"Les automatismes, voilà ce que Mircea Rednic travaille le plus : sur le plan tactique, chaque joueur sait parfaitement ce qu'il doit faire ", affirme le plus grand bosseur du Standard, Yoni Buyens, à qui Charleroi réussit assez bien. Il a transformé calmement un penalty contre les Zèbres et se souvient encore de ses deux buts au Mambourg. Mais entre le 2-6 de l'aller et le 6-1 du retour, le ciel du Standard est passé par toutes les couleurs et la crise de confiance a été profonde.
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"Les automatismes, voilà ce que Mircea Rednic travaille le plus : sur le plan tactique, chaque joueur sait parfaitement ce qu'il doit faire ", affirme le plus grand bosseur du Standard, Yoni Buyens, à qui Charleroi réussit assez bien. Il a transformé calmement un penalty contre les Zèbres et se souvient encore de ses deux buts au Mambourg. Mais entre le 2-6 de l'aller et le 6-1 du retour, le ciel du Standard est passé par toutes les couleurs et la crise de confiance a été profonde. Le club a tremblé sur ses bases en se rendant compte qu'il y avait une erreur de scénario. La sauce n'a pas pris avec Ron Jans mais bien avec Rednic. Les joueurs juste bons pour le rebut il y a quelques semaines, selon certains observateurs, marquent des buts à la pelle, bossent, soignent leur travail défensif : ce n'est pas dû au Saint-Esprit. Un club de football, c'est un grand livre d'histoire. Les entraîneurs sont chargés de protéger les trésors entassés dans la mémoire d'un stade. Cet ADN s'est construit à force d'efforts, de dépassements, de succès et de défaites. A Liège, l'acquis du Standard est vénéré comme le souvenir et l'oeuvre de Notger, le premier de ses princes-évêques. Sclessin n'est donc pas une cathédrale du football belge comme les autres : elle peut exploser si le culte est bâclé, sans traces d'amélioration après une défaite. L'homme Jans a laissé un souvenir sympathique aux yeux des Liégeois. L'entraîneur, hélas, c'est autre chose au niveau de son bilan comptable : 13 points sur 33 et une douzième place au classement général après 11 journées de championnat. A ce rythme-là, le Standard était sur le bon chemin pour illustrer la prédiction du calendrier maya : fin du monde le 21 décembre 2012. L'analyse en profondeur révéla un terrible passage à vide entre la 6e et la 9e journée : quatre défaites, 11 buts encaissés, 6 buts marqués : c'était l'effondrement de tous les secteurs de l'équipe d'un Jans ne sachant plus où donner de la tête. D'abord reportée suite au succès contre Anderlecht, la défenestration de Jans n'était plus qu'une question de jours. Elle fut effective au retour de Mons où l'équipe étala toute son inorganisation. C'était l'état d'urgence accompagné par la colère noire des supporters contre le Cercle. Après l'intérim d'une semaine sous Peter Balette, Rednic a rapidement remis de l'ordre dans les têtes et sur le terrain. Plusieurs joueurs ont insisté sur l'importance du premier match de Rednic, à Genk. Vu l'importance des problèmes chroniques de l'équipe, le nouveau T1 était attendu au pied du mur. Ce premier essai fut transformé de façon magistrale. " Probablement notre meilleur match de la saison ", ont tout de suite souligné plusieurs joueurs. " Ce sont les 90 minutes de référence dont nous avions absolument besoin. A partir de là, tout a changé : notre effectif pouvait être à la hauteur de ses ambitions. Ce voyage dans le Limbourg a été préparé avec le plus grand soin. Les missions de chacun étaient claires et précises. " Ceux qui s'attendaient à voir un Standard à la défense en béton armé ont été surpris. Organisé et uni à la récupération, le club de Sclessin serra les lignes et présenta deux attaquants devant la défense de Genk. " Là, nous sommes entrés tout de suite dans un autre monde d'exigences : le Standard a signé son meilleur match de la saison à Genk. ", signifie Jean-François de Sart, le directeur technique des Liégeois. " L'équipe était parfaitement posée sur le terrain. Le tissu tactique était solidement tissé avec une imbrication de toutes les lignes. Le Standard agissait et réfléchissait comme un seul homme. Notre équipe ne peut pas se coucher devant son rectangle. Elle doit être offensive, présente dans le camp adverse comme l'exige sa tradition. Mais il ne suffit pas de prendre son opposant à la gorge : il faut surtout que le reste suive. C'est une question d'approche, de mentalité, d'attitude personnelle et collective. " Jelle Van Damme estime que la différence se situe aussi dans les têtes. Ce n'est pas faux car une équipe à la rue sur le plan physique ne peut pas se transformer à un tel point et mener la vue dure à une des meilleures équipes de D1. Les Liégeois avaient eu leur part de pires. La carence physique s'effaça devant la volonté. Buyens s'inscrit dans le raisonnement de Van Damme et ajoute : " Il n' y a jamais eu de problèmes physiques pour les titulaires. La donne a été différente pour ceux qui sont montés