Onur Kaya a l'oeil et la patte. Un cocktail qui lui permet d'avoir tout juste passé le cap des 50 assists depuis qu'il est professionnel. Le petit gabarit de Zulte Waregem (1m66, 66 kg) a ses victimes privilégiées : six passes décisives contre Malines, cinq contre Lokeren, quatre contre Ostende et Mouscron. En tout, près de 25 équipes se sont fait surprendre par son art de servir un buteur dans des conditions souvent idéales.
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Onur Kaya a l'oeil et la patte. Un cocktail qui lui permet d'avoir tout juste passé le cap des 50 assists depuis qu'il est professionnel. Le petit gabarit de Zulte Waregem (1m66, 66 kg) a ses victimes privilégiées : six passes décisives contre Malines, cinq contre Lokeren, quatre contre Ostende et Mouscron. En tout, près de 25 équipes se sont fait surprendre par son art de servir un buteur dans des conditions souvent idéales. Première remarque : il aurait pu faire encore beaucoup mieux. " Pendant mes cinq saisons aux Pays-Bas, je jouais devant la défense. J'ai aussi fait ça lors de ma première année à Charleroi. Dans ce rôle, c'est évidemment beaucoup plus compliqué de donner des assists. " Le régisseur assistant dévoile (une partie de) ses secrets. ONUR KAYA : Aux Pays-Bas, c'était possible pour moi de jouer là, je n'étais pas vraiment handicapé par mon petit gabarit. Le foot n'y est pas trop physique. Tu peux mettre des joueurs de ballon devant la ligne arrière. En Belgique, ça ne passe plus. Tu as besoin d'autre chose, il te faut de la taille, du physique, du répondant, de l'agressivité. KAYA : Elle n'est apparemment pas facile à trouver, cette solution ! Je me concentre sur ce que je fais de mieux. Il ne faut pas me demander de gagner dix duels de la tête par match, ce n'est pas mon truc. Qu'on ne me demande pas non plus de marquer plein de buts. Je n'en mets pas beaucoup, je n'ai jamais été un buteur. Pas assez à mon goût. Je me le reproche parce que je suis sûr que je pourrais être plus efficace à ce niveau-là. C'est surtout une question de positionnement. Je ne suis pas assez présent en zone de conclusion, pas assez souvent dans le box. Quand un bon ballon arrive de la droite, je devrais pouvoir repiquer vers l'axe pour essayer d'en faire quelque chose. Mais bon, si je fais ça, je deviendrai peut-être moins efficace dans mon rôle de donneur de la dernière passe. Et je sais que ce n'est pas à trente ans que je vais apprendre à devenir un vrai buteur. KAYA : Un peu de tout ça. Mais tu oublies quelque chose : l'art d'avoir des coéquipiers qui les mettent au fond... (Il rigole). Tu peux donner plein de bons centres, ton compteur d'assists ne bougera pas si les gars n'arrivent pas à en faire un bon usage. Il y a aussi une question de synchronisation. Le buteur doit monter au bon moment, par exemple. Il doit prendre son élan au moment M, ni trop tôt, ni trop tard. Avec Zulte Waregem, ça marche très bien. On a des gars qui ont de la taille et du timing. Sur les phases arrêtées, c'est hyper précieux. Je sais où et comment je dois expédier le ballon. Je peux le faire avec mon pied droit, Brian Hamalainen peut le faire avec son gauche. KAYA : N'importe. Mais sur le flanc gauche, alors. Le droit, ce n'est pas pour moi. Je ne suis pas le gars qui va déborder puis centrer. Je me sens très bien du côté gauche cette saison et je me sentais aussi bien en numéro 10 l'année passée. J'avais fait pas mal de matches à cette place-là, je donnais aussi beaucoup d'assists. KAYA : Bien sûr, c'est Lionel Messi. Quand je vois les buts qu'il fait marquer, c'est fantastique. Il a évidemment les bons appels mais il faut encore savoir donner le ballon au meilleur endroit et au meilleur moment. Comment il fait ? Demande à Dieu, c'est quand même lui qui l'a créé... KAYA : Kagé a évolué. Cette saison, il se révèle comme donneur d'assists et il marque aussi pas mal de buts. Pozuelo est un super joueur, beau à voir, toujours dans l'action. Je connais très bien Milicevic, on a joué ensemble, il a une très bonne patte. Peeters a un super pied gauche. C'est un pur gaucher, avec tout ce que ça sous-entend. Un gaucher a plus de style, il donne des trajectoires différentes au ballon. Un footballeur gaucher a plus de classe, tout simplement ! On dirait qu'ils ont un truc en plus que les autres. Regarde Aleksandar Kolarov, qu'est-ce qu'il est beau à regarder ! Quand tu le vois taper dans le ballon, ça donne autre chose. C'est une patte ! KAYA : Non. Personne ne pratique un marquage individuel sur moi. Mais il y a des équipes qui anticipent, de plus en plus. Quand on affronte Bruges, par exemple, on sait qu'on ne pourra pas faire ce qu'on veut, ce qu'on fait dans d'autres matches. Ils sont mieux positionnés, plus intelligents. C'est normal, on commence à nous connaître. Je n'ai plus la liberté d'action que j'ai parfois eue. Et devant, Mbaye Leye n'a plus autant d'espace. Je vois régulièrement que des défenseurs le serrent de près dès que le ballon arrive dans ma zone