À Liverpool, ce n'est jamais du passage. C'est de l'ancrage. Normal pour une ville portuaire qui a toujours eu l'oeil aguicheur dirigé vers l'Europe plutôt que vers l'Angleterre. Un oeil jamais dupe, ni pute, ni soumis. À l'image des marins qui hissent comme je pleure le drapeau de l'indépendance. De la différence. Ils sont accrochés à une île, mais rêvent de grands larges. Plus que jamais, en ces temps de crises, le rêve passe par le jeu. Par Anfield, par la légende, par Jürgen Klopp. Et les Scousers peuvent se retourner. Bomber le torse et regarder fièrement vers l'Angleterre. Celle du football.
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À Liverpool, ce n'est jamais du passage. C'est de l'ancrage. Normal pour une ville portuaire qui a toujours eu l'oeil aguicheur dirigé vers l'Europe plutôt que vers l'Angleterre. Un oeil jamais dupe, ni pute, ni soumis. À l'image des marins qui hissent comme je pleure le drapeau de l'indépendance. De la différence. Ils sont accrochés à une île, mais rêvent de grands larges. Plus que jamais, en ces temps de crises, le rêve passe par le jeu. Par Anfield, par la légende, par Jürgen Klopp. Et les Scousers peuvent se retourner. Bomber le torse et regarder fièrement vers l'Angleterre. Celle du football. Le Liverpool FC est champion. Ce club est une légende. Pour de bonnes raisons. Comme par exemple la fidélité. En 128 ans d'existence, vingt coaches permanents se sont succédé. Une durée de règne moyenne de six ans. Pas du passage. Non, non, de l'ancrage. Le club au-dessus de tout. Toujours. Rares sont ceux qui peuvent le regarder dans les yeux. Aucun ne s'est permis de le toiser. Surtout pas Jürgen. La saison 18-19 fut celle d'un champion... sans couronne. Celle-ci fut encore meilleure, avec à la fin, les lauriers. 196 points pris en deux saisons. Époustouflant. Et encore, après le titre acquis, ils ont perdu huit points en cinq matches. Avant cela, ils en avaient " lâché " sept en quarante rencontres. Normal. Et surtout révélateur. Ils sont humains. On l'avait presque oublié. Cela donne encore plus de valeur aux deux dernières saisons. Pleines de tout. Avec souvent un peu plus. Comme à la boucherie : " Y a un peu plus, je vous le mets ? " " Mais bien sûr ! Avec plaisir ! " Surtout que ce petit plus, c'est celui de l'âme. De celle qu'un Jürgen Klopp sait aller toucher. De ses mots, de ses dents blanches, qui mordent à pleines dents le bonheur, de sa légèreté qui devient une chape de plomb pour les adversaires. Il y a moyen de ravir, charmer et gagner avec le sourire. Même quand on parle business. La balance nette des transferts depuis que Klopp est arrivé est de 84 millions d'euros. Pendant ce temps-là, Manchester United en dépensait 486, Manchester City 445, Arsenal 254, Chelsea 163 et Tottenham 140. Total des cinq autres membres du top 6 : 1,488 milliard d'euros. Mais rien à faire. Face à cette machine de " guerre et paix ", l'argent n'a pas fait le poids. La symphonie du bonheur est irrésistible. À l'image du trio magique. Salah, Firmino, Mané ont couté 106 millions d'euros... pour les trois. Liverpool a vendu le seul Coutinho pour 135 millions d'euros. Tout est dit. Ces trois joueurs ont marqué 250 buts sous la bénédiction de Saint Jürgen. C'est aussi ça, être un grand entraîneur. Savoir où l'on va, comment on va y aller et avec qui. Autre symbole, les deux joueurs les plus chers de l'ère Kloppienne (et de l'histoire du club) sont Alisson et Van Dijk. Un gardien et un défenseur. Tout un symbole. La meilleure attaque, c'est la défense. Que dire du sublime Andrew Robertson, acheté... onze millions d'euros alors qu'il venait d'être relégué avec Hull ? Que dire de Joe Gomez, acheté quatre millions d'euros à Charlton ? Que dire de James Milner, venu gratuitement de Manchester City ? Ce bon vieux James seul joueur du noyau à avoir déjà été champion de Premier League. Il n'y a pas que les devises qui donnent une douce ivresse. Les résultats donnent la gueule de bois aux adversaires. Sur les deux dernières saisons, à part City, Liverpool a engrangé au moins 55 points de plus que ses concurrents du top 6. Hallucinant. Comme un psychotrope qui s'incruste dans l'imaginaire bien réel de la concurrence. Et donc, Captain Henderson a soulevé le trophée. Reçu des mains de Kenny Dalglish. Un autre symbole. King Kenny était le dernier entraîneur champion avec les Reds, mais aussi celui qui avait fait venir Jordan en 2011. Henderson passé de coureur de kermesses à Sunderland à grimpeur hors catégorie, pour atteindre les sommets avec Liverpool. Sans oublier d'être porteur de bidons, gobeur d'échappées et meneur de sprints. Le symbole de ce collectif est bien là. Il a été sacré meilleur joueur de la saison. Une manière élégante de choisir un joueur de Liverpool. On prend le capitaine, donc on ne vexe personne. Même pas notre Kevin De Bruyne national. Bien meilleur individuellement qu'Henderson, mais pas champion. Parce que Liverpool a réussi à multiplier les talents quand d'autres les additionnaient. À Liverpool on ne calcule pas, on donne et on verra. Et on a vu. Et on verra encore, car la phrase que l'on retient de Jürgen Klopp après le titre est : " On ne va pas défendre notre titre. On va l'attaquer. " Tout est dit. On se réjouit déjà.