Ironie du sort ? Il y a quelques mois, Alain Lommers déclarait dans Sport/Foot Magazine que Michel Wintacq, entraîneur de Boussu Dour depuis septembre 2009, avait trouvé une équipe digne de son niveau. Entre-temps, Mons a basculé en D2 et Boussu Dour a remporté haut la main le tour final de D3. Le jour où les Borains ont acquis leur montée, on ne savait pas ce qui était le plus important. Le fait d'atteindre un objectif rêvé depuis plusieurs décennies ? Ou bien l'assurance de disputer un double derby contre l'ennemi héréditaire ? Mons et Boussu ne sont distants que de 15 kilomètres. Les deux formations ont un passé commun en D3 rythmé d'affrontements épiques. Mais tout les oppose.
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Ironie du sort ? Il y a quelques mois, Alain Lommers déclarait dans Sport/Foot Magazine que Michel Wintacq, entraîneur de Boussu Dour depuis septembre 2009, avait trouvé une équipe digne de son niveau. Entre-temps, Mons a basculé en D2 et Boussu Dour a remporté haut la main le tour final de D3. Le jour où les Borains ont acquis leur montée, on ne savait pas ce qui était le plus important. Le fait d'atteindre un objectif rêvé depuis plusieurs décennies ? Ou bien l'assurance de disputer un double derby contre l'ennemi héréditaire ? Mons et Boussu ne sont distants que de 15 kilomètres. Les deux formations ont un passé commun en D3 rythmé d'affrontements épiques. Mais tout les oppose. Quand on évoque le nouveau voisin, le ton est poli. On se parle, on se côtoie. Sans plus. " Nos relations sont avant tout sportives ", affirme Lommers, le directeur général de Mons. " Je n'ai pas plus de contact avec la direction de ce club qu'avec les autres entités de l'Exqi League. Et je ne vois pas pourquoi il devrait y en avoir. Du temps de La Louvière, c'était pareil. "" Nos relations sont courtoises ", ajoute Alain Battard, manager du RBDB. " Elles n'ont jamais été mauvaises, sauf lors du conflit d'intérêt lié à Mohamed Dahmane. Mais cela fait partie du monde du football. Je ne vis pas en fonction de Mons mais j'ai du respect pour eux et pour le président DomenicoLeone, qui a fait beaucoup pour Mons. " Outre l'antagonisme entretenu par les supporters, plusieurs incidents ont attisé les tensions entre les deux clubs. Primo, Mons a piqué Dahmane aux Francs Borains en janvier 2005 (la fusion avec Dour n'est intervenue qu'en juin 2008), quand le club était en lutte pour rejoindre la D2. Ce qui a permis à Mons de remonter de D2 en D1 alors que les Francs Borains, eux, ne se sont jamais remis de cette perte. Secundo, les Francs Borains devaient toucher une partie du montant du transfert de Dahmane à Genk mais Mons a essayé de contourner cet arrangement. Les Francs Borains ont donc menacé de bloquer le transfert avant qu'un accord ne soit trouvé. " Pour moi, c'est du passé ", dit Lommers. " Si les responsables du RBDB ont envie d'en remettre une couche, c'est leur problème. Nous sommes en D2, à deux : bravo à eux et tant pis pour nous. Les seuls gagnants, ce sont le public et les médias, qui vont encore pouvoir trouver des noms pour opposer les deux clubs. Nous, on rigole moins puisqu'on va devoir se partager les sponsors. " Tertio, Michel Wintacq n'a jamais digéré son départ de Mons, où il était T2 depuis plusieurs saisons. Récemment, il a déclaré que " Lommers vendait des hamburgers avant d'arriver à Mons ". Réponse de Lommers : " Monsieur Wintacq a bénéficié de beaucoup d'avantages chez nous. Il semble l'avoir oublié. Je n'ai jamais vendu d'hamburgers et j'aurais d'ailleurs pu l'attaquer en justice pour cette injure. Je range cela du côté des déclarations ridicules. Je préfère voir ce match comme une fête pour la région. " Les retrouvailles s'annoncent donc chaleureuses. André Arbonnier est le président de Boussu Dour depuis deux ans. Tout comme Domenico Leone, c'est un mécène qui allonge la monnaie et règle les problèmes de trésorerie. Tous deux sont émotionnels, prêts à écouter et soulager les problèmes de leurs joueurs. Mais si Leone est introverti, recherche la discrétion et fuit le contact de la presse, Arbonnier, industriel français de 64 ans, a un côté show-man. Il dirige Comifer, une entreprise de construction métallique établie à Quiévrain qui exporte de l'acier à l'étranger. Comme le dit parfois Battard, Arbonnier a des idées qui viennent de Mars. Durant chaque match, il s'assied sur le banc aux côtés des joueurs et du staff technique. Quand le club reçoit des invités prestigieux, il traverse le terrain à la mi-temps pour rejoindre la tribune d'honneur. Mais là, il gueule si fort que les gens se retournent et qu'on l'entend du banc. En janvier 2008, quand il a dû virer son coach-ami Francis Préseau parce que l'équipe était moribonde, Arbonnier a même envisagé d'enfiler le training de coach. Car il aime préciser qu'il est ancien footballeur et qu'il a obtenu ses diplômes d'entraîneur. La saison dernière, Karim Mariage, l'entraîneur, a rendu son tablier après deux matches, mangé par la pression interne. Qui a coaché la rencontre suivante, contre Péruwelz ? Un trio composé de Luigi Nasca, l'entraîneur-adjoint, d' Orlando Silvestri (l'arrière gauche et plus vieux joueur du noyau) et... d'Arbonnier. Il fallait les voir distribuer les consignes tactiques tous les trois, parfois en