Tout se passe comme prévu. Ou presque. Car si l'arrivée, il y a un an, de Michel Preud'homme devait apporter de la stabilité à un club peu réputé pour l'être à travers les âges, on est loin du compte. A Sclessin, les dernières semaines ont été particulièrement animées après une fin d'exercice conclue sur une satisfaisante troisième place, qui sauve les apparences. Que ce soit dans le vestiaire ou dans les bureaux de la direction, les tensions ont été palpables. Et ce malgré l'optimisme, en début de saison, du nouveau directeur général, Alexandre Grosjean : " C'est la première saison où l'on regarde tous dans la même direction. " A l'évidence, ça n'a pas duré bien longtemps. Dès le mercato estival, des frictions naissent en interne, avant que le mois de janvier ne se conclue sur une fracture définitive entre deux pans de la direction.
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Tout se passe comme prévu. Ou presque. Car si l'arrivée, il y a un an, de Michel Preud'homme devait apporter de la stabilité à un club peu réputé pour l'être à travers les âges, on est loin du compte. A Sclessin, les dernières semaines ont été particulièrement animées après une fin d'exercice conclue sur une satisfaisante troisième place, qui sauve les apparences. Que ce soit dans le vestiaire ou dans les bureaux de la direction, les tensions ont été palpables. Et ce malgré l'optimisme, en début de saison, du nouveau directeur général, Alexandre Grosjean : " C'est la première saison où l'on regarde tous dans la même direction. " A l'évidence, ça n'a pas duré bien longtemps. Dès le mercato estival, des frictions naissent en interne, avant que le mois de janvier ne se conclue sur une fracture définitive entre deux pans de la direction. Alors que le mercato commence seulement à battre son plein au sein des clubs de l'élite, le Standard a pris les devants. Avec les officialisations, au rayon des arrivées, de Selim Amallah, Mergim Vojvoda, de la levée d'option d' Obbi Oulare, celle probable de Zinho Vanheusden, en attendant Aleksandar Boljevic et Amir Rrahmani, les dirigeants n'ont pas chômé. Razvan Marin et Moussa Djenepo ont, eux, quitté le navire, quelques mois après le départ important de Christian Luyindama. Trois transferts sortants qui font du bien à des finances qui en avaient bien besoin, même si la perte sportive est lourde. Au-delà de ce carrousel estival habituel, le Standard a aussi mis fin (sans surprise) à la collaboration avec son directeur du recrutement, Olivier Renard. Plus surprenante par contre, l'éviction du T1 bis, et cette communication hésitante autour de son départ " Emilio Ferrera a demandé à pouvoir se consacrer exclusivement au développement de son propre centre de formation, situé à Alost et étroitement lié à l'Académie du Standard de Liège. " Trois jours plus tard, la presse annonce pourtant le technicien belgo-espagnol aux manettes de Dudelange et de Virton. Pour le remplacer, la direction liégeoise tente le pari Mbaye Leye, qui vient tout juste de raccrocher les crampons. Les mises à l'écart d'Olivier Renard, qui s'est rapidement relancé du côté de l'Antwerp, et d'Emilio Ferrera sont les conséquences de tensions au sein du recrutement et du vestiaire. D'une part, Renard n'était plus écouté depuis plusieurs mois, face à la mainmise grandissante de Mogi Bayat, alors que Ferrera n'a jamais eu les faveurs du groupe. C'est un euphémisme. Si le départ de Renard n'était pas dans le pipeline mais était devenu inévitable ces dernières semaines au vu des frictions grandissantes, celui de Ferrera l'était davantage. Le président, Bruno Venanzi, en avait déjà touché un mot à ses collaborateurs il y a quelques mois. Avant de se voir recadré par Preud'homme qui avait même renforcé le pouvoir de Ferrera à la tête de l'Académie, où Pierre Locht, pourtant directeur du centre de formation, devait faire contre mauvaise fortune bon coeur. Il y a un an, le retour au bercail du coach champion de 2008, après 25 ans de disette, était synonyme d'un bel enthousiasme. Et même si ce retour est intervenu après une victoire en Coupe de Belgique, et une folle remontée en play-offs conclue par une très belle deuxième place. Un cadeau empoisonné en quelque sorte pour Preud'homme qui avait donné son accord à Bruno Venanzi alors que le club et Ricardo Sa Pinto pataugeaient en championnat. " Quand on a su que Michel allait venir au Standard, on était seulement en mars, les play-offs n'avaient pas débuté et la situation était très différente ", pointe notre consultant, Marc Degryse. " Et je crois qu'il n'était pas très enthousiaste de voir de tels play-offs, car comment former une même équipe en changeant totalement la manière ? " Le chantier est pourtant gigantesque aux yeux de l'imposant nouveau staff qui débarque du côté de l'Académie avec de nouvelles méthodes qui écartent les joueurs de leur zone de confort. Et rien n'est laissé au hasard. Contrôle d'urine régulier et passages sur la balance quasi quotidiens sont au programme, alors qu'un GPS, qui calcule vitesse/distance et un cardio pour l'intensité accompagnent les joueurs à chaque entraînement. Emilio Ferrera prend ses aises. Il quadrille le terrain d'entrainement. Des cônes et des plots recouvrent un terrain divisé par poste de travail (" on dirait