Anderlecht obtiendra-t-il demain soir, à l'Ajax, le petit point précieux qui lui permettra d'assurer sa survie en Europa League ? Pour répondre à cette question, ainsi qu'à d'autres d'une actualité brûlante concernant le football des Plats Pays, nous nous sommes tournés vers un interlocuteur de choix, Aad de Mos. Ancien entraîneur de l'équipe amstellodamoise, le Néerlandais présente la particularité d'avoir obtenu ses plus beaux succès chez nous, avec le Kavéd'abord puis avec le RSCA.
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Anderlecht obtiendra-t-il demain soir, à l'Ajax, le petit point précieux qui lui permettra d'assurer sa survie en Europa League ? Pour répondre à cette question, ainsi qu'à d'autres d'une actualité brûlante concernant le football des Plats Pays, nous nous sommes tournés vers un interlocuteur de choix, Aad de Mos. Ancien entraîneur de l'équipe amstellodamoise, le Néerlandais présente la particularité d'avoir obtenu ses plus beaux succès chez nous, avec le Kavéd'abord puis avec le RSCA. S'il fut moins heureux au Standard, une partie de son c£ur n'en est pas moins toujours restée en Belgique, dont il suit le football à la trace. Ses chroniques dans le journal flamand De Morgen sont souvent des plus pertinentes et il se révèle également un consultant de choix lors des soirées européennes sur VTM. Aad de Mos : Les Amstellodamois sont assurés de passer le tour et peuvent donc balancer le match s'ils en ont envie. Mais ils ne le feront pas pour diverses raisons. Primo, cette confrontation s'assimile à un Hollande-Belgique et personne n'aime s'avouer vaincu dans ces conditions. Deuzio, les Ajacides sont déjà largués par le FC Twente en championnat. Pour une question de fierté, ils ne peuvent absolument pas se permettre de perdre la face en Europa League. Tertio, ils ont besoin d'une victoire pour améliorer leur coefficient européen. Un point leur suffit, évidemment, pour terminer premiers de leur poule et éviter l'un des troisièmes classés de la Ligue des Champions. Je les connais : ils n'entameront pas la partie avec l'idée de ne s'en tenir qu'à cette seule unité. Les joueurs viseront le maximum, quitte à ne devoir se contenter finalement que d'un partage. C'est clair : dans la mesure où un nul était suffisant, Anderlecht a spéculé sur la solidité de son arrière-garde afin de conserver le zéro et d'obtenir le petit bonus qui lui manquait. Mais c'est une arme à double tranchant, car une offensive rondement menée par l'adversaire peut tout remettre en question. Et Anderlecht en a fait l'expérience. Ce qui m'a interpellé, c'est qu'il lui restait à peu près une demi-heure après l'ouverture du score, pour recoller à la marque. Et durant cette période, ses joueurs n'ont pas réussi à construire une action plus ou moins valable. C'était ahurissant. Ils ne savaient tout simplement pas quoi faire en possession du ballon. Sur ce plan-là, le Club Bruges et le Standard sont beaucoup plus avancés. Chez eux, je vois habituellement la griffe de l'entraîneur. A Anderlecht, ce n'est pas le cas. En Belgique, à condition de bien cadenasser derrière, le Sporting peut se contenter d'une simple accélération ou d'une prouesse technique pour prendre ses distances. Au niveau continental, ce n'est pas suffisant. Et c'est là que le Sporting me déçoit. Entre les intentions de Jacobs, qui brigue soi-disant toujours la victoire, et la réalité du terrain, j'observe souvent un gouffre immense. Chez lui, il y a un décalage entre la parole et les actes. Les trois quarts du temps, Anderlecht ne joue pas de façon libérée. Il a toujours la main ou le pied posé sur le frein. Avec Laszlo Bölöni, l'année passée surtout, et avec Adrie Koster cette saison, je ne constate pas ce clivage entre la parole et les actes. Quand mon compatriote dit qu'il veut que ses joueurs soient dominants, ceux-ci traduisent cet état d'esprit sur le terrain. Je suis sûr que face à Toulouse, il ne maniera pas la calculette comme Jacobs en se