Le verre est-il à demi vide ou à demi plein ? L'avant ukrainien de Milan Andriy Shevchenko veut toujours appréhender les choses sous un angle positif et cela ressort d'entrée de jeu. Dès sa première réponse, en fait.
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Le verre est-il à demi vide ou à demi plein ? L'avant ukrainien de Milan Andriy Shevchenko veut toujours appréhender les choses sous un angle positif et cela ressort d'entrée de jeu. Dès sa première réponse, en fait. Andriy Shevchenko : Je dirais que ces deux sentiments se sont mêlés. Milan a perdu la finale de la Ligue des Champions de manière dramatique contre Liverpool, mais d'autre part, l'Ukraine s'est qualifiée pour son premier tour final d'un Mondial. L'Ukraine sera donc bientôt en Allemagne. C'est ce que je retiens de l'année passée. Je suis d'un naturel très optimiste. En toutes circonstances, j'essaie d'appréhender les aspects positifs plutôt que les négatifs. Je suis donc enclin à dire que l'année 2005 a été bonne. En football, on ne peut pas tout expliquer. Ce match à Istanbul émarge à cette catégorie. Le déroulement de la deuxième mi-temps n'a pas d'explication logique. Non seulement Liverpool a marqué trois buts en l'espace de six minutes mais après, nous avons raté une volée d'occasions. Qui peut expliquer pourquoi mon envoi, dans la dernière minute de jeu, n'est pas rentré ? Le football est et reste un jeu durant lequel chance et poisse peuvent être décisifs. Absolument pas. Le hasard m'a aidé si souvent que me plaindre serait scandaleux. Je ne suis pas une machine à marquer comme certains le pensent. Je suis un homme de chair et de sang, avec mes qualités et mes défauts. Il se passe parfois des choses dingues en Série A. La machine de la Juventus n'est pas à l'abri d'un grain de sable. En attendant, tout ce qu'il nous reste à faire est d'essayer de gagner chaque match. Les blessures sont inévitables au cours d'une carrière. Il ne faut surtout pas se lamenter sur son sort mais tenter de retrouver l'équipe le plus vite possible. En effet, la saison passée, j'ai été victime de diverses blessures mais je n'ai pas le sentiment qu'elles aient gâché ma saison. Le courant est immédiatement passé entre Alberto Gilardino et moi. On ne peut pas dire que Christian Vieri se cherchait. Il a toutefois déclaré lui-même dans une interview qu'il ne se sentait plus bien à Milan depuis un moment. Un footballeur a besoin de jouer dans l'année qui précède un Mondial, sous peine de le rater. C'est pour cela que Christian a rejoint le Rocher. Le winning spirit. Nous l'avons acquis. Nous avons un excellent noyau. Chacun sait ce qu'il a à faire pour battre l'adversaire. Qualitativement, les footballeurs du Milan sont supérieurs à ceux de l'Ukraine, cela ne fait aucun doute. Mais jouer pour l'Ukraine me procure une satisfaction indicible grâce au caractère qu'affichent les joueurs, à leur rage de vaincre. J'apprécie la volonté qu'ont nos jeunes d'apprendre, de progresser. Nous ne sommes pas en mesure de surclasser nos concurrents mais notre engagement comble nos lacunes et nous parvenons aussi à exploiter nos atouts. Une Coupe du Monde n'est pas un EURO. Elle est bien plus dure. Nous ne nous fixons pas d'objectif précis. Nous voulons bien nous amuser en Allemagne et voir où nous en sommes. C'est la première qualification de l'Ukraine à ce niveau. Nous écrivons donc une page d'histoire. Ce sera certainement un événement chargé d'émotion. Le résultat final n'est pas l'essentiel mais je ne suis pas d'accord avec votre définition du football ukrainien. Nous sommes parfaitement conscients de nos points forts et faibles. Je ne qualifierais pas notre football de défensif. J'estime que nous développons un jeu logique et réaliste, un football qui nous permet d'obtenir les meilleurs résultats. Si nous ne pouvons vaincre notre adversaire en jouant à visière découverte, pourquoi le ferions-nous ? La plupart des victoires sont fondées sur deux qualités : l'estimation de l'adversaire et de ses propres qualités. Le regard des autres ne compte pas. C'est notre façon de nous juger qui est importante. Nous sommes persuadés d'avoir le potentiel pour nous qualifier pour le deuxième tour. Nous jouerons sans la moindre pression en Allemagne. Nous ne sommes absolument pas obligés de réaliser un quelconque résultat. C'est le Brésil qui