"Un club doit être le reflet de sa région ", affirme régulièrement Aimé Jacquet, l'ancien entraîneur des Bleus. " On ne joue pas de la même façon dans le nord ou le sud de l'Europe. Chacun a ses traditions, sa culture, son jeu ".
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"Un club doit être le reflet de sa région ", affirme régulièrement Aimé Jacquet, l'ancien entraîneur des Bleus. " On ne joue pas de la même façon dans le nord ou le sud de l'Europe. Chacun a ses traditions, sa culture, son jeu ". Ces mots simples, mais profonds, avaient un sens tellement important alors que Bilbao se payait le scalp du Standard (1-7) en Coupe de l'UEFA. Même si les Basques ont un budget trois fois supérieur à celui de leur adversaire liégeois, cette catastrophe symbolise la fin d'une certaine vision du football. Jeudi passé, une épicerie basque, spécialisée dans les produits du cru, vendant la même chose depuis 106 ans, a écrasé une grande surface spécialisée dans l'import-export. Et, comme un symbole, cela s'est passé le jour où le Standard dévoilait les plans de son futur centre de formation qui sera érigé sur les hauteurs du Sart-Tilman. Il est grand temps car la politique sportive actuelle montre ses limites. Ce n'est pas la première fois que les politiciens régionaux et les dirigeants du Standard présentent une telle initiative. Reste à savoir si ce complexe ne sera pas une base de repos pour de jeunes pigeons voyageurs attendant l'offre d'un riche colombophile du Calcio, de la Liga ou de la Premier League. L'investissement total sera de l'ordre de 12 millions d'euros. La Région wallonne s'avancera à hauteur de 5,5 millions d'euros. Le centre de formation Robert Louis-Dreyfus devrait être opérationnel durant le second semestre de 2006. Louis-Dreyfus espère que la moitié de l'équipe Première sera issue de ce centre dans cinq ou six ans. En attendant, Dominique D'Onofrio a longtemps reculé les échéances cette saison. Il y avait eu des alertes face à Charleroi et au FC Brussels, et surtout à Saint-Trond, et les bons résultats européens (à Bochum, face à Parme, à Besiktas) ainsi que la victoire en championnat contre Anderlecht cachaient la forêt de problèmes. Sur la feuille de match contre Bilbao, il y avait 13 nouveaux joueurs par rapport à la saison passée. Et cela aurait pu être plus sans la suspension de Philippe Léonard ou l'arrivée tardive de Milan Rapaic. Personne ne peut signer des miracles dans ces conditions. Dominique D'Onofrio a eu du mérite : transformer son 4-3-1-2 de l'exercice 2003-2004 en 4-4-2, cela prend du temps. La mue est trop profonde pour s'effectuer en deux ou trois mois. L'histoire des Rouches garde le souvenir d'un changement de décor comparable. En 1981, Raymond Goethals obtint carte blanche de la part de Roger Petit et engagea Walter Meeuws, Johnny Dusbaba, Arie Haan, Benny Wendt et, plus tard, René Botteron. Cela représente la moitié d'une équipe. Le Standard empocha le titre et se qualifia pour la finale de la Coupe des Coupes. La grande différence résidait, outre la qualité des joueurs choisis, dans la connaissance du football belge des nouveaux cadres. Ils baignaient dans la réalité de la D1 depuis des années. Pas de problèmes d'adaptation : Goethals aligna sans cesse la même formation. 23 ans plus tard, Dominique D'Onofrio est sans cesse obligé de composer, de jongler et d'incorporer de nouveaux joueurs. " Depuis 1998, date de mon arrivée au Standard, il nous est arrivé de garder le même noyau mais ceux qui ont été bons une saison ne le furent pas forcément un an plus tard ", affirme le vice-président Luciano D'Onofrio. " Si tout était à refaire, je referais la même chose. Le Standard a eu l'opportunité de présenter de très bons joueurs à son public au fil des saisons. Ils sont parfois venus à des prix dérisoires et ont procuré plus de bien que de mal. J'aurais pu tenter d'en retenir l'un ou l'autre, comme Emile Mpenza, mais il faut tenir compte des désirs du joueur, de ses ambitions, et de la trésorerie du club. Le Standard a un budget de 12.500.000 euros. Personne n'a jamais attendu un cent : les joueurs, la