d'une piste d'atterrissage " rigole un joueur). Les démarquages sont rares, les joueurs ne frappent quasiment jamais au but, le plaisir est inexistant ou presque et l'ambiance contraste avec les dernières semaines de la saison précédente, où la bonne humeur, liée aux résultats, est récurrente. Au-delà de méthodes parfois drastiques, c'est la personnalité, voire le ton utilisé par Ferrera qui pose problème. Le noyau pro du Standard, où les égos sont nombreux, est très différent des Espoirs d'Anderlecht. Et pourtant, Ferrera n'est pas du genre à changer son fusil d'épaule, se montrant sec et intransigeant. Michel Preud'homme n'est pas surpris, il sait parfaitement qui il a emmené dans ses bagages. Il sait aussi que le tacticien belgo-espagnol n'hésitait pas à se montrer très cynique à son encontre du temps où il officiait à Neerpede, lui reprochant notamment de pomper ses préceptes et de les appliquer à Bruges, après leur expérience commune en Arabie Saoudite, sans jamais rendre à César ce qui appartiendrait à César. Peu importe, MPH a besoin d'une personnalité forte et d'un tacticien capable de faire une grande partie du coaching quotidien. " C'est la première fois qu'il porte autant de casquettes, mais dans les faits, ça ne va pas trop le changer par rapport à ce qu'il faisait ailleurs ", raconte Ferrera. Preud'homme et ses multi-casquettes souhaite pourtant prendre du recul -comme lors de sa dernière saison à Bruges où Philippe Clement était l'entraineur de terrain-, pouvoir composer l'équipe et se retirer à Bordeaux pour quelques jours dès le match du week-end terminé. Les mauvais résultats du début de saison vont assez vite l'obliger à revoir son programme et être davantage au contact des joueurs. En coulisses, à l'image de ce qu'il s'était passé à Bruges, où le directeur sportif Arnar Gretarsson avait été congédié quelques mois après l'arrivé de Preud'homme, ce dernier fait le vide autour de lui et écarte les moins dociles, comme Renard, dont l'influence sportive a quasiment totalement disparu dès le mercato hivernal. L'agent de MPH, Mogi Bayat, va parfaitement manoeuvrer afin de retrouver la même influence sur la politique du club liégeois que du temps d'Anderlecht sous Herman Van Holsbeeck. Cette prise de pouvoir va prendre quelques mois. Il y a d'abord Obbi Oulare fin août, puis Nicolas Raskin en janvier, et quelques jeunes mis sous contrat du côté de l'Académie. Le récent transfert de Selim Amallah porte sa griffe tout comme ceux plus insidieux de Mergim Vojvoda, et la probable arrivée d'Amir Rrahmani, qui ont tous deux comme agent, Adrian Aliaj (ex-joueur du Standard et de La Louvière) et dont le partenaire en Belgique n'est autre que Yuri Selak, qui partage ses bureaux basés au Grand-Duché de Luxembourg avec l'agent franco-iranien (des bureaux perquisitionnés lors de l'affaire du footgate, rapporte SudPresse). Les arrivées de Benjamin Nicaise au recrutement, et de Mbaye Leye, comme T2, dont Bayat a géré les fins de carrière, n'ont fait que renforcer son pouvoir. Et cette formule, " on ne nous laisse même plus renter chez nous ", balancée par un associé de Bayat devant les portes closes de l'Académie il y a quelques mois, prend de plus en plus de sens. Avec deux novices en la matière, Benjamin Nicaise au recrutement et Mbaye Leye en tant que coach, la direction fait pour le moins un pari osé. Si l'ex-attaquant devrait être bien plus habile communicant que son prédécesseur, l'ex-milieu de terrain français, qui suit désormais des cours d'anglais, va devoir se construire très vite un réseau, afin de ne pas tabler uniquement sur les tuyaux de son ex-agent. D'ailleurs depuis le départ d'Olivier Renard, c'est le président Bruno Venanzi (parfois aidé par son fidèle, Alexandre Grosjean), qui se coltine tous les rendez-vous avec les agents, une situation étonnante alors que le titre de directeur sportif est pourtant dévoué à Michel Preud'homme. Agé de 60 balais, l'ancien coach de Bruges ne semble plus en mesure de courir plusieurs lièvres à la fois, et a laissé le soin à son président de faire le tri entre les offres. Lors du mercato de janvier, MPH s'était déjà montré plutôt absent lors des négociations. Au club, on compte aussi sur Mogi Bayat pour " bien vendre ", comme le reconnait l'un des dirigeants du club. Bruno Venanzi semble d'ailleurs avoir une confiance aveugle en l'agent franco-iranien qui est mis au courant de tous les contrats, et des offres qui tombent sur la table. Une situation qui irrite naturellement bon nombre d'agents qui s'étonnent de telles faveurs. Ce jeudi, place à la reprise à l'Académie. La troisième place et cette qualification directe pour l'Europa League doivent permettre au Standard de connaître un début de préparation serein et d'intégrer les petits nouveaux. La pression devrait par contre être plus importante sur les épaules de Michel Preud'homme cette saison. Du temps de sa période brugeoise, il avait la chance d'avoir les poids lourds de la presse du nord du pays à sa botte. Les critiques de la saison dernière, tombées en fin d'exercice, l'ont particulièrement irrité et peut-être étonné. Cette saison, il sait qu'il ne pourra plus se cacher derrière une campagne de transferts défaillante ou la faiblesse du noyau pour expliquer les contrecoups.