parce qu'ils savent que je risque de le chercher. Alors, on doit essayer de varier notre jeu. Et on le fait bien. Il suffit de regarder le classement ! Il y a toujours des petits trucs qu'on peut exploiter. Le foot est un sport de moments... L'adversaire se déconcentre pendant deux secondes, il oublie celui qui peut donner un ballon de but, et c'est parti. KAYA : Il aime bien que je le serve sur la tête, on a aussi Christophe Lepoint qui peut reprendre des centres aériens. Lukas Lerager, c'est différent, il joue plutôt l'infiltration. Mais globalement, on doit essayer de faire des attaques posées parce qu'on n'a pas énormément de vitesse. Et on n'a pas des gars pour jouer en contre-attaque. KAYA : Avec Mbaye Leye. Il n'a plus toute sa vitesse, c'est normal à 34 ans et après une opération au genou. Mais il a conservé toute son intelligence, son sens du placement. Il sait partir au bon moment. Et, quel que soit le défenseur qui le colle, il prend tout de la tête. J'avais un peu le même style de complicité avec David Pollet à Charleroi. Dans le jeu aérien, il n'est pas aussi fort que Leye, mais il est plus rapide et il prenait facilement la profondeur. Maintenant, les deux situations ne sont pas tout à fait comparables. Le Charleroi de l'époque avait plus d'espaces que le Zulte Waregem actuel. Les adversaires nous attendent, ils bloquent tout derrière. On nous respecte de plus en plus. KAYA : C'est encore beaucoup trop tôt pour le dire et personne ne parle du titre chez nous. Le but est de jouer les play-offs et d'y être plus ambitieux que la saison dernière. KAYA : Pour remplacer Malanda, on a Soualiho Meïté. Mais on n'a plus un Hazard. Un gars capable d'arracher le ballon et de progresser vers le but adverse en éliminant quatre ou cinq adversaires, il n'y a plus ça chez nous. D'ailleurs, il y en a combien en Belgique ? Un ou deux ? On a maintenant une équipe sans doute plus besogneuse, en tout cas plus collective. KAYA : Non, pas plus qu'un autre match. Pas plus qu'un match contre Charleroi, par exemple. Ça reste un peu spécial parce que j'habite toujours à Anderlecht, mais je ne pense à rien d'autre. Ou simplement à ceci : Anderlecht a aussi une équipe joueuse, tu vois du foot avec eux, donc c'est plus agréable que jouer contre une équipe qui fait un mur devant son but. KAYA : Ils jouent ouvert, c'est plutôt ça que je veux dire... KAYA : C'est clair que ce club m'a fait rêver, on ne va pas se mentir, non plus... Quand j'étais gosse, je craquais en regardant Marc Degryse et Luc Nilis, par exemple. C'était l'époque où Anderlecht tuait tout le monde. Mais je ne vais pas continuer à me prendre la tête sous prétexte qu'ils n'ont pas cru en moi. Je n'ai pas de regret et j'ai arrêté de me poser des questions sur le pourquoi du comment. J'ai eu la rage au début puis c'est passé. Le club de Vitesse a vu que j'avais du potentiel quand j'avais 15 ans, donc je suis parti. J'étais trop petit. Soi-disant. Comme Dries Mertens. Comme Sven Kums. Des bons joueurs, non ? Je serais sans doute plus fort dans les duels et meilleur dans le jeu de tête si j'étais plus grand. Mais est-ce que je courrais aussi vite ? KAYA : La mentalité ! La mentalité ! C'est ça, le gros problème. Les Turcs se croient tout permis, ils se croient grands et forts, et ils n'ont pas envie de bosser. Pas envie de faire les efforts pour réussir. Le foot de haut niveau, c'est un sacrifice permanent. Tout le monde ne s'en rend pas compte. Tu dois te soigner, tu ne peux pas sortir souvent. Je ne dis pas qu'il faut oublier les filles mais il faut les laisser un peu de côté quand même ! L'autre souci, c'est qu'il n'y a pas assez de suivi chez les jeunes Turcs. On les laisse partir aux entraînements et aux matches comme si c'était une garderie. Moi, j'ai eu la chance d'avoir un père passionné qui était toujours derrière moi et qui m'a toujours encouragé à ne rien lâcher. KAYA : J'ai fait plusieurs bons choix, je trouve. Quitter Anderlecht pour les Pays-Bas et devenir un homme en étant livré à moi-même dans un pays où je ne connaissais ni les gens, ni la langue, c'était une très bonne idée. Revenir à Charleroi, je ne l'ai pas regretté non plus. Idem pour ma signature à Zulte Waregem. Finalement, je n'ai fait qu'un mauvais choix : Lokeren. KAYA : Pas du tout. Il suffit de lâcher une petite phrase qui est vraie pour se faire accuser de tacler quelqu'un ? On m'a demandé ce que j'avais appris avec lui. J'ai répondu : -Rien. Ça a pris de l'ampleur mais je n'ai rien dit de mal. Si, au moment où tu quittes une entreprise, on te demande ce que ton patron t'a appris d'intéressant, tu ne vas pas dire que tu retiens quelque chose de lui s'il ne t'a rien apporté, quand même ? Je n'ai pas voulu régler un compte avec Maes, simplement je n'ai pas compris pourquoi, subitement, il ne m'avait plus fait jouer. PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS BELGAIMAGE - CHRISTOPHE KETELS" Ce n'est pas à trente ans que je vais apprendre à devenir un vrai buteur. " - ONUR KAYA