TVA, l'ONSS, etc. Mais nous avons, chaque année, un déficit d'exploitation de 3,5 millions d'euros. Il faut trouver sans cesse des solutions. Nous y arrivons. Je ne ferai pas de folies et pour Cédric Roussel non plus. Le Standard y arrive sans prendre part à la Ligue des Champions. Le Standard n'est pas fragile alors que l'actionnariat actuel, avait repris une coquille vide en 1998. Dès lors, il fallait innover, surveiller le marché, être attentif. Et les affaires se font parfois très tard. Comme pour Milan Rapaic. Celui-là, il est très fort. J'ai rarement vu un tel talent. Mais nous avons dû patienter. Il en fut de même pour Sergio Conceiçao qui avait des offres d'Italie et d'Espagne, je suppose, avant d'opter pour notre défi. Depuis l'arrêt Bosman, les joueurs attendent souvent la dernière minute avant de faire leur choix. Rapaic a signé pour deux ans mais s'il a une bonne offre durant ce laps de temps, il partira. Cela fait partie du deal. Je ne suis pas d'accord quand on dit que tout cela complique le travail du coach. Il faut un peu de patience, certes, mais le football est universel. Je préfère avoir de bons joueurs avec de petits problèmes d'adaptation que de mauvais joueurs bien adaptés. Je ne crois pas qu'une limitation du nombre de joueurs étrangers améliorerait actuellement la qualité du football belge. N'oublions pas que les joueurs étrangers ont, au contraire, beaucoup apporté. Je préférerais que mon club joue avec de nombreux gars du cru mais ce n'est pas possible, pour le moment. Le problème de base se situe au niveau de la formation et de la protection de jeunes. Ils devraient, comme en France, signer leur premier contrat professionnel dans leur club formateur ". Il faut le coup d'£il aussi. Roussel est passé par les équipes d'âge du Standard avant de se révéler ailleurs et de flirter avec les Rouches. Luigi Pieroni n'aurait-il pas dû rester au Standard ? Sa percée à Mouscron et son transfert à Auxerre ne prouvent-il pas que la jeunesse liégeoise n'a pas toujours été appréciée à sa juste valeur ? Jonathan Legear s'affirme à Anderlecht et Kevin Mirallas est désormais une des plus grandes promesses de Lille. " En ce qui concerne Mirallas, il a signé un contrat en France à 15 ans ", affirme Luciano D'Onofrio. " En Belgique, cela ne peut pas se faire avant 16 ans. J'ai parlé de Jonathan Legear avec Roger Vanden Stock et on reparlera. Au Sart-Tilman, nous aurons de nombreux terrains, un hôtel, etc. Je suis confiant. Et je m'élève contre ceux qui disent que la D1 belge est nulle. Rapaic et Conceiçao me prétendent sans cesse que ce n'est pas évident. Le pessimisme belge découle, notamment, des propos d' Hugo Broos et d' Aimé Anthuenis qui expliquent leurs mauvais résultats par la faiblesse de la D1 : trop facile ". Si Luciano D'Onofrio défend sa politique, Bilbao l'a fait exploser en mille morceaux. Ce terrible 1-7, c'est l'échec d'un groupe, d'abord, mais aussi de la direction. 11 ans après la dégelée subie face à Arsenal (0-7), cela laissera forcément des traces. Il y a désormais des fissures entre les joueurs. Entrejeu dépassé, défense absente, sauf Vedran Runje : ce fut la cata sur toute la ligne. A la fin de la rencontre, les Basques se moquaient de leurs adversaires. Cette saison, Dominique D'Onofrio avait réussi quelques coups fumants, comme à Bochum, à Mons, face à Anderlecht, etc. A chaque fois, le Standard avait bien réagi, redressé la barre en changeant le profil de son équipe, grâce, entre autres, à Ogushi Onyewu avancé en pointe. Vu la difficulté de sa tâche, le mentor liégeois était placé le plus souvent dans une obligation de réaction. La saison passée, le Standard posait des problèmes à ses adversaires, comme ce fut le cas à Anderlecht (1-4). Depuis le mois d'août, les Liégeois doivent, le plus souvent, étudier les équations avancées par ses adversaires. José Riga, l'adjoint de Dominique D'Onofrio, précise à ce propos : " Au théâtre ou au cinéma, on ne retient que la fin, l'épilogue, en faisant l'impasse sur le reste. C'est souvent dommage. Je n'excuse pas ce qui s'est passé face à Bilbao. C'est grave, frustrant, désolant