R achid Belabed : " A 22 ans à peine, j'en étais déjà, face à St-Trond, à ma troisième participation dans une finale de coupe. Auparavant, j'avais déjà goûté par deux fois à ce bonheur avec Aberdeen : contre le Celtic d'abord, en 2000, à l'occasion de l'apothéose de la saison en Ligue et l'année suivante, toujours avec les mêmes couleurs, mais devant les Rangers ce coup-ci, au stade ultime de la Cup. Autant, à l'époque, la lutte était à tout le moins disproportionnée entre mon club et les deux monstres sacrés du football écossais, qui s'imposèrent d'ailleurs logiquement par 2 puis 4 à 0, autant la confrontation du 1er juin dernier me semblait beaucoup plus jouable. C'est qu'en championnat, à deux reprises, nous avions réussi à donner pas mal de fil à retordre aux Canaris, qui ne s'étaient imposés que de justesse : 1-2 au Tivoli et 2-1 au Staaienveld. Il n'y avait pas là, dès lors, de quoi s'ériger en grandissimes favoris. Pourtant, la plupart des observateurs eurent tôt fait de leur coller cette étiquette. Et eux-mêmes se piquèrent résolument à ce petit jeu aussi. Avec le recul, je me dis que cet état d'esprit-là aura constitué la perte des Trudonnaires. Ils ont franchement cru qu'ils n'auraient qu'à paraître sur la pelouse du stade Roi Baudouin pour s'imposer. C'était toutefois compter sans nous, qui voulions leur donner une leçon d'humilité.
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R achid Belabed : " A 22 ans à peine, j'en étais déjà, face à St-Trond, à ma troisième participation dans une finale de coupe. Auparavant, j'avais déjà goûté par deux fois à ce bonheur avec Aberdeen : contre le Celtic d'abord, en 2000, à l'occasion de l'apothéose de la saison en Ligue et l'année suivante, toujours avec les mêmes couleurs, mais devant les Rangers ce coup-ci, au stade ultime de la Cup. Autant, à l'époque, la lutte était à tout le moins disproportionnée entre mon club et les deux monstres sacrés du football écossais, qui s'imposèrent d'ailleurs logiquement par 2 puis 4 à 0, autant la confrontation du 1er juin dernier me semblait beaucoup plus jouable. C'est qu'en championnat, à deux reprises, nous avions réussi à donner pas mal de fil à retordre aux Canaris, qui ne s'étaient imposés que de justesse : 1-2 au Tivoli et 2-1 au Staaienveld. Il n'y avait pas là, dès lors, de quoi s'ériger en grandissimes favoris. Pourtant, la plupart des observateurs eurent tôt fait de leur coller cette étiquette. Et eux-mêmes se piquèrent résolument à ce petit jeu aussi. Avec le recul, je me dis que cet état d'esprit-là aura constitué la perte des Trudonnaires. Ils ont franchement cru qu'ils n'auraient qu'à paraître sur la pelouse du stade Roi Baudouin pour s'imposer. C'était toutefois compter sans nous, qui voulions leur donner une leçon d'humilité. Ce match, nous l'avons essentiellement gagné sur le plan mental et ce, dès avant son dénouement au Heysel. Dans nos rangs, la rotation instaurée par le coach, Ariel Jacobs, en fin de compétition, eut le don de tenir tout le monde en éveil, sans exception. Aussi bien les gardiens, Jan Van Steenberghe et Silvio Proto, que tous les joueurs du champ savaient à quoi s'en tenir s'ils désiraient se faire une petite place au soleil en finale. Il en résulta une terrible envie de se surpasser qui se traduisit, entre autres, par une superbe victoire de prestige contre l'AEC Mons, à l'occasion de la dernière journée de la saison, dans nos installations. Dans le même temps, les footballeurs limbourgeois délaissèrent la scène sur une piètre performance à Lokeren. Manifestement, ils étaient pressés d'en finir avant de devoir remplir ce qui, pour eux sans doute, faisait figure de formalité contre nous. Mais nous ne l'entendions évidemment pas de cette oreille. Tous les