disant qu'un point est déjà bon. Non, il ira chercher les trois. Et, pour les besoins de cette partie, il ne modifiera pas non plus son système. A Anderlecht, en revanche, j'ai déjà vu un peu de tout : 4-3-3, 4-2-3-1, 4-4-2 et même un 4-5-1 à domicile contre le Dinamo Zagreb. Le coach ferait mieux de s'en tenir à un seul schéma. On verrait au moins des automatismes. En 4-2-3-1. Avec Silvio Proto au goal et, devant lui, de droite à gauche, Guillaume Gillet, Ondrej Mazuch, Roland Juhasz et Olivier Deschacht. Comme pare-chocs devant la défense, j'alignerais Lucas Biglia et Bouba Saré, avec une tâche moins offensive pour ce dernier. Plus haut, toujours dans le même ordre, je titulariserais Jonathan Legear, Tom De Sutter et Mbark Boussoufa. Et, en pointe, je mettrais Romelu Lukaku, ou Nicolas Frutos s'il est opérationnel. Pour moi, De Sutter devrait toujours jouer en soutien de l'attaquant le plus avancé. Avec Matias Suarez, c'est le seul capable de combiner et de remiser un bon ballon dans ce secteur. Boussoufa possède cette qualité-là aussi mais je le trouve plus performant sur le flanc, en situation d'homme contre homme. Idem pour Legear à droite. Anderlecht est quasiment obligé de jouer avec des créateurs excentrés dans la mesure où, depuis le départ d'Ahmed Hassan, il n'a plus de véritable régisseur. Biglia n'a pas cette dimension. Il s'est certes amélioré, en apportant plus de profondeur à son jeu. Mais ce n'est pas un Javier Mascherano. Désolé pour lui mais il n'a pas sa place avec l'Argentine en Afrique du Sud. J'ai bien peur qu'Anderlecht soit son plafond. Aston Villa a suivi Juhasz lors des test-matches contre le Standard. Mais les Anglais ont décroché. Le Hongrois est peut-être le meilleur de la tête, dans son rôle, mais sa relance est approximative. S'il est transféré un jour aux Iles, ce ne sera pas pour un club du Top 5 mais en milieu de tableau, style Burnley, Wigan ou Stoke City. Vu son jeune âge, Mazuch à un potentiel intéressant. Mais il est quand même frappant qu'en deux années à la Fiorentina, il n'ait pas joué une seule rencontre à enjeu. Et les Italiens se trompent rarement quand il s'agit d'évaluer un défenseur. Le Tchèque n'est d'ailleurs pas le seul recalé à avoir pris le chemin du Parc Astrid. Boussoufa en est un autre. S'il a échoué à l'Ajax et à Chelsea, il peut déjà s'estimer très heureux de jouer au Sporting. D'après moi, il ne peut pas viser plus haut. A sa place, je resterais encore deux ou trois ans à Anderlecht avant de faire le grand saut. Celui-là, c'est sûr qu'il a quelque chose. Au même titre que Dieumerci Mbokani au Standard. Pour moi, le Congolais est le meilleur joueur en Belgique. Entre lui et Milan Jovanovic, mon choix est vite fait. Même si j'estime que le Serbe a, lui aussi, le potentiel pour se débrouiller dans une compétition majeure. Peut-être pas au top mais dans un club du sub-top. Dieu, lui, peut viser le sommet en Angleterre, en Italie ou en Espagne. Je ne suis pas surpris que la Juventus songe à lui pour remplacer David Trezeguet en tout cas. Pour un scout étranger, Sclessin me paraît beaucoup plus intéressant qu'Anderlecht. Car il n'y a pas que les avants qui sont bons. Un Steven Defour a un profil intéressant aussi. Quand on est un joueur de gabarit moyen, il faut un extra pour s'imposer. Scholes en a deux : la vitesse d'exécution (il voit et agit toujours un temps plus vite qu'un autre) et une frappe à distance qui est une pure merveille. Il en a d'ailleurs fait la démonstration récemment à West Ham. Defour sait lui aussi quel usage il va faire du ballon avant de le réceptionner, ce qui constitue une fameuse qualité. Pour la frappe, c'est une autre histoire, même s'il a marqué des buts importants aussi. Une chose est sûre : si Manchester United et Arsenal l'ont dans le viseur, c'est que le garçon a manifestement des qualités. Je connais personnellement Steve Rowley, le recruteur en chef des Gunners et il s'est déjà déplacé à plusieurs reprises pour le