mais je me dois de dire, aussi, que le Standard aurait dû être qualifié avant ce match. La réalité est d'autant plus horrible. A Bochum, nous avons été des acteurs dynamiques, ainsi, plus tard, que face à Parme, à Bucarest et à Besiktas. Il ne faudrait pas l'oublier. Je me souviens aussi du match plein contre Anderlecht qui n'a pas joué à sa guise chez nous. Le pressing sur le porteur du ballon était permanent. Le 4-3-2-1 ou le 4-3-1-2 de la saison passée était certes mieux rodé. Mais il y avait quasiment deux ans que le Standard tournait avec le même groupe renforcé par Emile Mpenza. Le 4-4-2 cadre mieux avec les atouts de ce groupe. Le secret d'une équipe est d'être maître de son système et de s'adapter aux circonstances. La saison passée, nous avons imposé le 4-3-1-2 à Anderlecht et le 4-3-2-1 contre Bruges. Devant, Almani Moreira pressait, Emile Mpenza faisait parfois la différence tout seul, Aliyu Datti marquait ses buts, etc. Quand on a un Emile dans ses rangs, c'est important : on peut même jouer moins bien mais ses buts tombent, permettent à l'équipe de respirer quand c'est dur. Nous n'avons pas en cette faculté cette saison même si Sambegou Bangoura revient très bien dans le coup ". " Jonathan Walasiak doute mais nous lui maintenons notre confiance. La saison passée, il a marqué... dix buts, la différence est importante. Il ne faut jamais subir. Cela nous était en effet arrivé à Saint-Trond. Etait-ce une alerte ? Probablement, comme ce fut le cas contre Charleroi et le FC Brussels. Il s'agira maintenant d'être régulier en championnat. Nous devons travailler, continuer à beaucoup parler. Bilbao, c'est un échec collectif. Nous avons déjoué, permis à Bilbao d'utiliser ses meilleures armes. J'avais vu deux fois les Basques en déplacement, à Besiktas et à Séville. Cette formation joue généralement en 4-2-3-1. C'est un schéma, rien de plus. Nous n'avions pas exclu la possibilité de la voir en 4-4-2 chez nous, ce qui est arrivé. Nous nous attendions à des changements. Et même le fait de retrouver Ismael Urzaiz sur le banc n'aurait pas dû être un problème ", poursuit le coach adjoint. " Le débat se situe ailleurs. Bilbao est une équipe technique qui n'aime pas être mise sous pression. Or, le Standard ne l'a jamais secouée. Il n'y avait aucune agressivité et pas de profondeur chez nous. Or, nous ne pouvions émerger que de la sorte. Tout nous a échappé. Et quand tout s'écroule de la sorte, les problèmes sont nombreux dans tous les secteurs. Le bateau coulait, prenait l'eau de partout. Il fallait écoper devant au milieu, derrière. J'ai été joueur : quand cela arrive, c'est terrible. Les Basques étaient dans un fauteuil. On a aidé Bilbao. Le fossé réside dans l'état d'esprit des deux équipes, pas dans le système choisi. Ont-ils estimé que ce serait facile vu leurs bons matches européens ? Peut-être. A 1-2, j'ai cru à un sursaut. Sur un terrain, il faut vouloir. Vu les erreurs, nous n'avons pas eu le temps d'être patients, de garder le zéro au marquoir en attendant une occasion de but. Dans la ligne médiane, le duo Karel Geraerts-Jonathan Walasiak a souffert, c'est évident. Ils se sont souvent retrouvés à la même place. Karel Geraerts avait ses marques avec Juan Ramon Curbello. L'équipe n'était pas mal équilibrée et nous n'avions pas 150 solutions. C'est dur mais il faut aller de l'avant, exploiter nos atouts, réfléchir, travailler. Rien n'est figé. A Gand, par exemple, Dominique D'Onofrio avait opté pour un 4-3-3. Notre coach travaille beaucoup et, malgré cette défaite européenne, cuisante, je suis confiant. Je comprends les critiques de la presse et la déception du public. Une telle défaite dans un stade qui s'attendait à une fête, c'est dur. Cela ne pouvait pas arriver ce soir-là. Il ne faut surtout pas tout brûler et jeter le bébé avec l'eau du bain. Ce serait la plus grosse erreur. C'est bizarre à dire, peut-être, mais j'en suis sûr : le Standard a grandi au fil de la Coupe de l'UEFA ". Pierre Bilic" Je préfère avoir de bons joueurs avec de petits problèmes D'ADAPTATION que DE MAUVAIS JOUEURS bien adaptés " (Luciano D'Onofrio)