurrence donc Uplace, le projet de Verhaeghe, situé à quelques kilomètres de là, sur le ring. Si Anderlecht prend possession du stade, il prend une avance sur son concurrent car Verhaeghe et Cie ont du mal à boucler le financement de leur nouveau stade, d'autant que le Cercle s'en est distancié, le président Frans Schotte, revenu en novembre, ayant jugé le plan business trop léger. En résumé, l'UB ne construit pas de stade, pas plus qu'Anderlecht n'en reçoit un en cadeau. Le club de Roger Vanden Stock a simplement les apparences contre lui. Ainsi, en 2002, Alain Courtois a été manager général d'Anderlecht. Et alors ? D'ailleurs, ce sont plutôt Guy Vanhengel et le chef de cabinet de Rudi Vervoort qui tirent les ficelles. Ils sont également de notoires supporters d'Anderlecht mais ce n'est pas pour ça qu'ils lui donnent ce qu'il veut. Selon des observateurs, Vanhengel et le Sporting préféraient le consortium Denys mais les comités de riverains ont conseillé Ghelamco, qui avait intelligemment répondu à leurs souhaits, et tout le monde s'est incliné, pour éviter de s'enliser dans de longues procédures juridiques. Les entretiens qui viennent de commencer entre Ghelamco et le Sporting promettent d'être difficiles. Il y a par exemple le surcoût des sièges supplémentaires. Le stade pourra accueillir 62.000 personnes, un chiffre requis pour organiser le match d'ouverture de l'EURO, une joute dont rêve la Ville de Bruxelles. Anderlecht demandait une arène de 40 à 50.000 sièges. On n'a pas encore discuté du prix de la location malgré les rumeurs. Trop de paramètres sont encore incertains. L'UB n'est qu'une figurante. Il n'est même pas certain que les Diables Rouges disputeront leurs matches dans ce qui a longtemps été appelé stade national, à tort, y compris par Steven Martens, qui le considérait comme le couronnement de son oeuvre, de même que l'EURO 2020 devait être son moment de gloire. Le CEO poursuivait un objectif stratégique : cinq nouveaux stades. Il s'est profilé si durement qu'il a faussé la perception des gens et Verhaeghe a lancé son mantra : " Construire un stade national ne fait pas partie des tâches de l'UB. " Martens n'associait guère l'ASBL Euro Brussels 2020 à sa propre fédération. Peu de gens étaient au courant du million mystérieux. Ce manque de transparence a exaspéré Verhaeghe, qui ne s'entendait déjà pas avec le CEO. Dès leur premier entretien, alors que Verhaeghe venait d'être élu au Comité Exécutif, Martens lui a enjoint de ne plus crier, sous peine de ne plus mettre un pied avenue Houba de Strooper, le tout en présence de De Keersmaecker. Maintenant, Martens est dehors et on prépare les élections présidentielles. Ce que ça peut impliquer pour le dossier du stade et la participation belge à l'EURO 2020, seul Bart Verhaeghe le sait. PAR JAN HAUSPIE - PHOTOS: BELGAIMAGETous les paraphes viennent de la Ville, de la Région et du gouvernement fédéral. Alors, pourquoi critiquer l'URBSFA et le RSCA ?