Jeudi 20 février, 6h45 du mat'. Une douzaine d'hommes s'affaire sur le parking de l'ALE (Association liégeoise d'électricité). Avant de s'entasser dans trois voitures, ils chargent dans leur malle les habituels attributs du parfait supporter de foot, dont un giga drapeau de 25 mètres carrés, reçu la veille.
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Jeudi 20 février, 6h45 du mat'. Une douzaine d'hommes s'affaire sur le parking de l'ALE (Association liégeoise d'électricité). Avant de s'entasser dans trois voitures, ils chargent dans leur malle les habituels attributs du parfait supporter de foot, dont un giga drapeau de 25 mètres carrés, reçu la veille. A leur vue, des passants de la rue Louvrex s'étonnent. Le groupe part pour la Bourgogne profonde. Précisément à Auxerre, chef-lieu de l'Yonne. Le fief de Guy Roux, légende du foot hexagonal. Sa région le vénère comme un dieu, au même titre que Bacchus. Le soir même, le dinosaure bourguignon accueillera un vieux pote dans le chef de Gérard Houiller. L'invité de Stade de l'Abbé-Deschamps, n'est autre que Liverpool FC. Ces Liégeois sont donc supporters du célèbre club du Merseyside. L'histoire débute à Saint-Aygulf, sur la côte varoise. Le Liégeois Claude Roufosse y rencontre Jane Handley, une petite anglaise. Ils se marient quelques mois plus tard. Dans l'attente d'un heureux événement, ils décident d'aller vivre à Chester, la ville d'origine de Jane, à 30 miles de Liverpool. C'est là, qu'il y a 25 ans, naît Mikael. Son papa a la nostalgie de Liège, et la petite famille Roufosse repasse la Manche. Mais elle retournera à Chester trois fois l'an. Pâques, grandes vacances, Noël. Amateur de football, Claude emmène son rejeton à Anfield à l'occasion d'un Liverpool- Newcastle. C'est le coup de foudre. "Le gamin était véritablement ébloui", explique Claude. "Il a tellement été marqué par cette première qu'à chaque séjour à Chester, il me demandait de le conduire à Anfield. Son passe-temps favori était de faire dix fois le tour du stade deux heures avant le match afin de s'imprégner de l'atmosphère, puis de pénétrer très tôt dans l'arène mythique pour sentir monter une ambiance unique au monde".Mikael s'en souvient comme si c'était la veille: "Déjà, mon rêve était de fonder chez nous un club de supporters des Reds. Mais cela me semblait utopique". Bien des années plus tard, diplômé des études supérieures de Commerce extérieur, Mikael est embauché à l'ALE. Après quelques semaines, un de ses collègues lui glisse qu'à un autre étage de l'immeuble, travaille un supporter de Liverpool. Mikael se précipite dans le bureau en question et fait la connaissance de Serge Bernard. Nous sommes en janvier 2001. C'est le déclic, les deux hommes décident de créer le club dont ils rêvent depuis des lustres. Il verra le jour en décembre dernier. Déjà 130 membresDe deux membres, le cercle va vite s'agrandir. "J'ai fait insérer une annonce de trois lignes dans Sport/Foot Magazine, et j'ai reçu entre 40 et 50 coups de fil dans les jours qui ont suivi!", s'exclame Mike. Aujourd'hui, il rassemble 130 membres. Une majorité de Liégeois mais aussi de gars des quatre coins de Wallonie, dont un groupe de Tournaisiens emmené par Stéphane Degouis. C'est justement grâce à lui qu'il a été possible d'obtenir des places à Auxerre. Un cousin de son épouse habite dans l'Yonne et en a acheté une quinzaine juste à côté du bloc réservé aux supporters anglais. Une aubaine. C'est face à la gare de Mons que les Liégeois retrouvent les Tournaisiens. Histoire de prendre la photo ci-contre et de commencer le voyage ensemble. La joyeuse bande s'est déjà rendue plusieurs fois à Anfield. Dont une fois en voiture pour assister à L'pool-Derby County. Un aller-retour sans la moindre halte. "De la folie, nous ne le ferons plus jamais", avoue Serge Bernard, président des Reds de Liège. Le 11 janvier dernier, c'est en avion au départ d'Amsterdam que le club s'est déplacé dans le Lancashire pour vivre L'pool-Aston Villa.Au tour précédent de la Coupe UEFA, ils sont montés à Arnhem. "Nous avons contacté le club des supporters néerlandais, le seul que Liverpool reconnaît dans ce pays. Il est présidé par un Irlandais qui exploite un pub à Utrecht. Il nous a accueillis à bras ouverts et nous a déniché des tickets".Bloc ZBien avant 2001 et de rencontrer Mikaël, Serge suivait les Reds partout où c'était possible. Un des ses plus beaux souvenirs est la finale de la CE1 à Wembley contre Bruges. "J'étais dans le Kop et quand les Anglais ont su que j'étais Belge et que je supportais les leurs au lieu du Club, ils m'ont véritablement chouchouté". A Poulseur, Serge sort son drapeau quand Liverpool gagne. "Ainsi tous mes amis savent que je suis de bonne humeur. Quand Liverpool perd, je dois prendre des somnifères pour m'endormir". A Auxerre, Serge n'a pas eu l'occasion de s'énerver. Même pas quand des supporters bourguignons le faisaient se rasseoir à chaque offensive anglaise. Mais bien quand, trois heures avant le coup d'envoi, il est allé demander aux CRS où il pouvait boire un coup, juste pour de ne pas se déshydrater! "Ils m'ont répondu que c'était impossible. Tous les bistrots d'Auxerre et des environs avaient reçu l'ordre de fermeture suite à un arrêté préfectoral. Ils ont ajouté que Liverpool était synonyme de hooliganisme depuis la tragédie du Heysel".Serge y était. Il avait un ticket pour le tristement célèbre bloc Z mais au dernier moment, il l'a échangé pour être parmi les Anglais. "Je préfère me taire car ce jour-là, les Anglais n'étaient pas les seuls responsables".Outre-Manche, Liverpool jouit d'une très bonne réputation à l'inverse de Man Utd, Leeds ou Milwall. "Un public très chaud mais très sportif et connaisseur", tranche Mikaël. A l'Abbé-Deschamps, il n'y a pas eu l'ombre d'une dispute! Le 0-1 n'a rien d'un hold-up. Si l'AJA était techniquement supérieure, elle a très rarement inquiété Dudek devant lequel Hyypia, le capitaine, régnait en maître dans le trafic aérien. Une prestation typiquement européenne des Reds qui, demain, partiront avec un but d'avance at home. Ceux de Liège n'y seront pas mais ils préparent déjà le prochain déplacement en quarts de finale. " Glasgow ou Stuttgart", sourit Mikaël. "Même si l'Allemagne est moins accueillante que l'Ecosse, elle est plus accessible pour nous". Claude Henrot(Contacts: Fabian Delduca, public relations, 0477/19 29 36. http://membres.lycos.fr/liegelfc/ E-mail: liege@liverpoolfc.net) "Plus jamais à Liverpool en voiture"