médian liégeois. C'est lui déjà qui, l'été passé, avait recommandé Thomas Vermaelen à son boss, Arsène Wenger. Une fameuse réussite. Quand on a la chance d'avoir un joueur titulaire dans l'axe chez les Londoniens, on le maintient à cette place en équipe nationale, c'est aussi simple que ça. Au back, je mettrais Sébastien Pocognoli à gauche et Gill Swerts à droite. Et pour compléter le quatre arrière, je titulariserais Toby Alderweireld, avec Logan Bailly dans le but. Devant eux, j'alignerais Jan Vertonghen et Vincent Kompany comme récupérateurs. Et, pour compléter l'équipe, toujours dans une occupation de terrain en 4-2-3-1, je choisirais Eden Hazard, Marouane Fellaini et Kevin Mirallas plus Moussa Dembélé en pointe. A moyen terme, il faudra sans doute prévoir une place pour Lukaku devant. Dans ce cas, Mous peut passer sur le flanc. Et le jour où Defour sera complètement rétabli, on peut l'intercaler entre les deux joueurs de couloir, et faire reculer Fellaini d'un cran, à la place de Vertonghen par exemple. Je crois que la Belgique a une belle équipe en devenir. A la place de Dick Advocaat, je n'aurais jamais accepté la proposition de l'AZ. Mais il a profité des largesses de l'Union belge. A force de faire de lui une vedette, on ne s'étonnera pas qu'il se comporte comme tel. Dickie peut manifestement tout se permettre et il exploite cette situation à fond. Bien sûr, d'autres que lui, comme Guus Hiddink, ont déjà cumulé deux mandats par le passé. A cette nuance près que Chelsea n'était nullement un chantier lorsqu'il a décidé de s'occuper de la Russie. Ici, tant à l'AZ que du côté des Diables, tout reste à faire. Dans le cas présent, ce qui me heurte une nouvelle fois, c'est le gouffre entre son discours d'investiture, quand il affirme vouloir mener une vie plus calme et consacrer du temps à sa famille, et la réalité. C'est sûr que sa vie ne sera pas de tout repos. Ni en Belgique, ni en Hollande. Incontestablement. Qui sont les 16 rescapés en Ligue des Champions ? Trois clubs anglais (Manchester United, Chelsea et Arsenal), trois espagnols (Barcelone, Real Madrid et Séville), trois italiens (Milan, Inter et Fiorentina), deux français (Lyon et Bordeaux), plus un représentant d'un championnat de deuxième catégorie, le CSKA Moscou pour la Russie, l'Olympiacos pour la Grèce et le FC Porto pour le Portugal. Il faut s'en faire une raison. Nos clubs n'ont plus voix au chapitre. Ce n'est pas anormal : les riches deviennent de plus en plus forts et les pauvres de plus en plus faibles. Et tant en Hollande qu'en Belgique, nous sommes nettement moins bien nantis, financièrement, que nos voisins ou que les clubs du sud de l'Europe. Pour moi, nous perdons de 5 à 10 % de qualité en Belgique et aux Pays-Bas chaque année. Il y a quelques années, Anderlecht faisait encore plus ou moins jeu égal avec Lyon. Cette saison, le Sporting a été balayé face à cet opposant. Chez nous, il en va de même. Dans un passé récent, l'Ajax a été privé de la Ligue des Champions par le Slavia Prague, un adversaire dont il n'aurait fait qu'une bouchée voici quelques années. Il n'y a d'ailleurs pas que chez nous qu'un recul est perceptible. En Ecosse également, le Celtic et les Rangers n'ont plus les moyens de lutter en Ligue des Champions. Même l'Europa League devient limite. Et ce n'est pas tout : avant, Rosenborg Trondheim faisait figure de giant-killer également. Les Norvégiens n'ont plus ce statut non plus. Non, j'en ai bien peur. Dans l'équipe nationale belge que je viens de citer, vous remarquerez d'ailleurs que tous les joueurs du onze de base évoluent à l'étranger. Defour est une exception, mais pour combien de temps encore ? Une équipe avec quatre Anderlechtois, quatre Standardmen et trois Brugeois, c'est pour de bon de l'histoire ancienne. Et puis, de toute façon, elle ne tiendrait pas la route... par bruno govers - photos: reporters/ gysA Bruges et au Standard, je vois habituellement la griffe de l'entraîneur. Pas à Anderlecht...