doit à tout prix remporter la Coupe du Monde. L'Ukraine n'a qu'une obligation : faire de son mieux. J'étais heureux qu'il n'y ait pas de ténor dans notre groupe. L'Espagne a une bonne équipe mais il ne faut pas la redouter. Si nous perdons contre la Tunisie et l'Arabie Saoudite, nous ne devons nous en prendre qu'à nous-mêmes. Nous sommes maîtres de notre sort, tout dépend de nos prestations. Pour être franc, non. Le Mondial n'occupe pas encore mes pensées. Je me consacre à mon club. Au coup de sifflet final de la saison, je m'intéresserai immédiatement à l'Ukraine. Je n'ai pas dit qu'il n'y avait plus de favoris mais que le niveau global a progressé, ce qui implique que même un favori doit prouver sa valeur à chaque match de ce tournoi. Dès le début, même les grandes équipes devront être en forme car elles devront se battre à chaque rencontre. Plusieurs garçons entrent en compte. Je pourrais citer Ruslan Rotan. Cependant, nous ne nous distinguerons pas par nos individualités. C'est l'équipe qui compte. J'ai beaucoup d'estime pour l'école de football russe, dont nous sommes tous des produits en Ukraine. A tout moment, un joueur de cette école peut pointer du nez. Elle a déjà fourni pas mal de bons footballeurs. Il ne leur manque qu'un petit plus pour éclore vraiment. Je peux citer Oleh Husev et Ruslan Rotan en Ukraine, Andrey Arshavin, Alexander Kerzhakov et Dmitri Sychev en Russie. Tous ont un énorme potentiel. Ils doivent simplement comprendre qu'ils doivent travailler d'arrache-pied tous les jours pour mettre leur talent en évidence. Ils doivent être prêts à se corriger. C'est le seul moyen de devenir une vedette d'envergure mondiale. Pas du tout. Regardez Paolo Maldini et Alessandro Costacurta. Ils ont respectivement 37 et 39 ans mais surpassent leurs cadets semaine après semaine. Evidemment, je pense à ce que j'aimerais faire après. J'espère cependant que la question ne se posera pas dans un avenir proche. Je me concentre toujours sur la façon dont je peux encore progresser comme footballeur. Porter le même brassard que Baresi, Costacurta et Maldini est un grand honneur, synonyme de responsabilités. J'ai reçu ce brassard parce que Maldini était blessé mais même assurer l'intérim vaut le coup. J'ai décidé de rester proche des gens. Cette ouverture est un trait de mon caractère. Il est plutôt le résultat de mon éducation. D'ailleurs, se mettre en retrait ne sert pas à grand-chose ; si quelqu'un a décidé de dire du mal de vous ou d'écrire quelque chose de négatif, il le fera quelle que soit votre attitude. Je veux rester moi-même, être fidèle à ma nature. Je refuse aussi de piétiner mes principes. Non, ce n'est pas si difficile quand on est en paix avec soi-même. Je n'en fais pas tant que ça. J'ai fondé une association qui vient en aide aux orphelins. Il faut que cette aide soit totalement transparente et qu'elle arrive aux enfants qui en ont vraiment besoin. C'est l'essentiel. Cela dépendra surtout de Jordan lui-même. Il est encore trop tôt pour dire quelle sera la personnalité de mon fils. Il prononce déjà quelques mots. En anglais mais il me comprend parfaitement quand je lui adresse la parole en russe. Un des premiers mots qu'il a appris, c'était " ballon ". Cela dépend de lui. Je ne l'y contraindrai certainement pas. Si Jordan opte pour le football, je serai évidemment heureux. Ce ne sont pas les supporters qui vous conditionnent. En quittant le terrain, vous devez être certain d'avoir donné le meilleur de vous-même. Marquer des buts ne vient qu'en seconde position. Cela m'arrive, oui. Je tente d'analyser les causes de ma mauvaise prestation. J'étudie mes erreurs afin de ne plus les répéter. C'est une sorte d'enquête sur moi-même. Il est évidemment préférable de tirer des leçons des erreurs des autres. Quand on est soi-même en faute, il faut éviter de retomber dans ses travers. Certainement. Ils doivent apprendre à analyser leurs prestations et à en tirer des leçons. L'essentiel pour un footballeur se résume à sa motivation de progresser. C'est un devoir. Il arrive que des gens aient besoin de quelque chose et que je leur fasse des promesses. Or, je les tiens toujours. J'essaie de la tenir. Cela ne dépend pas toujours de moi mais en général, je mets tout en £uvre pour faire ce que j'ai dit. Oui. La promesse concernait mes coéquipiers. BORIS LEVIN, ESM, MOSCOU