jours, dans le vestiaire, nous nous fustigions un peu plus à la lecture de toutes ces coupures de journaux à la gloire des hommes de Jacky Mathijssen, déclarés vainqueurs à l'avance. C'est là, probablement, que nous avons marqué, entre nous, les premiers points de notre futur succès sur le plateau du Centenaire. Et il va sans dire qu'après deux échecs en Ecosse, je n'étais pas peu fier de remporter enfin le précieux trophée ". " D'un point de vue strictement personnel, cette coupe est le fruit de ma persévérance. Après quasi trois saisons à Pittodrie Park, j'avais soudain éprouvé l'envie de m'illustrer au plus haut niveau en Belgique, ce qui s'était invariablement refusé à moi au préalable, à Anderlecht d'abord, puis au RWDM, que j'avais rejoint alors qu'il militait en D2. La Louvière m'offrait cette opportunité et comme j'avais l'occasion d'y retrouver Ariel Jacobs, sous les ordres duquel j'avais joué à Molenbeek, mon choix fut rapidement fait. Et je n'eus réellement qu'à m'en féliciter car, au début, tout se déroula vraiment comme dans un rêve. Les statistiques, à mi-saison, l'attestaient d'ailleurs à suffisance puisque j'avais été partie prenante dans 15 des 17 matches disputés par les Loups tout au long du premier tour. Ce qui n'était quand même pas mal du tout pour un joueur comme moi qui, contrairement à la plupart de ses nouveaux partenaires, avait encore tout à découvrir au plus haut échelon du football belge. Sans doute aurais-je poursuivi sur cette belle lancée si un événement extrasportif n'avait pas surgi à l'entame des matches retour. Il aura signifié un coup d'arrêt, indéniablement, car un quarteron de matches à peine se seront en définitive ajoutés au total auquel j'étais parvenu à mi-saison. Sans cet épisode, il n'est pas interdit de penser que j'aurais doublé ce chiffre, tout simplement. Même si cette affaire fait figure d'histoire ancienne et que tout est rentré dans l'ordre à présent, je ne tiens pas à m'épancher dessus. Elle était privée et ne regarde donc que moi. La seule chose que je me bornerai à dire, à ce sujet, c'est que j'ai grandement apprécié, après coup, l'attitude du club à mon égard. La direction a parfaitement compris que le problème auquel j'étais confronté était humain et c'est de cette manière aussi qu'elle a tenu, par la suite, à me traiter. Il n'y a jamais eu de critiques, ni de remarques pour le moins désobligeantes envers moi. Au contraire, dès mon retour, j'ai mesuré combien tout le monde était content de me savoir à nouveau au club. Du président à l'entraîneur, en passant par mes coéquipiers, les premières réactions furent des soupirs de soulagement. Je ne l'oublierai jamais. Car pour le même prix, on aurait pu m'en vouloir d'avoir laissé tomber mes coéquipiers au moment où ils avaient besoin de moi. Mais à aucun moment, on n'a tenu ce discours à mon égard. J'ai donc refait mon apparition un jour, dans le vestiaire, comme n'importe quel autre joueur qui relève de blessure et qui retrouve sa place tout naturellement dans le groupe, comme s'il ne s'était rien passé. Jamais on ne m'a demandé de m'expliquer sur la motivation profonde qui m'avait valu de faire faux-bond pendant quelque temps. Et j'en sais gré à tout le monde ". " Une fois, seulement, j'ai été rappelé à cette réalité cruelle : au mois de mars quand le club se prononça sur une sanction à mon égard. Je m'y attendais, dans la mesure où j'avais quand même fait une faute professionnelle en prenant la clé des champs. D'ailleurs, la direction avait été claire à ce sujet : il n'était pas question que je m'en tire avec une simple remontrance. Très honnêtement, je pensais à une lourde sanction sportive, assortie d'une amende salée. Mais les dirigeants s'en tinrent à une privation de salaire d'une