occasionnellement sur le terrain. Ce fut le cas de Maor Buzaglo. Pour lui, le travail de fond d'avant-saison ne fut pas assez prononcé. Il lui a manqué un petit quelque chose. C'est un constat, pas du tout un reproche. " Toujours est-il que l'Israélien monte en régime depuis des semaines et fut étincelant, vendredi passé, contre Charleroi. Ce n'est pas le fruit du hasard. Avant d'en arriver là, Rednic a procédé à des changements en profondeur : retour de Kanu, confirmation de Van Damme dans la ligne médiane ou à l'arrière gauche, présence de Michy Batshuayi aux côtés d'Imoh Ezekiel, si seulen pointe du temps de Jans, généralisation du 4-4-2 avec, en phase de récupération, un attaquant en retrait. Les deuxièmes mi-temps ont parfois été délicates, comme l'a constaté Buyens : " A Waasland-Beveren, la deuxième partie de la rencontre fut difficile car nos deux attaquants ont oublié de décrocher à tour de rôle et il n'en faut pas plus pour que la pression adverse augmente vite sur notre ligne médiane. " Rednic est très attentif à ce genre de détails qui peuvent faire la différence. Alors que Jans semblait parfois perdu face au jeu très fermé des petits clubs belges, Rednic est plus présent dans le dug-out, corrige, exige, remet en place, a un plan et s'y tient. Il a joué en Belgique (Standard, Saint-Trond) mais cela n'explique pas tout. Sa carte de visite en tant que coach révèle sa facilité à s'adapter à des conditions de travail très difficiles, que ce soit en Roumanie, en Azerbaïdjan, en Russie ou en Arabie Saoudite. Ceux qui estimaient qu'il avait la bougeotte ont ignoré le vécu que cela représente. Cet acquis fait désormais la différence. Les chiffres soulignent la différence. Depuis que Rednic est à pied d'oeuvre, le Standard a récolté 16 points sur 21. L'amélioration la plus significative concerne la ligne défensive qui ne s'est retournée que trois fois en sept matches de championnat. Un constat qui ravit de Sart : " Une bonne défense, c'est essentiel. Quand une équipe peut vivre sans craindre d'encaisser un but évitable, tout le monde est forcément plus relax. Une défense qui tient le coup, c'est la garantie de mieux protéger un nul ou une avance. En sept matches sous la direction de Rednic, le Standard en a terminé cinq sans que son gardien ne se retourne. Il n'y a qu'à Lokeren que nous avons encaissé deux buts. Là, nous sommes surtout tombés sur un super-Copa, moins à l'aise face à Genk. Sans lui, je suis persuadé que le Standard compterait trois points de plus. " Eiji Kawashima se sent de mieux en mieux derrière cette défense. Laurent Ciman assume un rôle important au coeur de cette ligne. A part une erreur à Genk, en Coupe de Belgique, il signe sa meilleure saison à Sclessin. Ce Ciman-là n'a plus rien de commun avec le Ciman de l'été dernier qui envisageait un transfert à Mons. " Il se sentait déjà bien avec Jans mais a franchi un nouveau cap grâce à Rednic ", explique son agent, Yuri Selak. " La défense n'est plus laissée seule, notamment sur les deuxièmes ballons. Tout se tient mieux. Laurent a bien joué, que ce soit avec Van Damme, Kanu ou Dino Arslanagic. Ce n'est possible qui si tous les rouages de l'équipe sont bien huilés. Pour moi, c'est le jour et la nuit : à la limite, je ne reconnais plus cette équipe tant les différences sont importantes. Ce n'est plus le Club Med : ils bossent dur, sont concentrés sur leur métier. " Ciman a ajouté en conférence de presse : " Il faut surtout rester tous concentrés durant 90 minutes. Le match de championnat à Genk est une référence, la première mi-temps à Beveren aussi. Mais en plus de cela, je note les bonnes dispositions du banc. Quand on fait appel à des jeunes comme Arslanagic et Paul-José Mpoku, ils répondent à l'attente. " Rednic cache beaucoup de réalisme derrière son sourire. " Je ne suis jamais content ", dit-il. " Même pas après un succès car la perfection n'existe pas. Il faudra beaucoup travailler car je ne peux pas me contenter d'une présence dans le Top 6. Je veux plus et, en attendant, je suis satisfait de l'attitude et de la mentalité de mes joueurs. " Rednic aimerait noter l'arrivé de quelques renforts. Des noms ont circulé : Ciprian Marica, Igor De Camargo, Simon Makienok, Elimane Coulibaly, etc. Le Standard ne peut pas se contenter d'un petit format comme Reza qui arrivera de Saint-Trond en janvier. Ezekiel et Batshuayi ont besoin de métier et de taille à côté d'eux. De Sart n'apporte pas de commentaires à ce sujet. Grand vainqueur du changement de coach, la réussite de Rednic valorise le travail de De Sart. Le voyage à Malines aura valeur de confirmation. Puis, le Standard recevra la visite du Club Bruges. Enfin, les Liégeois recevront le Beerschot. La dinde de Noël aura meilleur goût si le Standard de Rednic réussit sa fin décembre. PAR PIERRE BILIC - PHOTOS : IMAGEGLOBE" Les automatismes, voilà ce que Rednic travaille le plus. " (Yoni Buyens) " Je ne me contenterai pas d'une présence dans le Top 6. " (Mircea Rednic)