même temps. Arbonnier est très lié à Valenciennes et Lens, où il a ses entrées. Il y a quelques semaines, quand les autorités boussutoises ont menacé d'interdire l'organisation du match de gala entre Charleroi et Valenciennes au stade du RBDB, il a voulu démissionner. Ce " communiste de droite " comme il se définit, n'aime pas trop s'impliquer dans les débats politiques et veut éviter le blabla inutile. " Dans ma famille, on parle beaucoup de langues différentes ", dit-il. " Quand on me demande quelle est la mienne, je réponds que je ne parle pas mais que je travaille. " Il est franc et a un humour particulier. Il a l'habitude d'accueillir les journalistes en leur lançant un " Vous êtes déjà levés ?". Il raconte parfois qu'il a appris d'un garde de François Mitterand que Coluche avait bel et bien été assassiné. Il a renommé le stade Vedette en stade Robert Urbain (président d'honneur et ex-ministre) et une tribune porte le nom de l'homme à tout faire du club, François Faidherbe, " parce qu'on ne va quand même pas attendre qu'ils soient tous les deux morts pour leur rendre hommage ". Sur le terrain, quand il trouve un ballon sur son chemin, il lui arrive de faire quelques jonglages pour épater la galerie. Sa générosité est sans limites. Dès son arrivée, il a investi plusieurs dizaines de milliers d'euros. Il paie ses consommations à la buvette, comme tout le monde, fournit le vin et le champagne lors des réceptions et met des appartements à disposition de certains joueurs. Il lui arrive de prêter sa grosse berline aux cadres du noyau. Au niveau sportif, Leone laisse les mains libres à son staff. Arbonnier, lui, veut avoir son mot à dire et il s'investit personnellement dans le recrutement. Durant sa première saison (2007-2008), il a fait venir un paquet de joueurs des noyaux y et w de Valenciennes. Résultat : le club était menacé de descendre en Promotion à la mi-saison. Arbonnier l'a reconnu : il s'est complètement vautré en sous-estimant les réalités du football belge et de la D3, trop physique pour ces élégants footballeurs. La saison dernière, il a mieux ciblé l'apport français avec la venue de Stéphane Coqu (3e gardien de Valenciennes, quelques piges en Italie,...), Rachid El Barkaoui (sosie physique de Dahmane mais la comparaison s'arrête là) et Teddy Chevalier (attaquant qui est en train de faire son trou à Zulte Waregem). Arbonnier n'hésite pas à passer outre l'avis de Wintacq. Quand les joueurs de la Louvière ont été libérés parce qu'ils n'étaient plus payés, il a recruté Lorenzo Laï, qui ne séduisait pas vraiment le coach. Laï a été un des hommes de la seconde partie de championnat et du tour final. Boussu Dour sera satisfait avec une place dans le ventre mou du classement, même si Arbonnier ambitionne le top 7. A Mons, on vise la remontée directe avec une équipe qui n'a plus rien à voir avec celle de la saison dernière. Exit les Français et les fortes têtes. Deux hommes ont imposé leur griffe : Rudi Cossey et Dimitri Mbuyu. Cossey a pris la succession de Christophe Dessy (aujourd'hui au Brussels) et a rameuté plein de joueurs flamands trop vieux ou trop courts pour leur club : Nicolas Timmermans (Westerlo), Tristan Peersman (Dordrecht), Janis Coppin (Zulte Waregem)... Geert Broeckaert, adjoint, et Francky Vandendriessche, entraîneur des gardiens, complètent le lot. " Je ne les ai pas choisis parce qu'ils sont flamands mais parce qu'ils connaissent le championnat belge et qu'ils ont encore faim. Contrairement à certains étrangers, ils sont prêts à mouiller leur maillot par amour d'un club. Comme ils jouaient en Belgique, j'ai pu facilement recueillir des informations sur leur mentalité ", justifie Cossey. Dimitri Mbuyu, le nouveau directeur technique, a quant à lui imposé une touche africaine : Matumona Zola (Brussels), des tests de Blacks venus d'un peu partout, etc. La lessive a été totale : 12 joueurs sont partis, 12 sont arrivés. Mounir Diane, Frédéric Jay et Ivica Dzidic sont encore là. Mais le club cherche à s'en débarrasser. Leur contrat pèse sur le budget. Ils ont d'ailleurs été ménagés durant les matches amicaux. Cossey semblait compter sur Cédric Roussel mais l'avant s'est blessé au ménisque. Frédéric Herpoel a été rejeté dans le noyau B, s'entraîne sans faire de vagues pour ne pas commettre de faute grave synonyme de licenciement et se déplace avec son avocat quand il doit discuter avec les dirigeants. Mustapha Jarju,Moussa Gueye et Kevin Oris sont les seuls survivants. Lommers suit tout ça d'un £il attentif mais a retrouvé son travail de bureau. Le noyau est discipliné, bosseur et n'étale plus ses états d'âme tous les deux jours dans la presse même si tout n'est pas encore rose : Cossey a récemment reproché à la direction son manque d'ambition parce qu'elle n'avait pas fait son maximum pour engager Tim Matthijs, qui a opté pour le Lierse. " Je suis satisfait du recrutement mais mon équipe manque d'équilibre et de joueurs de flancs. Notre tâche ne s'annonce pas facile. Il y a beaucoup d'autres candidats : le Lierse, Dender, Antwerp, Brussels,... Et je vois bien Eupen dans la peau de l'outsider ", conclut Cossey. par simon barzyczakJe n'ai pas choisi mes recrues parce qu'elles sont flamandes. (Cossey)A Boussu Dour, le président Arbonnier s'assied sur le banc à chaque match.