semaine, soit la durée de mon escapade à peu de choses près. Je n'en revenais pas. Les responsables du club s'étaient vraiment montrés bons princes avec moi. Je me suis juré, à ce moment-là, que j'allais les remercier de façon exemplaire aussi. Mon premier souci fut de mettre les bouchées doubles à l'entraînement. Cette ardeur à la tâche ne me rapprocha peut-être pas de la Première, où Alan Haydock et Didier Ernst avaient pris ma place, entre-temps. Je prouvais mon utilité en Réserve avec qui je terminai finalement quatrième en championnat. Ce travail finit par payer au niveau de l'équipe A aussi puisqu'en fin de saison, grâce au roulement instauré par le coach, j'eus l'occasion de démontrer que j'étais revenu à mon meilleur niveau. Et ma titularisation en finale de la Coupe de Belgique n'en fut que la suite logique. Jeudi passé, j'ai tenu à exprimer ma gratitude d'une autre façon encore : en paraphant un nouveau bail de deux ans au Tivoli. Au fond de moi-même, c'était mon v£u le plus cher. Car je ne suis pas un ingrat et ma reconnaissance est vraiment sans limites vis-à-vis de ce club. Je sais pertinemment bien ce que je dois à La Louvière, cette saison, et j'ai à c£ur de ristourner tout ce que ce club a fait pour moi, non seulement au plan sportif mais également extrasportif. Suite à ma bonne tenue au Heysel, quelques possibilités s'étaient subitement présentées à moi. Notamment en Turquie. Si je l'avais réellement souhaité, j'aurais pu aboutir là-bas. Mais je ne m'y serais résolu que si le club lui-même m'avait poussé vers la porte de sortie. Je suis très heureux qu'il n'y ait finalement pas songé et que nous poursuivrons notre route pendant deux saisons encore. A ce moment-là, je n'aurai que 24 ans. Il me sera toujours loisible d'aller voir ailleurs. Pas nécessairement dans le sud de l'Europe, détrompez-vous. Mon expérience aux Iles m'a marqué au fer rouge. Dès lors, je ne désespère pas retourner là-bas un jour. Peut-être pas en Ecosse, où j'ai le sentiment d'avoir fait le tour du propriétaire. Mais en Angleterre, pourquoi pas ? Je ne prétends pas que je suis fait pour Manchester United ou Liverpool. Mais un honnête pensionnaire de l'élite, qui sait ? Je vais me battre pour y arriver en tout cas ". " Dans l'immédiat, c'est cependant La Louvière que je veux servir pour le mieux. Suite aux départs d'Alan Haydock et de Didier Ernst, j'aurai sans doute une belle carte à jouer dans l'entrejeu. C'est bien mais j'ose espérer que la coupure dans l'effectif ne sera pas trop drastique. Car ce qui a fait la force des Loups ces derniers mois, c'était son groupe. J'ai déjà joué un peu partout dans ma carrière : en classe de jeunes d'Anderlecht ainsi qu'avec les pros au RWDM et à Aberdeen. Mais une chose est sûre : nulle part je n'ai jamais rencontré les mêmes solidarité et entente cordiale qu'au Tivoli. Pourtant, les joueurs y sont issus des horizons les plus divers : Michaël Klukowski est Canadien, Emmanuel Kenmogne Camerounais, Manaseh Ishiaku Nigérian et moi-même Marocain, pour ne citer que ces quelques exemples. Malgré quoi, tout ce beau monde est uni comme les doigts de la main. A mes yeux, il serait dommage de devoir reconstituer tout un nouveau groupe en prévision de la saison à venir. D'autant plus que nous aurons d'emblée un rendez-vous important à honorer en Coupe de l'UEFA. Avec Aberdeen, j'en avais fait l'expérience puisque c'est avec un noyau sensiblement remodelé que nous nous étions retrouvés au premier tour de la CE3 face au modeste Bohemians Dublin. Ce qui n'avait nullement empêché les Irlandais de nous éliminer d'entrée de jeu : 0-0 chez eux et 1-2 à Pittodrie Park. Puissent nos responsables méditer cette leçon ". " J'espère que la coupure dans l'effectif ne sera pas trop drastique "